C’est à ceux qui voient d’agir

«Des indices fiables nous laissent entrevoir une augmentation significative des taux de décrochage scolaire et des lacunes en ce qui concerne les connaissances acquises», écrit l'auteur.
Photo: Miguel Medina Agence France-Presse «Des indices fiables nous laissent entrevoir une augmentation significative des taux de décrochage scolaire et des lacunes en ce qui concerne les connaissances acquises», écrit l'auteur.

En mars 2020, le réseau scolaire québécois était frappé de plein fouet par la pandémie et a dû en subir les contrecoups. Or, non seulement la situation ne s’est pas améliorée lors de l’année qui a suivi, mais encore aujourd’hui, les embellies se font rares.

On sait peu de choses encore sur les impacts réels à moyen et à long terme de tout cela sur le parcours scolaire de nos élèves du préscolaire, du primaire et du secondaire. Par contre, des indices fiables nous laissent entrevoir une augmentation significative des taux de décrochage scolaire et des lacunes en ce qui concerne les connaissances acquises.

Dans un nombre important de centres de services scolaires, le nombre d’élèves qui ont quitté l’école en cours d’année a pratiquement doublé. Cela est inquiétant. Mais ce qui l’est tout autant a été de constater qu’après de laborieux efforts qui ont permis d’observer une amélioration continue de la persévérance ces dix dernières années, le pourcentage d’élèves décrocheurs était déjà en remontée lors des trois années qui ont précédé la pandémie, comme en témoignent les plus récentes données à cet effet publiées par le ministère de l’Éducation.

Des interventions concrètes pour ramener ces jeunes à l’école doivent être menées quotidiennement dans chacun des établissements de chacun des centres de services scolaires du Québec et ne pas souffrir de délais inutiles ni dépendre des décisions, ordres ou contre-ordres venant du bureau du ministre.

Les centres de services et leurs conseils d’administration ont entre les mains l’autonomie, les pouvoirs et les ressources nécessaires pour permettre à leurs services éducatifs et à leurs établissements d’agir promptement et de changer le cours des choses.

Accroître le rendement de tous les élèves et combler les écarts qui existent en matière de réussite, d’opportunités et d’accès à des services éducatifs de qualité sur tout le territoire d’un CSS est une entreprise exigeante.

La qualité de l’enseignement et de l’encadrement éducatif, des fonctions assurées au sein des établissements, est bien sûr au cœur de cette réussite. L’organisation et la prestation de services aux élèves les plus vulnérables également.

On pourrait donc croire que dans un tel contexte, l’impact net du travail des conseils d’administration sur la réussite des élèves est négligeable : ils ne sont pas ceux qui dirigent les équipes-écoles ou qui interviennent directement auprès des élèves ou de leurs familles.

Pourtant, un conseil d’administration a l’autonomie et la légitimité pour améliorer la réussite des élèves et la qualité de l’enseignement en agissant sur certains déterminants de cette réussite, en créant les conditions propices à un enseignement de qualité, des occasions égales d’apprendre et en offrant un accès équitable à des services éducatifs appropriés.

Pour y arriver, les décisions prises par le conseil doivent impérativement tenir compte des données issues de la recherche sur les approches les plus efficaces, tant sur le plan pédagogique que sur celui des meilleures pratiques de gouvernance.

La psychanalyste Françoise Dolto le répétait souvent : c’est à ceux qui voient que revient la responsabilité d’agir. Encore faut-il leur donner les moyens de le faire, autrement qu’en leur demandant d’attendre ce qu’en dit le ministre.

 

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