Un automne de tous les dangers dans les universités

«Pourquoi ne pas attendre un trimestre pour obtenir véritablement l’immunité collective et redémarrer [la vie universitaire normale] dans des conditions moins risquées?» s'interroge l'auteur.
Photo: Michel Euler Associated Press «Pourquoi ne pas attendre un trimestre pour obtenir véritablement l’immunité collective et redémarrer [la vie universitaire normale] dans des conditions moins risquées?» s'interroge l'auteur.

A-t-on jamais douté que le gouvernement allait siffler le retour en présentiel ? L’intention était claire depuis la fin mai. Dès le mois de juin, à l’Université de Montréal, administrateurs et cadres subalternes instauraient l’horaire en présentiel, que les professeurs le veuillent ou pas. Les objections pour des raisons de prudence sanitaire étaient exclues a priori. L’avis des professeurs et leur santé n’avaient pas de place dans la planification. Le 22 juin, un conseil syndical extraordinaire du syndicat des professeurs a voté contre ce qui se passait.

Restait un obstacle : tout était conditionnel à un taux de vaccination de 75 % à deux doses pour les 16-29 ans. Des experts avertissent qu’un taux de 85 %-90 % est nécessaire. De toute façon, la barre n’est qu’à 40 %. Alors, que faire pour procéder au retour programmé ? Changer les critères. On diffuse maintenant (28 juillet) une nouvelle reconnaissant que le taux n’est pas atteint pour les 16-29 ans, mais qu’il devrait l’être pour les étudiants parmi eux. Comment sait-on cela puisque la profession n’est pas indiquée lors de la vaccination ? Astucieux pronostic publié au moment opportun !

Personne ne sait

On ne connaît personne qui ne veuille retourner à la vie normale, ne serait-ce que pour être soulagé de la tyrannie de l’écran, devenu à la fois notre carcan et notre prothèse. Encore faut-il que ce ne soit pas pour contracter le virus. La vérité est que nous ne savons pas combien de personnes sur les campus seront doublement vaccinées. Nous ne savons pas quelle sera la résistance des vaccins dans un contexte de concentration humaine. Nous savons cependant que, dans une université, il y a beaucoup de monde dans des lieux fermés et des espaces exigus, et que le côtoiement est prolongé. Ce n’est pas comme un saut rapide dans un magasin. Quiconque pense qu’il y aura distanciation ne connaît pas le milieu universitaire. Dans les classes, les couloirs, les escaliers et les ascenseurs, on sera collés les uns aux autres. Une serre chaude qui fera le bonheur du coronavirus et de son variant plus contagieux Delta, avec une 4e vague et des frontières qui s’ouvrent en arrière-fond. Le trimestre d’automne sera le plus délicat et le plus inquiétant depuis le début de la pandémie.

Les universités s’autogèrent. Elles qui rappellent au gouvernement leur autonomie quand cela leur convient plient l’échine quand il s’agit du retour en présentiel. Un peu de courage serait de mise, car la décision est, au bout du compte, la leur, et elles seront responsables des conséquences en cas de malheur.

Pourquoi ne pas attendre un trimestre pour obtenir véritablement l’immunité collective et redémarrer dans des conditions moins risquées ? Pourquoi ne pas laisser à ceux qui le veulent la possibilité de rester à distance pendant le trimestre d’automne ? Cela permettrait d’effectuer un retour graduel, plutôt que de déclencher un mouvement de masse avec les dangers qu’il comporte. 

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