Les plus grands défis de l’électrification des transports

«Plusieurs études démontrent que les véhicules légers et lourds électriques émettent moins de GES durant leur cycle de vie complet que les véhicules à essence», écrit l'auteur.
Photo: Alexandre Shields Le Devoir «Plusieurs études démontrent que les véhicules légers et lourds électriques émettent moins de GES durant leur cycle de vie complet que les véhicules à essence», écrit l'auteur.

Le 24 juillet dernier, Gérard Bérubé publiait une intéressante chronique sur les défis de la voiture électrique. Si ce texte contenait des éléments de réflexion qui méritent d’être soulignés, certaines mises au point s’imposent.

L’écart de prix

Si le coût initial d’acquisition d’un véhicule électrique neuf est effectivement plus élevé que celui d’un véhicule à essence équivalent, lorsqu’on calcule le coût total de propriété (coût d’acquisition, entretien, énergie, assurance, rabais et valeur de revente), de plus en plus de véhicules électriques sont maintenant moins dispendieux que des voitures compactes ou des VUS populaires en version d’entrée de gamme, et ce, parfois même dès le premier mois.

Entre 2008 et 2020, le prix par kWh des batteries lithium-ion a baissé de près de 90 %, et on prévoit une baisse supplémentaire de 50 % à 60 % d’ici 2025-2026, pour un prix du kWh avoisinant les 60 $US, ce qui rendra les véhicules électriques moins chers à l’achat que les véhicules à essence. Le coût initial d’acquisition d’un véhicule à essence ne sera donc plus compétitif bien avant 2035.

Des difficultés surmontables

S’il est vrai que les défis climatiques et d’adoption de véhicules électriques sont très grands, les annonces récentes des gouvernements du Québec et du Canada visant à interdire la vente de véhicules à essence dès 2035 via, entre autres, des mesures réglementaires, indiquent qu’ils veulent les relever.

Pour ce qui est des ressources, selon une analyse récente de Transport & Environment, les voitures à carburant fossile gaspillent des centaines de fois plus de matières premières que leurs équivalents électriques à batterie. La perte de matières premières au cours du cycle de vie d’une batterie lithium-ion utilisée dans une voiture électrique n’est que d’environ 30 kilogrammes une fois le recyclage pris en compte, contre un minimum de 17 000 litres de pétrole pour une voiture à essence. Alors qu’une batterie est recyclable à 95 %, le pétrole brûlé est recyclable… à 0 %.

Matières premières

La domination de la Chine en ce qui a trait au contrôle des minéraux nécessaires aux véhicules électriques représente effectivement un enjeu économique et géopolitique à ne pas négliger. Or, le Canada est particulièrement bien pourvu en matière de minéraux stratégiques. C’est pourquoi les États-Unis et le Canada ont signé en février 2021 la Feuille de route pour un partenariat renouvelé États-Unis-Canada, où les deux gouvernements ont convenu de revitaliser leur plan d’action dans le domaine des minéraux nécessaires à la fabrication de véhicules électriques… de véhicules à essence, d’ordinateurs, de téléviseurs, de téléphones cellulaires, ainsi qu’au raffinage de pétrole et à l’armement.

Un effet écologique positif

Plusieurs études récentes démontrent que les véhicules légers et lourds électriques émettent moins de GES durant leur cycle de vie complet que les véhicules à essence. Une étude publiée en 2020 par des chercheurs de l’Eindhoven University of Technology démontre que l’impact écologique supplémentaire de la construction d’une voiture électrique est amorti après moins de 30 000 kilomètres.

Pendant que les émissions de GES du secteur des transports au Canada ont augmenté de 54 % entre 1990 et 2019, les émissions de GES de l’électricité ont diminué de 36 %. Puisque 99 % de l’électricité du Québec et 67 % de l’électricité du Canada sont de sources renouvelables, les gains sont donc bien réels. Selon le CNRC, même en Alberta, où 92 % de la production d’électricité est fossile (charbon et gaz), les véhicules électriques émettent moins de GES que les véhicules à essence.

Selon une étude publiée en juillet 2021 par l’International Council on Clean Transportation, un véhicule électrique émet moins de GES sur son cycle de vie complet qu’un véhicule à essence aux États-Unis, en Europe, en Chine ou en Inde en 2021, et cet avantage ira croissant en 2030.

Cinq grands défis à relever

Le rapport publié par Santé Canada en 2021 intitulé Les impacts sur la santé de la pollution de l’air au Canada estime le coût économique de la pollution atmosphérique à 120 milliards de dollars par année et à 15 300 décès prématurés, soit huit fois le nombre de décès causés annuellement par les accidents de la route. Or, un pourcentage significatif de cette pollution provient des transports. Si le Québec et le Canada veulent atteindre leurs objectifs climatiques et d’adoption de véhicules légers et lourds électriques, ainsi que diminuer la pollution atmosphérique grâce à l’électrification des transports, ils devront relever les cinq grands défis suivants :

Les infrastructures De 70 % à 90 % des recharges sont effectuées à domicile ou au travail. Toutefois, pour ceux qui ont plus difficilement accès aux bornes, dont les habitants des centres-villes, il est primordial de déployer des infrastructures de recharge accessibles à tous.

Les incitatifs D’ici à ce que le coût d’acquisition soit à parité avec celui des véhicules à essence, il est important que les gouvernements encouragent l’achat de véhicules électriques… et découragent l’achat de véhicules polluants.

La réglementation On ne pourra atteindre nos objectifs climatiques et d’adoption de véhicules électriques sans réglementation qui accélérera l’approvisionnement et la vente de ces véhicules, aussi bien pour les voitures que les camions lourds, les autobus ou les véhicules hors route.

L’éducation et la formation Sans de solides campagnes d’éducation et de formation, la transition vers les véhicules électriques et les emplois en électrification des transports sera ralentie.

La chaîne d’approvisionnement Le soutien aux entreprises, petites et grandes, qui travaillent en électrification des transports, est incontournable si on veut créer des emplois durables et de qualité.

Aussi bien pour des raisons écologiques que de santé et d’économie, nous devons relever ces défis. L’électrification des transports ne représente certes pas la seule solution à ceux-ci, mais, en combinaison avec le transport collectif, le transport actif, le covoiturage, l’autopartage et le télétravail, elle fait absolument partie de la solution.

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