Le K.-O. dans les sports de combat

Le Sud-Africain Moruti Mthalane recevait un  coup du Japonais Masayuki Kuroda lors d’un match de boxe  à Tokyo en 2019.
Charly Triballeau Agence France-Presse Le Sud-Africain Moruti Mthalane recevait un coup du Japonais Masayuki Kuroda lors d’un match de boxe à Tokyo en 2019.

L’actualité nous le rappelle douloureusement : la boxe est un sport dangereux. Monter sur un ring, c’est une prise de risque ultime. Faut-il interdire la boxe et tous les sports de combat ? Doit-on mieux encadrer les combats, revoir la formation des entraîneurs, interdire les K.-O. pour limiter les impacts neurologiques potentiels ? Plusieurs chroniques ont été écrites récemment dans les journaux. Le pouvoir politique a été invité à prendre position, mais toujours aussi agile, il a su s’esquiver…

La mort tragique de la jeune boxeuse mexicaine Jeanette Zacarias Zapata doit nous amener à revoir notre façon de concevoir non pas la boxe, mais les boxes, car il en existe plusieurs formes (boxe anglaise, boxe française [savate], boxe thaïlandaise [Muay thaï], boxe américaine [kickboxing]), pour ne citer que les plus connues, ainsi que, plus largement, l’encadrement des sports de combat. Tous ces sports ont en commun une même logique interne : exercer la domination d’un participant sur un autre par la capacité d’utiliser des armes naturelles (les poings, les coudes, les pieds, les genoux, et autres) afin d’atteindre des cibles corporelles valides de l’adversaire, dont la tête. Boxer, c’est marquer des points. Les boxes sont des sports jugés avec des systèmes de pointage. Dans toutes les pratiques, il y a un arbitre et des juges qui décident de l’issue de la rencontre.D’autres voies telles que la disqualification, l’abandon et la mise hors de combat (le K.-O.) existent pour gagner avant la limite et se soustraire à la décision des juges.

Ainsi, le K.-O. est un moyen de gagner, pas une finalité des sports de combat. C’est une façon de s’assurer la victoire sans contestation. Certains circuits de compétition ont régulé le déroulement des rencontres de manière à favoriser les K.-O. C’est le cas de la boxe (anglaise) professionnelle.

La distinction entre sport professionnel et sport amateur ne repose pas tant sur la rémunération des athlètes que sur une idéologie de l’organisation sportive et sur les motivations financières des organisateurs. Les circuits de boxe et de combats professionnels sont des entreprises privées à vocation marchande. Elles vendent un divertissement sportif aux spectateurs. Pour cela, il faut organiser des combats qui inciteront le plus de monde à regarder le spectacle. Le match making consiste à former le couple de pugilistes qui va assurer la rentabilité du spectacle, même si le combat est déséquilibré. Le K.-O. et la souffrance font vendre.

Dans le monde amateur, la compétition repose sur l’égalité des chances. Plusieurs mécanismes y contribuent : les catégories d’âge, de niveau de compétition et de niveau d’engagement. Grâce aux catégories d’âge et de niveau, un jeune de 11 ans inexpérimenté ne combattra pas contre un champion national de 15 ans. Mais qu’en est-il du niveau d’engagement ?

Le niveau d’engagement consiste à considérer à la fois l’intensité et le volume des coups qui seront portés à un adversaire. Pour beaucoup, la boxe, c’est frapper fort et mettre K.-O., même chez les jeunes. D’autres traditions de boxe ont trouvé des solutions pour minimiser les risques. Il existe des compétitions light contact ou semi contact en kickboxing, et l’assaut en boxe française. Dans d’autres pays, des fédérations ont développé la boxe éducative sans K.-O.

Le vrai changement de mentalité réside là. La compétition avec K.-O. doit être réservée à des catégories d’âge (adulte) et d’expérience qui correspondent à l’élite du sport. Combattre avec K.-O. doit s’inscrire dans un cheminement progressif qui adopte au départ des formes plus douces de compétition. Il faut donner le temps aux athlètes de se développer physiquement, mentalement et sur le plan pugilistique pour combattre en assumant ce type de risque.

Depuis quelques années, notre groupe de recherche à l’Université de Sherbrooke s’intéresse à l’utilisation des arts martiaux et des sports de combat en éducation physique. Nous développons des propositions qui sont compatibles avec les finalités scolaires. Faire de la boxe et d’autres sports de combat à l’école, c’est possible ! Dans le contexte actuel, la boxe peut-elle se survivre à elle-même ? Peut-on faire l’économie d’une révision radicale des cadres actuels de la pratique des sports de combat ?

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