Une profonde ignorance

La bibliothèque des Sulpiciens, située dans le Grand Séminaire de Montréal, est maintenant ouverte au public.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir La bibliothèque des Sulpiciens, située dans le Grand Séminaire de Montréal, est maintenant ouverte au public.

Décidément, les archives des Sulpiciens de Montréal ne semblent pas être dans les bonnes grâces de nos messieurs de Saint-Sulpice. Le Devoir rapportait dans son édition du 30 juin 2021 l’ouverture au public de la bibliothèque des Sulpiciens, située dans le Grand Séminaire de Montréal (« Les Sulpiciens ouvrent les portes de leur bibliothèque »).

On pourrait être tenté de croire que ce premier geste depuis la fermeture soudaine et déplorable de l’Univers culturel Saint-Sulpice vise à assurer la pérennité et la conservation physique des archives, livres et objets de la congrégation. Or, cette initiative louable ne vient en rien rassurer la communauté archivistique sur le sort des documents sulpiciens, parmi lesquels se trouvent les plus anciennes traces de l’histoire de Montréal.

Rien dans l’interview avec le père Jaime Alfonsa Mora, p.s.s., ne concerne les archives de la Compagnie de Saint-Sulpice. Leur sort demeure inconnu. En fait, il n’est nullement question des archives dans cette bibliothèque, sinon peut-être par le truchement de cette phrase embarrassante qui nous dit que l’ensemble des anciens employés de l’Univers culturel Saint-Sulpice (six au total) ne cumulait pas assez « d’expérience professionnelle » aux yeux de la direction sulpicienne pour justifier leur poste.

Mais voilà ! Bonne nouvelle, les Sulpiciens ont vraisemblablement trouvé une personne pour faire le travail des six précédentes. C’est réconfortant. On lui souhaite sincèrement la meilleure des chances.

Mais il y a bien pire. Au-delà de ce qu’on peut considérer comme une belle tentative de relations publiques, on nous fait grâce de nous informer que la bibliothèque possède un système numérique pour le « contrôle de la lumière, de l’humidité et de la température des salles ». Et qu’en est-il de vos archives, père Mora ?

Sauvegarder une collection de 155 000 livres n’est certes pas une mince affaire, mais honnêtement : combien de ces ouvrages se trouvent déjà dans d’autres établissements, à commencer par BAnQ, les bibliothèques de congrégations comme celle des Jésuites, sans parler des bibliothèques universitaires qui ont toutes un département de livres rares ? Ces établissements, à ma connaissance, sont ouverts au public sur demande ou sur rendez-vous.

Et d’ajouter que la collection de la bibliothèque grandira si le gouvernement en fait plus (!), mes excuses, mais là, vous me perdez complètement. Cette déclaration révèle la profonde ignorance des supérieurs sulpiciens quant à ce qui constitue leur réel trésor et sur lequel ils feraient mieux de miser : leurs archives.

Les Sulpiciens doivent plutôt s’occuper du kilomètre de documents inestimables qui croupissent dans les voûtes du vieux séminaire (contrôlées ? Climatisées ? Protégées ?). Ces documents, ils ne pourront jamais les acheter aussi facilement qu’un livre de théologie.

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