Racisme et pensionnats autochtones

«Le gouvernement fédéral a trouvé l’idée
Photo: Cole Burston Agence France-Presse «Le gouvernement fédéral a trouvé l’idée "géniale" et toujours présente qu’en les "parquant" dans des territoires terriblement restreints et sans ressources, appelés "réserves" aussi aux États-Unis et en Australie, on les condamnait à petit feu», écrit l'auteur.

Ce qui vient de se passer à propos des 215 corps d’enfants enterrés devant le pensionnat des sœurs, à Kamloops en Colombie-Britannique, permet peut-être de critiquer ces dernières, puis John Alexander Macdonald, puis le pape maintenant, etc., mais n’offre rien pour apprendre de cette tragédie. À moins de situer ces pensionnats, dont plusieurs au Québec, à l’intérieur d’une des politiques de la colonisation dans les territoires dits inoccupés aux XVIIIe et XIXe siècles, et aussi à l’intérieur d’une partie de l’histoire du racisme.

Racisme colonial qui remonte à cette idée selon laquelle la race blanche serait supérieure aux autres races. Comme l’expliquait en 1890 l’ethnologue américain Daniel Garrison Brinton en écrivant que: « L’adulte qui conserve le plus grand nombre de caractéristiques fœtales ou infantiles est incontestablement inférieur à ceux qui les ont dépassées. En fonction de ces critères, la race blanche serait en haut de la pyramide, la race noire, en bas… C’est pourquoi on peut traiter ceux-ci comme des enfants qu’on doit discipliner, sinon battre, quand ils désobéissent. »

Analyse horrible, mais qui permettait de soutenir l’idée qu’exploiter ceux-ci, en particulier comme esclaves, ne posait pas plus de problèmes qu’exploiter les animaux. Et avec cette façon de voir les choses s’ajoutait, chez les Anglo-Saxons et les Espagnols, la question de savoir si les Amérindiens et les Noirs avaient une âme ou non. Et dans ce dernier cas, l’on se justifiait de les traiter encore plus durement, sinon de les tuer. C’est ce qu’écrivait en 1901, par exemple, le 26e président américain, Theodore Roosevelt, à l’écrivain Owen Wister, à propos de son dernier livre sur le Far West : « Les Indiens sont tout à fait inférieurs aux Blancs. Je suppose que je devrais avoir honte de dire que j’adopte ainsi l’opinion occidentale sur ceux-ci. Je ne vais pas jusqu’à penser que les seuls bons Indiens sont les Indiens morts, mais je crois que cela vaut pour neuf Indiens sur dix… »

Racisme qui justifiait la colonisation des « nouveaux territoires ». Et ce, tant pour exploiter leurs richesses que pour recevoir le surplus des populations européennes. Comme en Amérique, notamment avec ce qu’on a appelé par la suite « la conquête de l’Ouest ». Et dans ces cas, ces colonisateurs considéraient que les habitants de ces contrées n’avaient aucune raison d’empêcher les nouveaux arrivants de prendre leur terre. Quitte à justifier cela de quatre façons.

Premièrement, on pouvait les tuer pour faire de la place, comme on a pu le voir dans certains films de cowboys, ou comme ce fut le cas avec les Métis francophones de Louis Riel dans l’Ouest canadien. Ou encore, comme on le voit à la frontière du Mexique avec les immigrants clandestins servant de cibles. Deuxièmement, à mesure que des voix s’élevaient contre ces meurtres, il restait toujours la possibilité de les affamer, en particulier en décimant les troupeaux de bisons, une des principales sources de nourriture pour les Cheyennes, les Apaches et les Algonquins. Troisièmement, certains ont imaginé qu’en leur passant la « petite vérole » à l’aide de couvertures infestées (ce que prônait explicitement Jeffery Amherst, premier gouverneur de la province du Québec, de 1760 à 1763), on pouvait arriver aux mêmes résultats. Quatrièmement, le gouvernement fédéral a trouvé l’idée « géniale » et toujours présente qu’en les « parquant » dans des territoires terriblement restreints et sans ressources, appelés « réserves » aussi aux États-Unis et en Australie, on les condamnait à petit feu.

Mais, comme tout cela prenait encore trop de temps, le mieux était d’extraire les enfants de leur famille afin d’en faire des citoyens dits civilisés avec ces pensionnats toujours organisés et payés par le gouvernement fédéral durant ces 60 ans. Ce dont Trudeau oublie de parler. Pensionnats avec défense de parler leur langue et même de porter quelques vêtements et symboles de leurs tribus. À noter que cette façon de faire existait encore en 2018, comme l’a constatée la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse pour les jeunes Inuits, en particulier dans les centres Batshaw de la jeunesse de l’ouest de Montréal.

Dans cette histoire des Amérindiens, les historiens expliquent que les rapports des Français avec ces derniers, dans ce qui fut la Nouvelle-France, ont été très différents de ceux des anglophones et des Espagnols pour au moins trois raisons. La première est que tout habitant des terres coloniales devenues possessions royales, qu’il fût autochtone ou qu’il soit venu d’ailleurs, devenait automatiquement sujet du roi, représentant en même temps de Dieu. Ce qui explique le besoin de les « convertir », et donc d’envoyer nos missionnaires chez les Amérindiens et les Inuits. La deuxième raison, comme l’explique David Fischer dans son ouvrage Le rêve de Champlain, est que ce dernier, avec ses compagnons, avait vite compris que pour survivre et se développer dans un environnement très inhospitalier, les nouveaux arrivants devaient apprendre des Amérindiens en faisant alliance avec eux, et donc les respecter. La troisième raison était que très peu de femmes traversaient avec les futurs colons ; ce qui a poussé un très grand nombre d’entre eux à vivre avec des sauvagesses et à les marier.

Bref, si l’on veut souligner le tort des religieuses à propos de cet orphelinat, il faut surtout accuser le gouvernement fédéral d’avoir pensé et soutenu systématiquement cette politique, de même que tous les politiciens qui ont appuyé celle-ci et tous les Canadiens et les Québécois qui ont quelques idées racistes envers les Amérindiens. Surtout, comme l’expliquait l’ethnologue Jacques Rousseau, que ceux-ci, notamment à cause de ces mariages, oublient qu’ils ont probablement, « comme au moins 60 % des Québécois de souche », du sang amérindien.

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