Retour à la case départ

Il n’y a plus aucun doute sur les intentions de la Maison-Blanche de se retirer de l’Afghanistan qui est devenu un bourbier embarrassant pour les forces armées américaines.
Photo: Manpreet Romana Agence France-Presse Il n’y a plus aucun doute sur les intentions de la Maison-Blanche de se retirer de l’Afghanistan qui est devenu un bourbier embarrassant pour les forces armées américaines.

Le président Joe Biden a confirmé il y a déjà quelques semaines une annonce à laquelle les analystes s’attendaient déjà depuis plusieurs années, à savoir le retrait des troupes américaines d’Afghanistan d’ici septembre. Or, à la lumière des événements des derniers jours, il est clair que le gouvernement américain ne fera pas marche arrière sur la question et que la plus longue guerre de son histoire est sur le point de se conclure.

L’abandon en pleine nuit du stratégique aéroport de Bagram, situé à 50 kilomètres de Kaboul, par les troupes américaines le 2 juillet dernier ne laisse en effet aucun doute sur les intentions de la Maison-Blanche de se retirer le plus rapidement possible de ce qui est devenu un bourbier embarrassant pour les forces armées américaines, qui n’ont pas réussi à affaiblir les talibans en 20 ans de conflit.

En fait, ces derniers n’ont fait que monter en puissance au cours des dernières années, à tel point que le retrait étasunien nous force à nous poser de sérieuses questions sur ce qu’il adviendra avec l’Afghanistan au cours des prochains mois.

Le fait que les talibans aient été en mesure en l’espace de quelques jours de faire fuir les forces armées afghanes (dont certains de ses membres ont fait le choix de chercher refuge au Tadjikistan) et qu’ils aient pris le contrôle de la moitié des districts du pays laisse malheureusement peu de place au doute.

Tout comme lors du retrait des troupes américaines du Vietnam en 1973, un « intervalle décent » (pour reprendre l’expression de Henry Kissinger) s’est ouvert et se terminera fort probablement par une victoire des talibans sur les forces d’opposition : victoire qui, une fois confirmée dans quelques mois, permettra aux Américains de sauver la face en imputant la faute au gouvernement afghan d’avoir été incapable de contenir cette menace malgré les immenses ressources à sa disposition.

Après 20 années d’efforts, d’investissements considérables et des milliers de morts, nous serons alors revenus à la case départ. Voilà un triste constat duquel l’Occident doit tirer les conclusions qui s’imposent lorsqu’il est temps de lutter contre les groupes terroristes et les États qui les hébergent.

Le paradoxe militaire

Les interventions militaires à grande échelle ont en effet quelque chose d’éminemment paradoxal, dans la mesure où elles peuvent conduire au pire, et ce, sans réussir à atteindre les résultats escomptés au départ.

En effet, si l’objectif de l’intervention en Afghanistan était d’empêcher la mort injustifiée de nos concitoyens aux mains des terroristes, il est clair qu’elles ont simplement opéré un transfert de ce risque vers les civils afghans.

Dans ce contexte, il est facile de comprendre pourquoi certains ont considéré que notre lutte contre le terrorisme s’est révélée avoir une incroyable similarité avec les méthodes utilisées par ceux contre qui nous luttions — à savoir des attaques indiscriminées contre des civils dont les morts se comptent aujourd’hui par milliers.

En raison de son caractère secret et non étatique, le terrorisme ne peut se combattre par des moyens traditionnellement associés à la guerre (à savoir le déploiement de vastes troupes sur des territoires étrangers) ni aux solutions de rechange politiques à la guerre (telles les sanctions diplomatiques ou économiques).

Repenser les bases qui peuvent justifier le recours à la violence légitime est plus que jamais une nécessité qui s’impose si les États occidentaux désirent, d’une part, éviter de subir de nouvelles attaques semblables à celle du 11 septembre 2001 et, d’autre part, opter pour une logique conventionnelle de la guerre qui repose sur le postulat qu’il est possible de vaincre le terrorisme, quitte à transgresser les règles les plus élémentaires du droit humanitaire international.

Des solutions plus efficaces et plus morales se doivent d’être trouvées, à défaut de quoi nous serons appelés à reproduire les mêmes erreurs tragiques du passé.

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