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Durant la pandémie, nous avons vu grandir à une vitesse folle la frénésie presque hystérique des achats en ligne.
Photo: Joel Saget Agence France-Presse Durant la pandémie, nous avons vu grandir à une vitesse folle la frénésie presque hystérique des achats en ligne.

Juste avant que ne frappe la pandémie, les changements climatiques étaient le sujet de l’heure. Il m’avait semblé que les choses commençaient à se mettre en place pour une véritable prise de conscience et le début de changements significatifs.

Les mois ont passé. Aujourd’hui, je constate que, dans un dernier soubresaut, l’humain a plutôt décidé d’aller au bout de son désir brûlant de consommer à mort, de s’éclater dans la dépense et de se donner à fond dans une orgie gargantuesque pour en finir au plus vite, semble-t-il, avec cette petite planète insignifiante qui ne remplit pas ses promesses.

On aura donc décidé d’enfoncer le clou avec une des plus furieuses démonstrations de gaspillage et de surconsommation qu’on aura eu l’occasion d’admirer de mémoire d’espèce disparue. Nous avons vu grandir à une vitesse folle la frénésie presque hystérique des achats en ligne. Du bout des doigts, des millions d’acheteurs compulsifs se sont mis à exprimer leur anxiété et leur mal de vivre en cliquant sur Buy Now/Acheter maintenant et il s’en est suivi un ballet continu de voiturettes, de camionnettes, de minifourgonnettes, de scooters et autres engins des services postaux qui se sont mis à sillonner les rues des villes et villages de partout sur la planète jusque dans les coins les plus reculés, avec tout ce que ça représente de source de pollution incroyable.

Ainsi, nous avons paisiblement assisté, bien installés et repus dans le confort de notre foyer (entre deux séries sur Netflix et une conférence sur Zoom), à la naissance d’un des nombreux visages que revêtent les catastrophes écologiques. Je me souviens de ce Québécois qu’on a interviewé au Téléjournal et qui se vantait, plein de candeur, de se débrouiller très bien pendant le confinement en se faisant livrer jusqu’à quatre ou cinq fois par jour les différents produits convoités, avec ce qu’on imagine de va-et-vient devant sa porte des UPS, Fedex, DHL, Postes Canada et j’en passe. Il me revient aussi cette anecdote au sujet de quelqu’un dont j’ai surpris une bribe de conversation un jour et qui se confessait d’avoir chez elle un placard rempli de paquets reçus de chez Amazon et qu’elle n’avait pas le temps ou ne prenait tout simplement plus la peine de déballer. Cela en dit long à propos de notre délire de surconsommation.

Si l’on suivait la logique du monde dans lequel on vit actuellement, il faudrait que chaque être humain sur terre, au nom de la liberté individuelle et de l’économie de marché, possède son propre téléphone, son grille-pain, son barbecue, sa télévision, son cinéma maison, sa console de jeux, sa tablette, son ordinateur personnel, etc. Cette liste pourrait sans doute s’allonger encore sur quelques pages.

Est-il vraiment réaliste de croire que la planète peut soutenir une orgie aussi explosive de consommation et d’exploitation des ressources, pour les petits caprices de chacun des êtres humains sur la Terre ? Pensez-y. Cela n’a aucun sens. C’est du délire. Et c’est pourtant ça qu’on essaie de nous vendre, c’est ce mode de vie qui est répandu, valorisé et vanté en Occident et partout dans le monde.

Ce qui m’amène à vous parler d’autre chose. L’année 2021 a aussi été marquée jusqu’ici par deux événements distincts mais qui ont un certain lien de parenté. Je pense au navire porte-conteneurs éventré au large du Sri Lanka, qui a pris feu et brûlé pendant 13 jours avant de se briser et sombrer. Il contenait 350 tonnes de carburant, 25 tonnes d’acide nitrique et autres produits chimiques et une énorme quantité de matière plastique destinée à la confection d’emballage. Je pense aussi à cet autre porte-conteneurs qui s’est retrouvé en mauvaise posture dans le canal de Suez et qui a bloqué pendant près d’une semaine la circulation de cette importante voie maritime. Les chiffres sont mirobolants : 400 navires furent bloqués, en attente de franchir ce canal qui relie ni plus ni moins que l’Orient au monde occidental, 400 navires pleins à craquer de tous ces petits objets de la vie quotidienne et destinés au marché européen et nord-américain. La simple vue d’un de ces bateaux donne le vertige. Les impacts de ceux-ci sur les océans sont catastrophiques.

Plus près de nous, les échos se font ressentir de plus en plus jusque dans mon voisinage. Au printemps 2021 s’est organisé un mouvement pour empêcher l’installation d’une gare de transbordement intermodale, juste ici, dans notre cour, à l’est de la rue Viau. Ce projet est sur le point de se concrétiser. Maintenant, les gens s’organisent, et se donnent la main en ce moment pour protéger une qualité de vie qu’ils ont mis des années à se bâtir. C’est aussi une question d’espaces verts, de qualité de l’air, de tranquillité. Voilà qu’aujourd’hui je commence à croire que chaque fois que quelqu’un clique sur Buy Now/Acheter maintenant, c’est un peu de notre quiétude et de nos espaces verts qui disparaissent. Encore. Et qu’en est-il de nos océans, de notre fleuve majestueux, et de toutes les espèces menacées ?

Jeff Bezos viendra-t-il nous sauver ?

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