L’Arctique, grand absent de la campagne fédérale

«Avec la fonte des glaces, l’Arctique devient plus accessible d’année en année et commence à libérer son potentiel: nouvelles routes maritimes, exploitations pétrolières et gazières, zones de pêche, nouvelles terres habitables, voire cultivables, le Nord regorge de perspectives», écrit l'auteur.
Photo: Mario Tama/Getty Images/AFP «Avec la fonte des glaces, l’Arctique devient plus accessible d’année en année et commence à libérer son potentiel: nouvelles routes maritimes, exploitations pétrolières et gazières, zones de pêche, nouvelles terres habitables, voire cultivables, le Nord regorge de perspectives», écrit l'auteur.

Les nombreux feux de forêt de cet été étaient présents pour nous le rappeler, les changements climatiques sont là pour de bon. Bien qu’ils apportent surtout leur lot de défis, ils amènent également quelques perspectives avantageuses. Le Canada fait partie de ces rares « chanceux ».

Avec la fonte des glaces, l’Arctique devient plus accessible d’année en année et commence à libérer son potentiel : nouvelles routes maritimes, exploitations pétrolières et gazières, zones de pêche, nouvelles terres habitables, voire cultivables, le Nord regorge de perspectives.

Toutefois, le Canada n’est pas seul dans cette course. Les États-Unis, le Danemark, la Norvège et spécialement la Russie lorgnent aussi les possibilités de développement dans la région.

Alors que les autres pays avancent leurs pions pour le contrôle de ce territoire encore largement inoccupé, le Canada semble se désintéresser de cette large portion de son territoire, et l’enjeu est plus que secondaire pour la plupart des formations politiques lors de cette élection.

Les positions des partis

Prenons l’exemple du Parti libéral du Canada. Dans son programme de 105 pages, les enjeux liés à l’Arctique n’occupent qu’un paragraphe de quelques lignes, où la formation propose de moderniser le Commandement de la défense aérospatiale de l’Amérique du Nord (NORAD) par le déploiement de « nouvelles solutions technologiques pour améliorer la surveillance et le contrôle, en améliorant les systèmes de commandement et de contrôle ».

Toutefois, cet engagement pour la défense de l’Arctique n’est accompagné d’aucun investissement exclusif. Les seules sommes vouées au développement de la région prennent la forme d’une enveloppe de 300 M$ pour l’exercice budgétaire 2022-2023 (5 M$ les années suivantes) destinée à développer une « stratégie nationale de logement autochtone en zone urbaine, rurale et nordique ». Un peu maigre.

S’appuyer sur la présence autochtone pour garantir notre souveraineté dans la région semble également être l’option privilégiée par le NPD et les verts.

Chez le NPD, les vagues mentions de l’Arctique se résument à respecter l’autodétermination inuite et à épauler les communautés en déployant l’Internet à haute vitesse dans la région, à assurer sa sécurité énergétique et l’accès aux services ainsi qu’à combattre l’insécurité alimentaire par la reformation du programme Nutrition Nord.

C’est à peu de chose près la même approche chez les verts, qui proposent d’améliorer la sécurité alimentaire des communautés nordiques avec « des groupes à but non lucratif pour construire des serres et des tours hydroponiques » en Arctique ou en développant des infrastructures communautaires, les projets de durabilité régionale, la recherche et la culture nordique.

Bien que ces plans puissent sembler dérisoires pour garantir notre souveraineté dans l’Arctique, ceux-ci ont le mérite d’être présents alors que d’autres partis n’abordent même pas le sujet dans leur programme.

C’est notamment le cas du Bloc québécois, qui ne mentionne le développement du Nord québécois nulle part, et du Parti populaire, qui n’offre rien à se mettre sous la dent sur cet enjeu.

Il nous l’a répété souvent, le chef conservateur a un plan pour tout, même pour l’Arctique. Construction d’installations navales sur l’île de Baffin et à Churchill au Manitoba, projet routier de 230 km pour relier le Nunavut et les Territoires du Nord-Ouest au port de la baie Grays, construction d’une route pour relier le port de Tuktoyaktuk, mise sous tension de lignes hydroélectriques et à fibre optique pour Kivalliq et mise en œuvre d’une diplomatie du Nord.

Côté militaire, le plan table sur la remise à neuf des emplacements d’opérations avancés de l’Aviation royale canadienne et l’augmentation de la présence militaire dans la région, le lancement de satellites de télécommunication et de surveillance nordiques, la création d’un centre d’excellence de l’OTAN pour la défense de l’Arctique et le déploiement de brise-glaces additionnels.

Le plan est clair, précis, structuré et structurant. Le chef conservateur gagne par défaut sur cet enjeu central de la géopolitique canadienne en étant le seul à offrir plus qu’un bricolage de mesures sans réelles articulations entre elles.

Ruée vers le Nord

Bien que notre souveraineté dans l’Arctique puisse sembler secondaire par rapport à d’autres enjeux de campagne, celui-ci est on ne peut plus d’actualité. De leur côté, les Russes déploient des moyens considérables du point de vue technologique, militaire ou diplomatique pour assurer leur présence dans la région.

Ici, le dossier est presque absent des radars. Le contrôle de l’Arctique se joue maintenant, et si nos dirigeants ne prennent pas rapidement conscience de son importance stratégique, le Canada risque de perdre cette course avant même d’y avoir participé.



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