Le Québec est coresponsable de l’oppression des Autochtones

«Les premières lois qui ont créé des réserves autochtones et qui sont devenues les fondements de la Loi sur les Indiens de 1876 ont été adoptées en 1851 à l’époque du Canada-Uni», rappelle l'auteur.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir «Les premières lois qui ont créé des réserves autochtones et qui sont devenues les fondements de la Loi sur les Indiens de 1876 ont été adoptées en 1851 à l’époque du Canada-Uni», rappelle l'auteur.

Dans sa nouvelle politique forestière annoncée il y a quelques jours, le gouvernement de la Colombie-Britannique avertit les compagnies forestières que certains de leurs baux ne seront pas renouvelés afin de permettre à des PME autochtones de réaliser jusqu’à 20 % des coupes dans la province. Voilà comment créer de l’emploi en milieu autochtone pour les sortir de la pauvreté. Rien de tel en vue au Québec, où le ministère des Forêts agit depuis toujours comme un agent de l’industrie. L’obstacle principal n’est pas du tout la Loi fédérale sur les Indiens, comme certains aiment le croire, mais bien les lois québécoises sur les forêts et autres ressources naturelles.

Les premières lois qui ont créé des réserves autochtones et qui sont devenues les fondements de la Loi sur les Indiens de 1876 ont été adoptées en 1851 à l’époque du Canada-Uni. Le but avoué de ces lois était de vider le territoire du nord du Québec afin de le rendre disponible pour l’industrie forestière en plein essor. Les lois de 1851 ont créé le modèle de colonisation qui a été repris par la suite pour l’Ouest canadien et qui a ultimement inspiré l’apartheid en Afrique du Sud. C’est donc en 1851, et non en 1867 ou en 1876, que le colonialisme canado-québécois à l’égard des Autochtones est apparu. Le colonialisme canado-québécois a immédiatement remplacé le colonialisme britannique et il s’est avéré plus lourd pour les Autochtones que ce dernier.

Les lois de 1851 ont été votées par des parlementaires québécois pour le territoire du Québec avant la création du Parlement fédéral. Elles ont notamment créé les deux plus grandes réserves du Québec, celles de Pessamit, près de Baie-Comeau, et celle de Kitigan Zibi, près de Maniwaki. Ces réserves devaient à l’origine être les seules des nations innues et anichinabées. Elles devaient être et sont devenues pendant fort longtemps des prisons à ciel ouvert. Ces deux nations n’ont reçu par la suite d’autres réserves de moindre dimension que parce qu’il s’est avéré impossible de les regrouper définitivement au même endroit.

Des Idées en revues

Chaque mardi, Le Devoir offre un espace aux artisans d’un périodique. Cette semaine, nous vous proposons une version abrégée d’un texte à paraître dans la revue L’aut’journal, juillet-août 2021, no 398.

Le développement du territoire et des ressources naturelles au mépris des droits ancestraux des Autochtones pourtant reconnus en théorie par le droit britannique a été une priorité pour nos élus et nos gouvernements dès qu’ils ont eu le pouvoir d’agir librement. Cette priorité n’a jamais été remise en question à ce jour. Les besoins de l’industrie forestière, et plus tard minière et hydroélectrique, sont toujours passés en premier lieu. La création des réserves a été le moyen retenu pour laisser ces industries se déployer.

La Constitution de 1867 a simplement changé la forme de ces interventions oppressives. Elle a réparti les compétences législatives sur les Autochtones entre deux ordres de gouvernement. La compétence sur les Autochtones a été attribuée au Parlement fédéral, celle sur les terres publiques et les ressources naturelles à l’Assemblée nationale. C’étaient les deux mains du même État oppresseur dans la perspective autochtone. Une main exploitait leurs territoires ancestraux sans tenir compte de leurs droits. L’autre les enfermait dans des réserves. C’est l’ADN de l’État canado-québécois. Rien n’a changé depuis 1851, sauf pour les trois nations autochtones qui ont signé la Convention de la Baie James. Le gouvernement du Québec refuse systématiquement d’étendre le modèle de la Convention aux huit autres nations autochtones du Québec. Le modèle colonisateur de 1851, antérieur à la Loi sur les Indiens, s’applique toujours à celles-ci.

Dominateur et dominé

Aucun parlementaire québécois, que ce soit au parlement du Canada-Uni, au Parlement fédéral ou à l’Assemblée législative provinciale, ne s’est distingué par son opposition aux lois de 1851, à la Loi sur les Indiens de 1876 ou à la mise en place des pensionnats autochtones. Nos élus québécois ont souscrit à ces lois et maintiennent toujours ce modèle injuste de développement. Ils refusent, pour les huit nations, de les inclure dans les décisions. Ils refusent de partager avec elles les profits du développement. Ils refusent de les indemniser pour le génocide culturel et pour le saccage de leurs territoires traditionnels.

Il est de bon ton pour nos nationalistes conservateurs, et pour de nombreux Québécois remplis de bonnes intentions, de blâmer le fédéral et les Anglais pour l’ensemble des injustices commises à l’endroit des Autochtones. C’est ainsi que l’on entretient le mythe du bon Québécois en se référant à Champlain et aux coureurs des bois, des réalités disparues qui n’ont rien à voir avec le vécu autochtone depuis deux siècles. On excusera nos onze peuples originaires de ne pas adhérer à cette fabrication idéologique qui est complètement déconnectée de leur réalité.

La vérité incontournable est que le Québec est coresponsable de l’oppression autochtone. Notre situation historique est complexe, car le peuple québécois est à la fois dominateur et dominé. Pour changer la donne, les bons sentiments sont une condition nécessaire, mais insuffisante. L’oppression des nations autochtones a été depuis le début une affaire de pouvoir et de gros sous qui a foulé aux pieds les droits de la personne fondamentaux. Si l’argent et le pouvoir étaient anglais à l’origine, ils passent aujourd’hui par les lois du Québec. Il est temps de sortir de la Nouvelle-France.

Des commentaires ou des suggestions pour Des Idées en revues ? Écrivez à rdutrisac@ledevoir.com. 



À voir en vidéo