L’autre chemin de la réconciliation

«La nomination de Mary Simon risque de n’être qu’un écran de fumée parmi d’autres d’une stratégie de communication bien huilée pour une élection qui approche», écrit l'auteur.
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne «La nomination de Mary Simon risque de n’être qu’un écran de fumée parmi d’autres d’une stratégie de communication bien huilée pour une élection qui approche», écrit l'auteur.

La nomination de Mary Simon au poste de gouverneur général du Canada a fait couler beaucoup d’encre dans les dernières semaines. À raison, puisque le titre que cette dame détient est l’un des plus importants au pays, malgré le fait que cette fonction demeure essentiellement symbolique. Lorsqu’on jette un coup d’œil sur la réaction médiatique à cette nouvelle, on trouve dans un premier camp des personnes qui dénoncent l’absence de connaissance de la langue française de la nouvelle gouverneure générale.

De l’autre côté, plusieurs chroniqueurs minimisent cette méconnaissance de la langue de Molière en suggérant qu’elle aura le temps de l’apprendre. Ces derniers misent beaucoup sur l’idée que la nomination d’une femme aux origines amérindiennes signerait l’heure du « chemin de la réconciliation » entre le Canada et les peuples amérindiens, au moment où des découvertes de tombes anonymes sur le site d’anciens pensionnats réveillent de bien tristes souvenirs.

Nous pourrions discuter longuement de l’honnêteté réelle de la démarche du gouvernement canadien pour réparer les erreurs du passé. La nomination de Mary Simon risque de n’être qu’un écran de fumée parmi d’autres d’une stratégie de communication bien huilée pour une élection qui approche.

On peut espérer que ces pronostics seront détrompés, mais il serait bien naïf de croire que le régime canadien changera prochainement son approche envers les Autochtones.

Une ombre

Cela dit, si cette attention médiatique sur le passé douloureux des peuples amérindiens possède une grande part de légitimité, elle laisse néanmoins dans l’ombre un autre « chemin de la réconciliation » qui n’a jamais été entamé un seul instant. Il s’agit du sort réservé aux Québécois, et plus largement aux Canadiens français hors Québec.

Nous savons ce que les Québécois ont subi dans leur histoire : la Conquête, la répression des Patriotes, la pendaison de Louis Riel, les crises de la conscription, le règlement XVII, la crise d’Octobre, le coup d’État de 1982 et le vol du référendum du 1995. Tous ces événements témoignent d’une volonté délibérée du régime canadien de mettre fin à l’exception française en Amérique et d’assimiler les Québécois à la civilisation anglaise.

À ce jour, aucun gouvernement du Canada n’a daigné présenter d’excuses pour toutes les exactions commises dans cette longue histoire de répression. Le seul homme à avoir fait des efforts réels pour réconcilier le Québec avec le reste du Canada fut Brian Mulroney, qui n’a jamais connu de successeurs dignes de ce nom.

Le fédéralisme renouvelé n’a connu aucune postérité, et le retour de l’union « dans l’honneur et l’enthousiasme » restera pour toujours lettre morte. Les fédéralistes contemporains se contentent du statu quo, qui condamne le Québec à la perte progressive de ses institutions et de tous ses leviers politiques.

Nous le voyons encore plus clairement dans cette crise sanitaire, où les coffres de l’État du Québec sont trop à sec pour subvenir aux besoins criants. Le régime canadien se pose en sauveur d’une province « démunie » en venant supplanter les champs de compétence du Québec en santé. De ce fait même, il accentue la minorisation du Québec dans la fédération canadienne et le condamne à un destin aussi sombre que celui des Canadiens français du ROC.

Si le régime canadien avait comme volonté réelle d’avancer sur un chemin de la réconciliation avec les peuples opprimés au Canada, il y inclurait bien évidemment les Québécois et les Canadiens français. Mais il ne le fera pas, car nous formons une minorité nationale dérangeante et dont l’énergie vitale n’est pas encore tout à fait consumée. Il n’y aura désir de réconciliation que le jour où nous ne compterons plus politiquement.

Un nouveau pacte ?

Bien des Québécois croient encore à un nouveau pacte entre les peuples fondateurs, persuadés que l’union fait la force. Malheureusement pour eux, ils devront un jour se rendre compte qu’ils sont seuls à vouloir faire leur bout de chemin dans la réconciliation. Le Canada anglais a abandonné toute volonté d’intégrer avec respect le Québec dans sa Constitution, qu’il veut nous faire avaler de force.

Seuls les groupes qui correspondent à la grille de lecture woke de la société pourront bénéficier des larmes canadiennes, et les Québécois n’en font pas partie, eux qui sont vus comme une tribu clanique de racistes dangereux. Lorsqu’un chemin devient impossible à emprunter, il ne reste donc plus qu’à en sortir. 

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