La langue française fait partie de mon identité

«Ma proposition quant à l’obtention d’un statut bilingue pour Montréal n’a pas la prétention de mettre fin au recul du français à Montréal», écrit l'auteur.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne «Ma proposition quant à l’obtention d’un statut bilingue pour Montréal n’a pas la prétention de mettre fin au recul du français à Montréal», écrit l'auteur.

Certains ont déjà cru que le combat contre les changements climatiques ne pouvait se faire qu’au détriment de la prospérité économique. Qu’il ne pouvait y avoir qu’un seul gagnant, car l’environnement et l’économie étaient tout simplement incompatibles. Dans son éditorial du 29 juin dernier (« Le candidat de la division »), Brian Myles nous présente un antagonisme similaire, celui-ci opposant la protection du français à la bonification des services en anglais pour les citoyens anglophones et allophones de Montréal.

Dans notre métropole, c’est la langue de Molière qui prévaut. Du moins, c’est ce que reflète le choix du législateur de l’énoncer dans le tout premier article de la Charte de la Ville de Montréal, un choix visant à présenter le statut unilingue francophone de notre ville.

Or, il n’en demeure pas moins qu’il s’agit d’un choix politique. Malgré cela, M. Myles argue que l’article premier est « intouchable ». Selon lui, « Les candidats qui veulent ouvrir une brèche ne méritent pas la confiance des électeurs. » Certains verront dans ma proposition de donner à Montréal un statut de ville bilingue une tentative de fissurer ce soi-disant intouchable ; je la vois plutôt comme un autre choix politique.

M. Myles indique que je me suis « trompé de scène politique », la politique linguistique du Québec ne relevant pas du municipal. Pourtant, en 1998, la Cour suprême a conclu que le Québec ne pouvait procéder unilatéralement à sa sécession du Canada, ce qui n’a pas empêché les Québécois d’avoir de sérieuses discussions sur le sujet. En tant que maire de Montréal, je promouvrai les enjeux relevant de ma juridiction, mais je n’hésiterai pas à défendre les intérêts des Montréalais au-delà de celle-ci.

Je lis dans l’éditorial du directeur du Devoir un désir louable de protéger une langue qui lui est chère, non seulement à lui, mais également à des milliers de Montréalais. Je me compte parmi eux. Ma proposition quant à l’obtention d’un statut bilingue pour Montréal n’a pas la prétention de mettre fin au recul du français à Montréal. Ce long combat n’est pas encore gagné : c’est pour cela que je propose entre autres d’offrir des cours de français gratuits à l’ensemble de la population.

Comme vous, M. Myles, je souhaite préserver cette langue. Elle fait partie de mon identité, la vôtre ainsi que celle de beaucoup de nos concitoyens. Mais contrairement à vous, je pense qu’il est possible de promouvoir le français tout en offrant de meilleurs services en anglais. Présenter ces deux objectifs comme étant irréconciliables est une forme de myopie politique, comme celle qui nous a autrefois empêchés de voir comment des technologies vertes pouvaient protéger notre environnement tout en faisant croître notre économie. Elle nous empêche maintenant d’entrevoir un avenir dans lequel le français et l’anglais peuvent coexister sans toutefois s’éclipser.

Cet avenir bilingue, Mitch Garber nous le rappelle, nécessite une ouverture de part et d’autre : les anglophones gagnent à apprendre le français et la riche culture s’y rattachant, tandis que les francophones se doivent de reconnaître l’importance de l’anglais, notamment dans le monde des affaires. Même si elle ne parle que très peu, ma fille apprend déjà le français et l’anglais. Elle sera bilingue et, je l’espère, francophile et anglophile.

En tant que candidat de troisième voie, j’offre aux Montréalais une autre option. Certes, celle-ci remet en question le statu quo. Mais n’est-ce pas là l’essence même d’un choix politique ?

À voir en vidéo