Assurer l’avenir des terres des Soeurs de la Charité

Les terres agricoles des Sœurs de la Charité
Photo: Renaud Philippe Le Devoir Les terres agricoles des Sœurs de la Charité

Un important problème de société à Québec, et même au Québec, est l’avenir « nourricier » des terres des Sœurs de la Charité (TSC). Cette congrégation y a exploité pendant plus d’un siècle une ferme associée à l’ex-Centre hospitalier Robert-Giffard. Enclavées dans une agglomération de plus de 600 000 habitants, à six kilomètres du Château Frontenac, ces terres de grande qualité sont cultivées en continu depuis 350 ans.

Aberration pour les « développeurs » d’une époque révolue, cette situation présente pourtant des avenues extraordinaires : sécurité alimentaire, circuits courts, reconnexion ville-agriculture, lutte contre les changements climatiques, éducation et patrimoine. Voilà autant de bienfaits qu’incarne cette propriété de plus de 200 hectares.

En grande partie grâce à une mobilisation citoyenne remarquable, un projet d’agrandissement du périmètre d’urbanisation incluant les TSC a été rejeté par le gouvernement du Québec en 2019, ce qui a récemment entraîné leur rétrocession à la congrégation par la Société Terres d’espérance.

Ce retournement de situation donne actuellement lieu à diverses réflexions pour bâtir un consensus quant à la vocation future des TSC. Mais un avenir « nourricier » n’est pas encore acquis, malgré ces développements récents porteurs d’espoir.

Il manque un projet fédérateur, susceptible de rallier toutes les bonnes volontés autour de l’objectif d’une vocation agricole de proximité pour, dans un premier temps, mener à une acquisition, vraisemblablement par une fiducie d’utilité sociale agricole (FUSA). Ces terres y seraient ainsi définitivement à l’abri de la spéculation et préservées pour les générations futures. La démarche devrait déboucher sur leur mise en valeur en tant que site exceptionnel d’agriculture urbaine. Avec ce modèle unique en Amérique du Nord, le Québec ferait parler de lui !

Des partenaires essentiels

Pour franchir ce pas de l’acquisition et de la mise en valeur des TSC, le soutien du gouvernement québécois et de la Ville de Québec apparaît essentiel. Un projet « TSC-Nourricier » crédible, novateur et susceptible d’attirer les investissements requis devra s’intégrer à une véritable stratégie d’agriculture urbaine de la Ville de Québec et être sécurisant et motivant pour les Sœurs de la Charité.

Rappelons certains faits justifiant un solide engagement du gouvernement.

Il a refusé en 2019 d’inclure ces terres zonées agricoles dans le périmètre d’urbanisation de l’agglomération de Québec, rendant ainsi possible la présente réflexion.

Depuis plus d’un an, il incite fortement les Québécois à l’achat local.

Son ministre de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation reconnaît que « les terres des Sœurs de la Charité, par leur qualité agronomique et leur localisation unique, sont des terres agricoles exceptionnelles qui constituent un patrimoine inestimable pour la population québécoise ».

L’avenir des TSC sera un enjeu de la campagne électorale à Québec ; un parti s’est déjà engagé. Nous souhaitons vivement une unanimité autour de cette question pour que l’administration municipale tourne définitivement le dos à l’urbanisation.

Soyons clairs : nous ne demandons pas aux pouvoirs publics d’acquérir cette propriété, mais cette option est une possibilité. Des contributions financières significatives de leur part seraient tout au moins normales. Le gouvernement et la Ville pourraient aussi aider de plusieurs manières en accompagnant une démarche vers une agriculture de proximité multiforme (exemples : incubateur d’entreprises bios, recherche, démonstration pour les familles et les écoles).

Enfin, les religieuses pourraient faciliter un retour à la collectivité de ces terres patrimoniales en acceptant de considérer une offre d’achat compatible avec une vocation agricole.

Les terres des Sœurs de la Charité de Québec ont acquis une valeur de symbole en ce qui a trait à la résistance face à une conception dépassée de l’aménagement urbain. Il faut maintenant qu’elles deviennent emblématiques d’une intégration réussie de l’agriculture en ville pour faire de Québec et du Québec des leaders dans cette voie d’avenir. Un véritable projet de société dont notre communauté a grand besoin !


*Ce texte est appuyé par 30 groupes et 130 citoyens et citoyennes:

Institut Jean-Garon et Voix citoyenne (initiateurs)

Syndicat UPA Québec-Jacques-Cartier

Fédération de l’UPA de la Capitale-Nationale-Côte-Nord

Union paysanne

Protec-Terre

Les Urbainculteurs

Craque-Bitume

AmiEs de la Terre

Au coin de ma rue, une forêt qui nourrit

Les Incroyables comestibles de Charlesbourg

Croque mon potager - Maizerets

Chantier se nourrir concertation en sécurité alimentaire à Sainte-Foy-Sillery-Cap-Rouge

Forêt Charlesbourg

Organisme citoyens Croque ton quartier

Mouvement pour une ville Zéro déchet

Transition Capitale-Nationale

Table citoyenne Littoral Est

Verdir St-Roch

Carrefour d’animation et de participation à un monde ouvert

Accès St-Laurent Beauport.

Cercle citoyen au coeur de Sainte-Foy

Comité des citoyens et des citoyennes du quartier Saint-Sauveur

Mouvement des Travailleuses et Travailleurs Chrétiens de la région de Québec

Comité pour densification respectueuse

Coalition pour l'arrondissement historique de Sillery

Collectif La ville que nous voulons

Action Environnement Basses-Laurentides

Regroupement vigilance hydrocarbures Lanaudière (RVHQ)

Comité de citoyens pour l'action climatique et environnementale de Durham-Sud (RVHQ)

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