Dépossession et acculturation pas si tranquilles

«L’identité autochtone, comme toute identité, n’est pas un simple vernis qu’il est possible d’aisément faire lever pour en arriver au bois nu de l’essentielle humanité», écrit l'auteur.
Photo: Cole Burston Agence France-Presse «L’identité autochtone, comme toute identité, n’est pas un simple vernis qu’il est possible d’aisément faire lever pour en arriver au bois nu de l’essentielle humanité», écrit l'auteur.

La découverte des tombes anonymes de 1308 enfants sur les terres de pensionnats pour Autochtones dans l’ouest du pays a pris une grande place dans l’actualité canadienne. Tout cela jette une lumière crue sur le sort des Autochtones et sur une politique d’éradication de toute trace d’indianité chez ceux-ci, de manière à faire d’eux des citoyens canadiens aptes à s’adapter à la réalité moderne.

L’enquête révélera sans doute de graves cas de négligences ou d’abus. Il est trop tôt pour le dire. Mais il reste une chose évidente : cette pratique est un enlèvement pur et simple et repose sur une conception bête et cruelle.

L’identité autochtone, comme toute identité, n’est pas un simple vernis qu’il est possible d’aisément faire lever pour en arriver au bois nu de l’essentielle humanité. Identité et humanité vont de pair. À force de vouloir tuer l’Indien en l’enfant, on a tué l’enfant !

Pour le moment, la nouvelle a retenti en terre médiatique québécoise de manière un rien différente du reste du Canada.

On souligne le fait que ces pensionnats ont été plus tardivement ouverts au Québec, que cette initiative est d’abord canadienne et qu’il y a eu un plus petit nombre de ces établissements au Québec. Bref, on réagit à cette nouvelle comme si elle montrait la totalité des effets de la dépossession et de l’acculturation des nations autochtones, conséquences de l’arrivée des nations européennes colonisatrices au Nouveau Monde. Mais on n’a là que le versant de l’acculturation récente d’une longue histoire.

L’arrivée des Européens

La dépossession est pourtant concomitante à l’arrivée des Européens de toutes nations. Ceux-ci font reposer leurs ambitions sur un régime légal basé sur le concept de la terra nullius.

Ce terme désigne un territoire qui n’est pas sous la souveraineté d’un sujet de droit international ; bref, qui n’appartient à personne, car il n’est celui d’aucune organisation étatique digne de ce nom et qu’il n’est pas davantage sous l’égide d’un prince chrétien.

Le fait que, pour les Autochtones, la propriété du sol est un concept totalement étranger à leur culture n’aidera vraisemblablement pas. Tout cela explique sans doute que de nombreux traités, purement oraux et parfois écrits, n’aient pas été considérés ou respectés par les nouveaux arrivants.

De plus, j’ajouterais que la disparition presque totale du peuple wendat est certainement la conséquence de l’alliance conclue avec le pouvoir colonial de la France. Il suffit d’ailleurs de fréquenter un peu des historiens spécialistes de la chose pour comprendre que la proximité entre Français et Wendats a entraîné un effet de sape tranquille des fondements de la culture wendate.

Dépossession et acculturation ne sont donc pas des phénomènes récents, et le drame des pensionnats pour Autochtones n’est qu’un épisode récent d’une réalité globale qu’il faudra bien reconnaître un jour, et surtout connaître dans tous ces détails.

Bref, il y a là, pour nous, Canadiens comme Québécois, des dessous pas très propres qu’il faudra bien montrer au grand jour…

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