Sur les pas de Gaston Miron

«Plonger dans les lettres du poète Gaston Miron, rassemblées en 2015 aux Éditions de l’Hexagone, peut constituer un répit formateur pour les auteurs à la dérive», considère l'auteur.
Photo: Jacques Grenier Archives Le Devoir «Plonger dans les lettres du poète Gaston Miron, rassemblées en 2015 aux Éditions de l’Hexagone, peut constituer un répit formateur pour les auteurs à la dérive», considère l'auteur.

Le 23 août dernier, la Banque de titres de langue française a dévoilé les compilations Gaspard. Lors de la journée J’achète un livre québécois du 12 août, les ventes de fiction des auteurs d’ici ont été multipliées par 7,7, ce qui représente un record depuis l’instauration de cet événement littéraire en 2014.

Cette conjoncture a évidemment été accueillie avec joie et soulagement par la communauté des libraires indépendants. Elle a pu offrir aussi à tous les auteurs présentement en chantier l’espoir du paisible horizon de la reconnaissance.

Aux portes de l’âme

C’est qu’au début de leur longue aventure, les jeunes auteurs sont quelquefois confrontés à une peur terrible : celle de ne jamais trouver leur style. Chez certains d’entre eux, cette angoisse s’étire dans le temps et parvient même à se loger définitivement sous leurs os, aux portes de l’âme.

Les années filent, ces auteurs continuent d’éplucher les classiques, émus, déchirés chaque fois entre l’émotion puissante et toujours pure de l’épatement, mais aussi celle, largement plus vile, de la rancœur. Au milieu des nuits sans repos, ils se répètent : « Comment Flaubert a-t-il pu écrire quelque chose d’aussi parfait ? Et si moi, au fond, je n’étais pas fait pour ça ? »

Plonger dans les lettres du poète Gaston Miron, rassemblées en 2015 aux Éditions de l’Hexagone, peut constituer un répit formateur pour les auteurs à la dérive. Entre 1949 et 1951, Miron a fait parvenir une série de lettres à son ami Guy Carle. Le poète avait à peine 20 ans, écrivait déjà des vers, mais son verbe s’exerçait à défaut d’éblouir déjà.

Miron était pauvre comme la gale, ne tenait pas en place, apprivoisait tranquillement un enthousiasme, à bout de souffle, un esprit qui l’incitait à lire un peu trop de tout, à s’éparpiller surtout.

Ces lettres destinées à un ami s’adressent aujourd’hui aux jeunes auteurs de demain. Elles constituent de très grandes leçons d’humilité, de courage. Il faut lire Miron essayer de retrouver une langue, tenter aussi de trouver son style « tourmenté, qui se cherche, qui se dépouille ».

Miron écrit que cette battue l’étourdit, lui sert la gorge, l’épuise jusqu’à le renvoyer constamment au dictionnaire « pour les mots les plus usuels et les plus simples ».

Les jeunes défricheurs se laissent parfois persuader que, pour entrer en littérature, le talent seulement — si ce n’est pas le don — est convoqué. Miron, lui, dans ses lettres de déroute, est pourtant catégorique : « c’est le travail qui compte ».

Miron a eu faim, Miron a eu peur et, en 1950, il ne croyait même plus à une carrière littéraire. On connaît pourtant la fin. Un recueil, L’homme rapaillé, publié en 1970.

Un ouvrage retravaillé par l’auteur à de nombreuses reprises, toutes les fois embelli d’un vers, d’une virgule ou d’une perle. L’œuvre québécoise la plus lue de toute la francophonie. Oui, avant les grands moments de réjouissance, comme ceux du 12 août, il faut s’armer de patience. Il faut du travail avant d’arriver « à ce qui commence ».

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