Un choix contraire au consensus

«Nous aurions cru que votre administration en profiterait pour réaliser vos engagements concernant l’amélioration de l’offre de logements au centre-ville, lesquels ont d’ailleurs été réitérés avec plus de vigueur en raison des effets de la pandémie sur le cœur économique de Montréal», écrit l'auteur à Valérie Plante.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir «Nous aurions cru que votre administration en profiterait pour réaliser vos engagements concernant l’amélioration de l’offre de logements au centre-ville, lesquels ont d’ailleurs été réitérés avec plus de vigueur en raison des effets de la pandémie sur le cœur économique de Montréal», écrit l'auteur à Valérie Plante.

Madame la Mairesse Valérie Plante,

L’arrondissement de Ville-Marie se propose d’adopter le 14 septembre prochain un règlement affectant le secteur des Faubourgs. Celui-ci est dénoncé par tous, incluant l’Office de consultation publique de Montréal (OCPM), et il contredit les objectifs de votre administration à plus d’un titre.

Ce quartier, situé au pied du pont Jacques-Cartier, devait devenir l’entrée est du centre-ville. Nous aurions cru que votre administration en profiterait pour réaliser vos engagements concernant l’amélioration de l’offre de logements au centre-ville, lesquels ont d’ailleurs été réitérés avec plus de vigueur en raison des effets de la pandémie sur le cœur économique de Montréal.

Malgré cela, si vous persistez avec les contraintes réglementaires que vous souhaitez adopter, nous serons devant une réelle occasion manquée.

Le projet de règlement impose une limite de 750 mètres carrés aux superficies de plancher. Dans son rapport, l’OCPM avait indiqué ses craintes que « ces limites constituent un obstacle majeur à l’intégration des unités de logement social ou abordable et puissent encourager, sur le plan de l’efficacité tant économique qu’énergétique, la construction d’unités dans la fourchette supérieure des prix ». Vous avez préféré ne pas suivre cette recommandation et vous avez soumis votre projet contraignant à la consultation.

Les avis furent unanimes, cette limite de superficie est néfaste. Interloge, un organisme à but non lucratif qui construit du logement social, a avisé la Ville que cette limite met à risque financier les projets de logements sociaux, nuit à l’abordabilité et empêche la construction d’unités pour les familles.

Rayside Labossire a partagé un message identique en précisant que les coûts des logements sociaux seront poussés à la hausse sans que les fonds publics viennent les couvrir. Ron Rayside confiait au Devoir que la contrainte réglementaire se fera particulièrement sentir sur la construction de logements familiaux alors que, selon lui, c’est ce type de logements dont le quartier a le plus besoin.

Malgré vos prétentions en faveur du logement social, abordable et familial, le projet de règlement est en complète discordance avec celles-ci.

La proximité

Jacques Nantel, professeur émérite à HEC Montréal, indique que la réduction de densité imposée par le règlement affectera l’intérêt pour les commerçants de proximité de s’y implanter. Il conclut au risque de faire, de cette entrée de ville, « un désert commercial ».

Nous souhaitons tous réaliser des quartiers à échelle humaine avec des services de proximité; malheureusement, le 14 septembre prochain, vous comptez adopter un règlement qui fera exactement le contraire.

Tout récemment, vous annonciez votre intention de lutter contre les effets de la crise climatique en mesurant la contribution des immeubles aux émissions de GES. Étonnamment, même avisée par le rapport de l’OCPM, vous allez en sens contraire en imposant une obligation réglementaire qui nuit à l’environnement.

Lors des consultations, ACDF architecture est revenue à la charge en notant une efficacité énergétique moindre en raison des escaliers, ascenseurs et gaines métalliques qui desserviront une superficie habitable moindre. Fahey et Associés a repris le même message en ajoutant aussi les pertes écoénergétiques en raison d’une superficie de façade servant moins d’habitabilité.

Les défis climatiques, l’adoption accélérée du télétravail et la hausse du coût de construction devraient amener Montréal à adopter des stratégies et une réglementation ayant pour effet d’accélérer la réalisation de projets, d’augmenter l’offre, particulièrement au centre-ville, et de favoriser la création de milieux de vie complets, dynamiques et inclusifs.

Pour l’IDU, ces défis peuvent être relevés par la prise en compte des coûts réglementaires sur l’abordabilité, ainsi que par un cadre légal favorisant le développement d’une offre de services de proximité et la construction d’immeubles adaptés au contexte climatique.

Dans La Presse du 6 septembre, votre administration offre comme explication que les projets pourront déroger au règlement. Autrement dit, même si l’ensemble des acteurs indiquent que vous allez dans une mauvaise direction, vous imposez une gouvernance de dérogation par l’entremise d’une procédure d’analyse de projets particuliers qui laissera place à des décisions arbitraires et qui prolongera indûment la réalisation de projets.

Il n’est pas trop tard pour adopter des règles claires et propices au développement souhaité du secteur des Faubourgs. Vous pouvez, le 14 septembre prochain, modifier le projet de règlement dans le sens du large consensus des acteurs.

Madame la Mairesse, nous espérons vivement que le présent appel sera entendu.

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