L’importance des débats en campagne électorale

«Les débats sont importants comme ils sont aussi des événements hautement médiatisés», écrit l'autrice.
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne «Les débats sont importants comme ils sont aussi des événements hautement médiatisés», écrit l'autrice.

L’autrice est professeure titulaire en communication politique à l’Université du Québec à Trois-Rivières. Chercheuse au Groupe de recherche en communication politique et au Centre pour l’étude de la citoyenneté démocratique, elle est coauteure de l’ouvrage ABC de l’argumentation : Pour les professionnels de la santé et toute autre personne qui souhaite convaincre (Presses de l’Université du Québec).

Le premier débat des chefs en français aura lieu ce soir, le 2 septembre, puis un deuxième, le 8 septembre. Depuis 1968, année du premier débat dans le cadre d’élections fédérales, les chefs des partis politiques ont participé quasi systématiquement aux débats des chefs en français et en anglais. Plus de cinquante ans plus tard, les débats sont toujours des événements clés des campagnes.

Pourquoi ? Parce qu’ils sont une occasion unique pour les électeurs de s’informer sur les enjeux de la campagne, d’apprécier les chefs en action, d’évaluer leur personnalité dans un contexte hautement compétitif et de comparer les programmes des partis.

Les débats sont importants comme ils sont aussi des événements hautement médiatisés. Tout comme dans le cadre d’un événement sportif, les commentateurs et les analystes politiques examineront à la loupe les bons et les mauvais coups des chefs. Ces derniers les suivront ensuite tout le reste de la campagne.

Les enjeux

Comme c’est le cas depuis le début de cette élection, Justin Trudeau aura tout à prouver. Il sera au centre du tir groupé de ses adversaires. Il devra trouver une manière de se démarquer, de conserver son aura de premier ministre et de ne pas être constamment sur la défensive tout au long du débat.

Comme les médias le répètent systématiquement depuis le début de la campagne, il devra, une fois de plus, prouver que cette élection était nécessaire. De plus, il devra défendre son bilan depuis sa réélection en 2019. Après six ans au pouvoir, une pandémie toujours en cours et une situation tendue en Afghanistan, il est le seul qui a des réalisations et aussi des projets non réalisés qui pourront lui être reprochés. Les autres partis et leurs leaders ont certes des idées ou un désir de faire mieux, mais, pour le moment, leurs paroles ne relèvent que des promesses.

Erin O’Toole en est à sa première campagne électorale et n’a jamais fait de débats. Il devra rapidement trouver ses aises afin d’être compétitif et de tirer son épingle du jeu. Jagmeet Singh s’était bien démarqué en 2019 lors des débats précédents. Il était sympathique, charismatique et confiant. Son défi sera de paraître prêt à gouverner. Il a beaucoup à gagner afin de retrouver un maximum de sièges partout au pays, notamment au Québec.

Finalement, Yves-François Blanchet est un redoutable débatteur qui a une grande connaissance des médias francophones. Il saura rapidement trouver la formule qui fera choc auprès du public. Il est très combatif et se portera au front assez rapidement. Il sera dans son élément autant du point de vue de la formule que parce qu’il maîtrise la langue française mieux que les autres chefs.

Communication politique

Lors des débats, les chefs peuvent adopter différentes stratégies de communication politique. Un des premiers enjeux des chefs sera de se démarquer. Ils voudront que leur vision des choses soit celle retenue par l’électorat et les médias. Ils doivent aussi composer avec la perception que les électeurs ont déjà d’eux avant le débat. Ensuite, avec leur équipe, ils se seront préparés afin d’être prêts à l’action.

Le débat est l’occasion unique de présenter leur programme et aussi d’attaquer leurs adversaires afin de se démarquer auprès des électeurs. Rappelons que bien que les chefs débattent entre eux, c’est à certains segments de l’électorat qu’ils s’adressent par leurs différentes promesses et éléments de leur programme.

Les chefs devront trouver les bons arguments et les bonnes expressions pour convaincre afin de se positionner et de construire une image de fiabilité. Ils devront mobiliser l’auditoire à l’aide d’arguments basés sur des valeurs précises. Leur capacité de parler un langage qui rejoint les électeurs sera aussi mise à rude épreuve : quels exemples évoquer ? Quelles comparaisons seront porteuses ? Quels propos des experts en santé publique mobiliser ? Comment réfuter les propos des adversaires ? Comment répondre sans répondre ?

Les chefs devront aussi trouver l’équilibre entre la combativité et l’agressivité. Les chefs vont s’attaquer entre eux, mais il y a parfois une ligne mince entre une attaque bien envoyée et un geste qui peut être interprété comme trop agressif. Un chef combatif pourra voir cette compétence comme perçue positivement et transposée à son leadership. Ici, on se rappelle l’image de Jean Chrétien connu comme « le bagarreur de Shawinigan ». Une image qui lui était très utile, autant dans ses relations avec les provinces mais aussi à l’international.

Bref, les débats, même après cinquante ans, sont toujours aussi névralgiques lors d’une campagne électorale. Il nous reste à apprécier la prestation des chefs, la couverture médiatique qui suivra et les effets sur les intentions de vote.

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