Un appel de la société civile haïtienne

Des enfants du quartier La Saline, à Port-au-Prince. Selon les auteurs, le consensus et l’entente devront prendre une importance centrale à Haïti pour sortir de la crise.
Matias Delacroix Associated Press Des enfants du quartier La Saline, à Port-au-Prince. Selon les auteurs, le consensus et l’entente devront prendre une importance centrale à Haïti pour sortir de la crise.

Lettre adressée au premier ministre Justin Trudeau

Les signataires de cette lettre, qui représentent plusieurs grands réseaux québécois, sollicitent une rencontre avec vous afin de partager l’appel de la société civile haïtienne avec laquelle nous avons établi de nombreux partenariats.

Nous désirons faire écho à la Commission pour la recherche d’une solution haïtienne à la crise, qui s’active à élaborer un accord devant faciliter l’avènement d’une gouvernance provisoire réussie, un tournant dans la reconquête de la souveraineté nationale. Elle vise la recherche d’une solution à la crise en facilitant l’implication d’un maximum d’acteurs de la société civile haïtienne. La crise sociopolitique haïtienne profonde conjuguée à l’assassinat du président Jovenel Moise offre l’occasion aux Haïtiennes et aux Haïtiens de refonder l’avenir de leur pays par le consensus et l’entente, jugent des membres influents de l’ensemble de la société civile participant à cette commission qui appelle à l’engagement commun pour éviter que ce soient des acteurs internationaux, notamment le Core Group, qui imposent leur ordre du jour.

Il est important de souligner aussi que, depuis deux ans, de nombreux groupes ont créé des espaces de discussion et de concertation pour élaborer des propositions, réfléchir aux grands défis et déterminer les ruptures nécessaires pour une refondation nationale. Ce travail, fait dans le cadre de plateformes inclusives composées de tendances politiques très différentes,a permis d’établir une série de propositions consensuelles :

Un premier consensus qui se dégage de ces discussions est qu’une période de transition politique est essentielle afin de rétablir la légalité constitutionnelle. Notamment, une refonte du système électoral est urgente ; actuellement, ce système est colonial sur le plan technologique, est contrôlé par des pouvoirs oligarchiques et des gangs armés violents antisociaux, et n’a aucune légitimité.

Le conseil électoral établi par Jovenel Moïse ne pourrait qu’organiser des élections illégitimes, en faveur du PHTK. Il faut créer un système électoral adapté, géré par des acteurs haïtiens, et non contrôlé par les forces liées au trafic de la drogue.

Un deuxième consensus est qu’il faut satisfaire les revendications de justice de la population haïtienne. Notamment dans des dossiers comme Petrocaribe ou celui des fonds destinés à combattre la COVID-19 et dont personne ne connaît l’usage qui en est fait. Il faut trouver les responsables, mettre en place des mécanismes adéquats de gestion des finances publiques, rendre également justice pour les massacres qui ont été commis dans les quartiers populaires.

Un troisième consensus est la nécessité d’organiser une conférence nationale, un espace qui devrait permettre de définir un projet à long terme pour la nation et aussi de sortir du néolibéralisme et du dogmatisme économique en place depuis 1983. Les politiques néolibérales ont affaibli l’État, transféré ses compétences au secteur privé et réduit les capacités du pays en matière agricole en attaquant l’économie paysanne. Il faut une conférence pour redéfinir le projet de nation dans le cadre d’une concertation très large.

Nous vous enjoignons, Monsieur le Premier Ministre, de porter une grande attention à l’appel lancé par cette large coalition qui a convoqué une conférence interhaïtienne en vue de définir cette transition et de faire valoir le droit, pour le peuple haïtien, à une période de transition qui ne pourra pas être brève et qui devra être liée à un cycle de refondation. Dans le contexte actuel de violence généralisée et de vide constitutionnel, une élection hâtive n’aurait aucun ancrage populaireet ne pourrait que servir une démocratie de façade au service des pouvoirs en place, bien loin de la transformation sociale de rupture souhaitée par une grande partie de la population.

Nous sollicitons donc une rencontre de manière urgente pour échanger avec vous sur le rôle que devrait jouer le Canada. Quelques représentantes et représentants de la société civile haïtienne pourraient participer cette rencontre.

* Ce texte est signé par une vingtaine d’organisations, dont de grands syndicats et des organismes de développement international : 
 

Aide internationale à l’enfance (L’AMIE), André Jalbert, Président directeur-général

Alternatives, Safa Chebbi et Anne Latendresse, Co-Présidentes

Association québécoise des organismes de coopération internationale (AQOCI), Michèle Asselin, Directrice générale

Carrefour de solidarité internationale de Sherbrooke, Étienne Doyon, Directeur général

Coalition haïtienne au Canada contre la dictature en Haïti (CHCDH), Alain Saint-Victor et Célia Romulus, Porte-paroles

Centrale des syndicats du Québec (CSQ) , Éric Gingras, Président

Centre International de Documentation et d’Information Haïtienne, Caribéenne et Afro-Canadienne, (CIDIHCA), Frantz Voltaire, Président

Centre internationale de solidarité ouvrière (CISO), Amélie Nguyen, Coordonnatrice

Concertation pour Haïti, Jean-Claude Icart, Membre du comité de coordination

Confédération des syndicats nationaux (CSN), Caroline Senneville, Présidente

Comité de solidarité/Trois-Rivières, Valérie Delage, Directrice générale

Clowns Sans Frontières, Katel Le Fustec, Directrice artistique et générale

Conseil central du Montréal métropolitain-CSN, Dominique Daigneault, Présidente

Conseil régional FTQ Montréal métropolitain, Marc-Édouard Joubert, Président

Développement international Desjardins (DID), Gerardo Almaguer, Président-directeur général

Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ), Daniel Boyer, Président

Groupe d’économie solidaire du Québec, René Lachapelle, Président

Ligue des droits et libertés, Alexandra Pierre, Présidente

La Maison d’Haïti, Marjorie Villefranche, Directrice générale

Mission inclusion, Richard Veenstra, Directeur général

Partenariat pour le développement des communautés (PARDEC), Baudouin Kutuka Makasi, Directeur général

SUCO, Jean-Alexandre Fortin, Directeur général par intérim

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