Entre justice et prévention, le Canadien de Montréal doit faire mieux

«Invités à s’expliquer sur une telle prise de position, le directeur général, Marc Bergevin, et son adjoint, Trevor Timmins, ont résumé leur choix à une
Photo: Bruce Bennett/Getty Images/AFP «Invités à s’expliquer sur une telle prise de position, le directeur général, Marc Bergevin, et son adjoint, Trevor Timmins, ont résumé leur choix à une "décision de hockey", comme si celle-ci était entièrement coupée du monde et du poids symbolique qu’elle véhicule», écrivent les autrices.

Lors du dernier repêchage amateur, le Canadien de Montréal a fait de son choix de premier tour (31e au total) un joueur [Logan Mailloux] devant qui 30 équipes avaient choisi de passer. Ce dernier, reconnu coupable d’un crime de nature sexuelle en novembre dernier, avait pourtant explicitement demandé aux 32 équipes du circuit Bettman de ne pas le sélectionner et au moins 11 équipes de la LNH avaient déterminé qu’il serait effectivement complètement ignoré.

Invités à s’expliquer sur une telle prise de position, le directeur général, Marc Bergevin, et son adjoint, Trevor Timmins, ont résumé leur choix à une « décision de hockey », comme si celle-ci était entièrement coupée du monde et du poids symbolique qu’elle véhicule.

Or, les réactions que cette décision suscite démontrent que ce choix n’est pas sans conséquences, alors que des mythes et des stéréotypes sur les violences sexuelles circulent allègrement tant sur le Web que dans les discussions de salon.

On parle de « manque de jugement », « d’erreurs de jeunesse », « d’immaturité » ou encore de « droit à une deuxième chance » et on s’improvise experts en réhabilitation à grands coups de relations publiques qui visent à minimiser la situation en plus de créer deux camps polarisés qui empêchent tout dialogue.

Pourtant, nommer les faits pour ce qu’ils sont invite à une réelle responsabilisation tant individuelle que collective : la prise de photos intimes sans le consentement de la personne visée est un acte criminel tant en Suède qu’au Canada. Tout comme la cyberintimidation et la distribution non consensuelle d’images intimes, qu’on soit mineurs ou non.

Une action réfléchie

Il ne s’agit pas d’une erreur, ni même d’une faute grave ; c’est plutôt une action qui a été posée de manière réfléchie, préméditée et avec des conséquences réelles sur la vie des personnes qui les subissent.

D’ailleurs, pas plus tard qu’en mai dernier, plusieurs jeunes Québécoises ont vécu un vrai cauchemar : on apprenait l’existence d’un groupe sur l’application Telegram qui servait à partager des photos et des vidéos intimes ainsi que de la pornographie juvénile à l’insu des personnes concernées, une application suivie par près de 3000 membres. Certains y partageaient les informations personnelles de potentielles « proies », comme leurs identifiants sur les réseaux sociaux ainsi que leurs coordonnées.

Cette situation n’est pas anecdotique ; les crimes sexuels se sont gravement amplifiés au cours de la pandémie, que ce soit en ligne ou dans la rue. Ces violences sont partout autour de nous.

Or, aucune « carrière », ou, plutôt, aucun privilège de jouer avec une équipe sportive de haut niveau, de participer à un tournage au gros cachet ou encore de se produire sur scène devant un vaste public ne mérite qu’on balaye ces violences sous le tapis, particulièrement lorsqu’on sait que toute une génération s’identifie à ces personnes et s’en inspire pour forger sa propre identité.

En tant que société, il est temps de faire preuve de solidarité, d’envoyer un message clair et cohérent quant au fait que les violences sexuelles demeurent inacceptables, peu importe le profil de la personne qui les commet.

Parce qu’être un « bon » joueur de hockey, un « bon » humoriste ou une « bonne » comédienne ne devrait jamais avoir d’incidence sur le traitement de ce genre de situation.

Surtout que nos valeurs ne sont pas uniquement reflétées par les décisions politiques ou par l’enseignement qu’on reçoit ; elles le sont également par les décisions prises par les institutions qui font partie intégrante de notre patrimoine socioculturel et par les messages qu’elles véhiculent aux prochaines générations.

Une marche de solidarité

Dans une volonté de construire des ponts, nous invitons la population ainsi que le Canadien de Montréal à venir marcher avec nous le 28 août prochain afin d’afficher notre solidarité envers les jeunes et toute personne ayant vécu différentes formes de violence.

Cette marche sera menée par un groupe de jeunes, âgées de 15 à 20 ans, qui se mobilisent depuis plus de quatre ans pour faire valoir leur droit à la dignité ainsi qu’à la sécurité pour elles, pour leur génération et pour toutes celles qui suivront. Il est maintenant temps de passer de la parole aux actes pour que la violence cesse enfin de se transmettre d’une génération à l’autre. Agissons maintenant !

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