Relancer l’économie avec les entrepreneurs immigrants

«Il est prouvé que les immigrants entrepreneurs constituent une source d’innovation et qu’ils contribuent activement à la croissance socioéconomique», affirment les signataires.
Photo: Getty Images «Il est prouvé que les immigrants entrepreneurs constituent une source d’innovation et qu’ils contribuent activement à la croissance socioéconomique», affirment les signataires.

Il est largement entendu que la relance économique doit être verte, résiliente et surtout inclusive. Pour y parvenir, il nous faudra consacrer davantage d’efforts à développer un écosystème entrepreneurial adapté à de tels objectifs.

Le Québec est riche d’une histoire entrepreneuriale qui a donné naissance à des fleurons dont nous sommes fiers. Leurs succès et l’espoir économique porté par de nombreuses gazelles et jeunes pousses ne doivent toutefois pas occulter les difficultés et obstacles que certains de nos concitoyens, même les plus talentueux, rencontrent lors du démarrage d’une entreprise. Ainsi, plusieurs immigrants entrepreneurs sont confrontés à des défis persistants qui bloquent la réalisation de leurs projets. Pourtant, le Québec ne peut se priver de nouvelles entreprises innovantes et génératrices d’emplois de qualité pour des raisons difficiles à justifier.

L’indice entrepreneurial québécois (IEQ) du Réseau Mentorat permet de constater avec satisfaction qu’entre 2009 et 2020, l’intention d’entreprendre a connu une forte croissance. Le taux de personnes manifestant cette intention est passé de 7 % à 16,8 % pendant cette période de onze années. Pourtant, le taux de propriétaires d’entreprise demeure moindre aujourd’hui qu’en 2015, alors qu’il a chuté de 7,9 % à 5,6 %. Cette baisse s’explique probablement en partie par les barrières auxquelles se heurtent les immigrants entrepreneurs au sein de notre écosystème entrepreneurial.

Il est prouvé que les immigrants entrepreneurs constituent une source d’innovation et qu’ils contribuent activement à la croissance socioéconomique. Le taux des immigrants possédant un diplôme universitaire est presque deux fois plus élevé que celui de la population native, et ceux-ci démontrent une plus grande tolérance au risque. Ils sont également plus enclins à se lancer en affaires que les natifs d’ici, soit dans une proportion de 28 % contre 14,7 % (IEQ, 2020). Cependant, cette intention entrepreneuriale plus élevée ne se reflète malheureusement pas dans le taux des propriétaires d’entreprise.

Programmes d’accompagnement

En nous basant sur les résultats d’une étude réalisée par la base entrepreneuriale HEC Montréal et la Chaire BMO en diversité et gouvernance de l’Université de Montréal sur l’entrepreneuriat immigrant, nous croyons que le déploiement de programmes d’accompagnement adaptés aux besoins des entrepreneurs nouvellement établis au pays constitue un point de départ incontournable pour contrecarrer les obstacles décrits. Ces programmes doivent aussi inclure des accompagnateurs et des ressources spécialisées qui comprennent bien les défis vécus par les entrepreneurs. Certains programmes, comme ceux de la base entrepreneuriale HEC Montréal, ont fait leurs preuves. D’ailleurs, les incubateurs et accélérateurs universitaires se révèlent des lieux propices pour soutenir les immigrants entrepreneurs à travers le monde.

Force est d’admettre que le financement des projets entrepreneuriaux des personnes immigrantes est l’un des maillons les plus faibles de notre écosystème entrepreneurial. L’entrepreneur qui n’a pas encore obtenu sa résidence permanente se retrouve dans un système mal adapté à sa réalité. Des programmes de financement destinés aux immigrants entrepreneurs sont nécessaires, tout comme leur promotion et la disponibilité de ressources adéquates pour assurer l’accompagnement qu’exigent ces profils.

Nous recommandons la mise en place de programmes de parrainage entrepreneurial qui se déploieront à travers les incubateurs, accélérateurs et autres organismes d’accompagnement certifiés. Les entrepreneurs déjà présents au Québec, mais qui n’ont pas encore leur résidence permanente (ex. permis d’études), profiteraient ainsi d’un statut leur permettant d’avoir accès à l’ensemble du soutien offert par l’écosystème entrepreneurial. Les programmes de financements et d’accès à des services pourraient ainsi être assortis de conditions d’encadrement des projets qui n’entraveraient pas leur réalisation et leur développement.

Enfin, un changement de culture s’impose dans l’écosystème entrepreneurial afin de conscientiser les différents acteurs aux difficultés vécues par les entreprises dirigées par de nouveaux arrivants. Il faut sensibiliser l’ensemble des acteurs aux biais systémiques afin de réduire, voire éliminer, les préjugés et lever les barrières afin de rendre l’écosystème plus inclusif.

Il est grand temps de consolider nos efforts pour permettre à tous de faire éclore leur plein potentiel entrepreneurial.

* Ce texte est également signé par :

Tania Saba, professeure, titulaire de la Chaire BMO en Diversité à l’Université de Montréal et directrice du Portail de connaissances pour les femmes en entrepreneuriat

Gaëlle Cachat-Rosset, professeure à l’Université Laval

Felix Ballesteros, professeur à l’Université Laval

Florence Guiliani, professeure à l’Université de Sherbrooke

Robert Dutton, professeur associé et codirecteur de la base entrepreneuriale HEC Montréal

Manaf Bouchentouf, codirecteur de la base entrepreneuriale HEC Montréal

Winston Chan, entrepreneur, membre du groupe de travail en emploi, éducation et entrepreneuriat du G20 Business 20

Sam Bellamy, entrepreneure, fondatrice de Bazookka

Eric Szymkowiak, entrepreneur, fondateur de PilotThings

Muriel Kuokoï, entrepreneure, fondatrice de Simkha

Walid Baba-Moussa, entrepreneur, cofondateur d’Epipresto

Adelaïde Fave et Edouard Schaeffer, entrepreneurs, cofondateurs de Kiwiz

Mehdi Merai, entrepreneur, cofondateur de Dataperformers

Élodie Lourimi Rezo, entrepreneure, cofondatrice d’Upcycli

Pape Wade, entrepreneur, cofondateur d’Airudi

Dahlia Jiwan et Tina Pranjic, entrepreneures, cofondatrices d’Élance

Amira Boutouchent, entrepreneure, cofondatrice de Bridgr

Rahma Chouchane, chercheure à l’Institut d’entrepreneuriat Banque Nationale, HEC Montréal

 

À voir en vidéo