Le casse-tête britanno-colombien

«La Colombie-Britannique est également le théâtre d’un affrontement programmatique sur la question cruciale de l’accessibilité aux logements, laquelle touche les grandes villes de la province», écrit l'auteur.
Photo: Darryl Dyck La Presse canadienne «La Colombie-Britannique est également le théâtre d’un affrontement programmatique sur la question cruciale de l’accessibilité aux logements, laquelle touche les grandes villes de la province», écrit l'auteur.

Frédéric Boily est vice-doyen et professeur en sciences politiques au Campus Saint-Jean. Son plus récent ouvrage est Droitisation et populisme. Canada-Québec-États-Unis (PUL, 2020). À l’automne, il publiera le collectif Les droites provinciales en évolution, 2015-2020 (PUL, 2021).

La Colombie-Britannique constitue une province où chacun des trois grands partis peut espérer réaliser des gains électoraux. Rappelons qu’en 2019, les électeurs de l’intérieur de la Colombie-Britannique ont voté en force pour les conservateurs, dans les régions où les questions liées au projet énergétique, comme le Trans Mountain ou le gaz naturel liquéfié, résonnent de manière similaire en Alberta.

En se rapprochant de la grande région de Vancouver et des côtes du Pacifique, le paysage politique commence à se barioler d’orange et de rouge, et même d’un peu de vert. Mais souvent, avec des victoires pour un parti ou l’autre qui ont été serrées. C’est ainsi que les moindres variations de pourcentage dans les intentions de vote de certaines circonscriptions font qu’un candidat défait peut se retrouver gagnant — ou l’inverse — le soir des élections.

Or, comme en 2019, il faut s’attendre à des luttes serrées et imprévisibles. C’est d’autant plus vrai que la dynamique de début de campagne, lorsque les libéraux détenaient une avance sur les néodémocrates et les conservateurs, n’est plus vraie. Depuis, la campagne a changé avec des intentions de vote qui, comme ailleurs, ont faibli pour les libéraux en Colombie-Britannique alors que la fortune électorale semble de nouveau sourire aux conservateurs, voire aux néodémocrates.

Au-delà de la crise afghane qui a fait dérailler le message libéral, comment expliquer ce changement d’orientation dans les intentions de vote ? Une combinaison de facteurs semble en jeu.

D’abord, Erin O’Toole a profité de son passage en Colombie-Britannique pour refaire la marque conservatrice à son image. Ainsi, le chef conservateur a promis d’ajouter 1000 lits pour aider la lutte contre les dépendances aux opioïdes et, surtout, il s’est engagé sur la question des sites d’injection.

L’aspirant premier ministre a annoncé qu’un éventuel gouvernement conservateur ne s’opposerait pas à Santé Canada concernant ces sites. Voilà qui lui permettait de parler du « conservatisme de la compassion », rompant avec l’approche de Stephen Harper qui misait sur le thème de la loi et l’ordre et de la criminalisation.

Autre avantage pour les conservateurs : il semble que la reprise économique fasse partie des priorités des électeurs de la Colombie-Britannique et que la promesse de créer un million d’emplois soit bien accueillie.

Logements

Cependant, la Colombie-Britannique est également le théâtre d’un affrontement programmatique sur la question cruciale de l’accessibilité aux logements, laquelle touche les grandes villes de la province. Ainsi, à l’aube d’une rentrée universitaire, le manque de logements pour les étudiants de l’Université de Victoria fait les manchettes. C’est pourquoi les trois partis rivalisent de promesses à ce sujet, les conservateurs et les libéraux favorisant la construction de nouvelles maisons, alors que les néodémocrates veulent stimuler la création de logements abordables.

Une dimension où Jagmeet Singh semble détenir un avantage sur ses adversaires, c’est celle de sa popularité auprès des jeunes électeurs (18-34 ans). C’est d’ailleurs une tranche d’électeurs qu’il courtise intensément avec la promesse d’alléger les modalités de remboursement des dettes étudiantes et avec d’autres mesures visant à faciliter la vie des étudiants de partout au pays.

On entrevoit donc les difficultés des libéraux de Justin Trudeau qui risquent de voir le vote des jeunes leur glisser entre les mains, alors que les conservateurs pourraient faire des gains chez les électeurs préoccupés par les questions économiques.

Enfin, l’enjeu climatique, qui est une préoccupation importante des électeurs de cette province, vient compliquer davantage la campagne, notamment en ce qui concerne le vote pour le Parti vert. En 2019, les verts étaient parvenus à décrocher un deuxième siège dans la province et à obtenir 12,5 % des voix. Mais les querelles internes qui minent le parti pourraient faire en sorte d’éroder l’appui des verts, rendant disponible un bassin de voix pour les autres partis, d’autant plus que la cheffe du Parti vert fait campagne du côté de Toronto.

Les néodémocrates et les libéraux cherchent ainsi à effectuer une sorte d’OPA sur le vote des environnementalistes pour effectuer des gains, comme c’est le cas dans la circonscription de Nanaimo-Ladysmith remportée par les verts et qui est le théâtre d’une lutte à trois. De leur côté, les conservateurs espèrent que les promesses d’améliorer l’économie leur permettront de conforter le vote de 2019. C’est pourquoi la campagne en Colombie-Britannique peut encore prendre une tournure inattendue.



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