Vers quatre années d’une transition cruciale

Au courant de la pandémie, les aménagements piétonniers et cyclables temporaires ont été multipliés au Québec. Pour soutenir l’élan  et répondre aux besoins, il faut continuer d’aménager des traversées sécuritaires, compléter les réseaux cyclables et multiplier les supports à vélo, selon l’auteur.
Valérian Mazataud Le Devoir Au courant de la pandémie, les aménagements piétonniers et cyclables temporaires ont été multipliés au Québec. Pour soutenir l’élan et répondre aux besoins, il faut continuer d’aménager des traversées sécuritaires, compléter les réseaux cyclables et multiplier les supports à vélo, selon l’auteur.

L’été 2021 sera celui du déconfinement graduel et des soupers entre amis retrouvés. Nous savourerons le retour d’une certaine légèreté. Dans les ventes trottoir et les épluchettes de blé d’Inde, toutefois, celles et ceux qui se préparent aux élections municipales de l’automne feront déjà campagne.

La prochaine élection municipale est peut-être la plus cruciale de notre histoire récente. Nous sortons (espérons-le !) d’une crise pandémique et sommes tout juste encore en mesure de nous préparer à la crise climatique amorcée. Plus que jamais, il faudra agir localement avec, en tête, les conséquences collectives de nos choix.

Au moment de nous présenter, au moment de voter, nous devrions avoir plusieurs questions en tête.

Diriger l’action climatique

Aux commandes durant quatre années cruciales, les équipes municipales élues le 7 novembre prochain seront celles à qui incombera, en bonne partie, la responsabilité de l’atteinte des objectifs climatiques du Québec pour 2030. Il faudra agir vite et de façon structurante pour mettre en œuvre la transition nécessaire, limiter les coûts collectifs et assurer la sécurité de la population, tout en favorisant la santé et la qualité de vie.

Au cours des dernières années, certaines villes ont fait des gestes audacieux et opportuns, notamment en matière de mobilité durable, s’attirant parfois les foudres des plus réfractaires au changement. Gardons en tête que le virage exigé par la transition écologique passera par des efforts collectifs et individuels encore plus imposants pour les années à venir.

Dans un contexte de changements climatiques, la destruction des terres agricoles met en péril notre sécurité alimentaire à moyen terme. Les milieux naturels rendent, quant à eux, d’importants services écologiques ; en plus de nuire à la biodiversité, leur disparition est coûteuse. L’heure est venue de reconnaître leur valeur et de les protéger davantage.

Pour y parvenir, il faudra se tourner, dans chaque ville et village du Québec, vers les espaces vacants ou sous-utilisés dont la consolidation permettra d’optimiser l’utilisation du territoire : station-service désaffectée, usine ou entrepôt fermés, stationnement de surface, etc. Il faudra à la fois densifier et verdir ces espaces.

Être confinés dans nos quartiers à l’été 2020 nous a fait prendre conscience de la réalité de certains îlots de chaleur. L’imperméabilisation du territoire par les bâtiments, les routes et les stationnements aggrave plusieurs risques climatiques et augmente le coût des infrastructures. Verdir les rues, les terrains privés et les toitures est une stratégie efficace et porteuse de nombreux bénéfices.

Repenser les villes

La crise du logement touche désormais de nombreuses régions du Québec. Les municipalités ont un rôle de premier plan à jouer et de nombreux leviers à leur disposition : politique d’inclusion, achat de terrains stratégiquement situés, soutien et accompagnement des promoteurs immobiliers, planification et aménagement d’écoquartiers. Les paliers supérieurs de gouvernement devront évidemment, eux aussi, en faire plus, notamment sur le plan financier.

La pandémie a suscité une multiplication des aménagements piétonniers et cyclables temporaires, partout au Québec. Pour soutenir cet élan et répondre à tous les besoins, de la poussette à la marchette, il faut continuer de construire ou d’élargir des trottoirs, d’assurer leur entretien et leur déneigement, d’installer des bancs, d’apaiser la circulation et d’aménager des traversées sécuritaires, compléter les réseaux cyclables et multiplier les supports à vélo.

Dans les villes moyennes et les régions métropolitaines, le développement du transport collectif doit demeurer une priorité centrale. On mesurera à plus long terme l’effet réel du télétravail, mais la principale solution aux grands défis de mobilité demeure le déploiement d’axes structurants de transport collectif. Un réseau fréquent, fiable, de grande capacité et confortable assure une offre compétitive et permet de canaliser le développement urbain.

Pour l’amour du domaine public

Des places publiques accueillantes, des rues à échelle humaine, des parcs de proximité : ces lieux qui ont été indispensables en temps de pandémie sont tout aussi nécessaires en temps normal. Prolongement d’un espace privé parfois restreint, l’espace public est aussi la carte de visite d’une collectivité.

Les centres-villes et les rues principales ont subi de plein fouet la pandémie. Soutenir leur vitalité sera d’autant plus essentiel que leurs commerces et services sont souvent les seuls accessibles aux personnes non motorisées, qu’elles soient jeunes, aînées ou défavorisées. La popularité croissante du commerce en ligne constitue une véritable menace pour les commerces locaux et pour les revenus fonciers des municipalités, mais la volonté d’acheter local est une précieuse occasion à saisir.

Lieux de diffusion culturelle par excellence, nos cœurs de collectivités sont aussi un vecteur de dynamisme local et de cohésion sociale à renforcer.

Le patrimoine bâti constitue l’âme de nos quartiers et fonde notre identité collective. Malheureusement, ces dernières années, on a vu trop d’exemples de bâtiments d’intérêt que leurs propriétaires ont laissés se détériorer et qui ont fini par tomber sous le pic des démolisseurs. Mettre en valeur notre héritage exigera innovation et collaboration, si nous voulons pouvoir le léguer à notre tour.

Participer à la conversation

Pour celles et ceux qui se passionnent pour la question des milieux de vie, l’été sera occupé. La mi-août verra le début des consultations publiques élargies en vue de l’adoption, au printemps prochain, de la Stratégie nationale d’urbanisme et d’aménagement des territoires.

Entre préoccupations locales et vision nationale, prenons le temps de profiter des paysages, des villes et des villages qui composent notre Québec !

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