Maxime Bernier, la licorne de la politique

«Ce qui reste fondamental pour l’évolution du parti, c’est d’abord que Maxime Bernier se fasse élire, sinon, ce serait un dur coup, peut-être la fin de sa formation», écrit l'auteur.
Photo: Jacques Boissinot La Presse canadienne «Ce qui reste fondamental pour l’évolution du parti, c’est d’abord que Maxime Bernier se fasse élire, sinon, ce serait un dur coup, peut-être la fin de sa formation», écrit l'auteur.

L’auteur est vice-doyen et professeur en sciences politiques au campus Saint-Jean de l’Université d’Alberta. Son plus récent ouvrage est Droitisation et populisme. Canada–Québec–États-Unis (PUL, 2020). À l’automne, il publiera l’ouvrage collectif Les droites provinciales en évolution, 2015-2020 (PUL, 2021).

Maxime Bernier, une licorne ? C’est pourtant ainsi qu’il est qualifié par une candidate de son parti qui se présente dans la circonscription albertaine de Banff–Airdrie, Nadine Wellwood). À ses yeux, Maxime Bernier représente un chef qui est le seul de son espèce parce qu’il « défend ce qui est juste, non ce qui est populaire ».

Ce qui séduit chez Bernier, c’est sa posture, celle de celui qui canalise les rancœurs liées à la pandémie et qui, comme un tribun, dénonce avec fougue et avec le vocabulaire de l’outrance l’autoritarisme de Justin Trudeau, qui aurait transformé le Canada en dictature sanitaire. Ce style de discours, caractéristique de ce type de parti, est utile pour se donner une visibilité médiatique, mais il peut se montrer inefficace pour réaliser des gains électoraux.

Des défis

En fait, la circonscription mentionnée plus haut montre les défis auxquels fait face Maxime Bernier. En 2019, la même candidate avait recueilli seulement 3,40 % des voix, ce qui était tout de même supérieur à la moyenne nationale du parti (1,6 %).

Mais le député sortant conservateur avait, la même année, remporté la circonscription avec un ronflant résultat de 71 % des voix. Surtout, il faut noter que le candidat conservateur avait augmenté de manière considérable ses appuis par rapport à 2015, passant de 63 % à 71 %, soit un ajout de 13 000 voix. Ainsi, les conservateurs ont pu augmenter le nombre de leurs voix en même temps que le Parti populaire du Canada (PPC) faisait son apparition. Voilà qui montre l’ampleur de la tâche pour les troupes de Maxime Bernier, qui a fait un blitz dans les provinces de l’Ouest la semaine dernière.

Le spectre de la division du vote

C’est pourquoi le spectre de la division du vote entre les conservateurs et le Parti populaire peut se réaliser à l’avantage des libéraux seulement dans des conditions particulières.

D’abord, il faut que les résultats de la dernière élection soient serrés entre conservateurs et libéraux. Dans ce contexte, c’est probablement en Ontario plutôt qu’en Alberta que cette situation peut se produire, notamment là où les conservateurs espèrent réaliser des gains.

Par exemple, dans Niagara Centre, les libéraux ont remporté la mise en 2019, mais avec une avance qui n’est pas insurmontable, les conservateurs ayant reçu seulement 2300 voix de moins. Or, c’est une circonscription où le vote combiné du PPC et du Christian Heritage représentait un peu plus de 1000 voix.

Dans ce type de circonscription, le conservateur doit faire le plein de voix pour renverser son adversaire, et un candidat du Parti populaire avec des appuis importants pourrait l’empêcher d’y arriver. Ensuite, on présume que les partisans du PPC sont automatiquement des conservateurs antivaccins, mais ce n’est pas nécessairement le cas. Par exemple, le sondeur Bruce Henderson (Maclean’s, 11 août 2021), qui a examiné les attitudes de ceux qui au Canada sont réfractaires à la vaccination — qui représentent 7 % de la population canadienne —, est arrivé à la conclusion qu’il faut les séparer en deux groupes, les hésitants et ceux qui sont carrément opposés à la vaccination.

Or, ceux qu’il désigne comme étant hésitants et qui se méfient des gouvernements se définissent plutôt comme des centristes, plus proches des libéraux que des conservateurs.

En d’autres termes, et même si on ne peut l’affirmer avec certitude, ceux qui décident de rejoindre le Parti populaire pourraient provenir de sources qui ne sont pas conservatrices. Ce pourrait même être des électeurs qui s’étaient réfugiés dans l’abstention auparavant et qui se trouvent électrisés par le message de Maxime Bernier.

Les appuis réels

Enfin, dans la dernière ligne droite de cette campagne, il reste beaucoup d’incertitude quant à savoir quels sont les appuis réels dont Maxime Bernier dispose. Il serait surprenant que le parti ait un niveau d’appui supérieur à 10 %, comme l’avancent certains sondages. Si le PPC finit la soirée électorale à 5 %, ce sera déjà une augmentation importante par rapport à 2019. Ce qui reste fondamental pour l’évolution du parti, c’est d’abord que Maxime Bernier se fasse élire, sinon, ce serait un dur coup, peut-être la fin de sa formation.

Si le pourcentage général du parti est supérieur à celui du Parti vert, ce qui ne peut être exclu pour le moment, il s’agirait alors d’un pas important pour donner de la crédibilité à une formation qui pourrait devenir le réceptacle de tous ceux qui croient que la pandémie est « liberticide ».



À voir en vidéo