Les chambres d’écho et les mèmes en campagne

Ces derniers jours, des citoyens en colère ont exprimé leurs dissensions par rapport aux choix politiques du premier ministre Justin Trudeau.
Photo: Nathan Denette La Presse canadienne Ces derniers jours, des citoyens en colère ont exprimé leurs dissensions par rapport aux choix politiques du premier ministre Justin Trudeau.

Depuis quelques jours, les médias d’information rapportent les manifestations qui ont lieu lors des sorties de campagne du chef libéral, Justin Trudeau. On y voit des citoyens en colère qui expriment leurs dissensions par rapport aux choix politiques du premier ministre et aussi à la nécessité de se faire vacciner ou d’obtenir un passeport vaccinal pour avoir accès à certains lieux et services.

Ces ralliements sont facilités par les médias sociaux, qui permettent de rejoindre rapidement des groupes de personnes partageant des intérêts similaires. Il s’agit là des fameuses chambres d’écho dont plusieurs chercheurs parlent.

Que sont les chambres d’écho ? Ce sont des arènes, notamment dans les médias sociaux, où les gens ne sont confrontés qu’à des opinions ou croyances qui se rapprochent des leurs ou qui y correspondent. Ce faisant, leurs perspectives sur le monde sont confirmées et, dans certains cas, renforcées, et les idées autres ne sont alors pas prises en compte.

Circulent dans ces chambres d’écho, et plus largement dans les médias sociaux, différents messages politiques qui peuvent contribuer à la polarisation et nourrir la désinformation.

Dans certains cas, ces messages sont véridiques et abordent des sujets débattus en campagne avec rigueur. Pensons ici au travail réalisé par tous les sites de vérification de faits qui permettent aux électeurs de se situer face à des enjeux complexes, l’environnement par exemple, ou bien comparer les programmes et les promesses des partis.

Culture de la participation

Il existe d’autres modes de communication politique, utilisés en campagne et hors campagne, qui méritent qu’on s’y attarde : les mèmes Internet politiques. Si vous avez un compte dans l’une des plateformes de médias sociaux, vous avez certainement été exposés à des images ou à des vidéos qui discutent de politique.

Ces images s’appellent des mèmes et sont très populaires. Elles mettent en scène les politiciens, souvent avec un texte imprimé sur l’image. Les personnages les plus représentés sont souvent les chefs — ou des figures connues de la culture populaire —, de Kermit la grenouille à Captain Kirk, de la série américaine Star Trek, en passant par le célèbre « petit ami distrait ».

Chaque personnage aborde des idées ou des références différentes. Les mèmes font partie de la culture de la participation, où le visuel et les images sont rois et où les messages sont courts et ciblés. Si les politiciens utilisent les médias sociaux pour communiquer avec des segments de leur électorat — c’est le cas de TikTok pour Jagmeet Singh —, les citoyens font de même avec les mèmes politiques et participent ainsi aux débats sur le vivre-ensemble.

Dans les mèmes qui circulent lors de cette campagne électorale, différents messages politiques sont présents. Certains incitent à voter ou bien discutent de certains des enjeux de campagne avec ironie ou sarcasme.

D’autres, plus critiques, montrent les paradoxes des discours des chefs et leur posture. Un mème, par exemple, fait la comparaison des prix des montres des chefs du PLC, du PCC et du NPD, illustrant ainsi la proximité avec les citoyens d’Erin O’Toole, dont la montre ne vaut que 529 $.

Il serait facile de ne pas porter attention à ces messages politiques. Pourtant, ils sont fascinants du point de vue de leur création, de leur caractère qui est souvent percutant et de leur circulation, lesquels sont facilités par les médias sociaux, mais aussi en lien avec ce qu’ils racontent sur la politique.

Des études récentes menées avec les collègues Tamara Small et Fenwick McKelvey et les étudiants Simon Fitzbay et Colleen McCool, notamment, ont permis de montrer que les mèmes qui discutent des leaders abordent des questions politiques, mais critiquent aussi la personnalité des chefs. Ils délégitiment leurs décisions ou bien leur manière d’être.

Grâce aux mèmes, il est possible d’aborder des phénomènes complexes en quelques mots et images. Ils sont ainsi de puissants outils de campagne permettant de rallier les électeurs autour d’une cause ou d’une question et de mettre des enjeux à l’ordre du jour.

Ainsi, les mèmes sont de nouvelles manières d’être un participant à la vie politique, de porter un discours politique, d’échanger à propos des enjeux clés, de critiquer le pouvoir. Ils peuvent certes polariser ou désinformer, mais ils peuvent aussi sensibiliser à des questions et susciter l’intérêt des citoyens désabusés par la politique. Ils parlent de la relation des citoyens avec la politique : de celle des citoyens qui les créent, les recensent ou bien les relaient.

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