L’après-pandémie au primaire et au secondaire

«Au Québec, c’est probablement en français que les plus grands reculs ont été observés, et ce, dès la rentrée de septembre 2020», soulignent les auteurs.
Photo: Jeff McIntosh La Presse canadienne «Au Québec, c’est probablement en français que les plus grands reculs ont été observés, et ce, dès la rentrée de septembre 2020», soulignent les auteurs.

S’il est une chose que la pandémie de COVID-19 a révélée, c’est bien la fragilité du réseau scolaire québécois, en particulier au primaire et au secondaire. L’interruption de l’apprentissage due à la fermeture des écoles et le basculement partiel ou complet vers l’enseignement en ligne ont mis en évidence d’importantes inégalités entre les élèves, mais aussi un certain désarroi de la part de parents mal préparés à « scolariser » leurs enfants à la maison, sans compter la démobilisation relative des personnes enseignantes, parfois dépourvues des moyens technologiques de base nécessaires pour assurer un suivi soutenu de leurs élèves.

Inutile de dire que ces circonstances, doublées d’une pénurie chronique de personnel enseignant, constituent une tempête parfaite risquant d’entraîner une hausse du décrochage, en particulier du côté des élèves qui se trouvaient déjà en difficulté d’apprentissage avant le début de la crise.

Hausse du niveau de stress

Des études menées au Canada et ailleurs dans le monde depuis le début de la pandémie se sont penchées sur les contrecoups de cette situation inédite sur les réseaux scolaires et ont enregistré une hausse importante du niveau de stress du personnel enseignant et des élèves, une baisse de leur sentiment d’efficacité personnelle, ainsi que des signes d’angoisse, de détresse et de découragement. Au Québec, c’est probablement en français, en particulier au primaire, que les plus grands reculs ont été observés, et ce, dès la rentrée de septembre 2020. Il est fort possible que nous soyons placés devant une génération d’enfants, surtout les plus fragiles, pour qui le « rattrapage » scolaire constituera un défi considérable, voire insurmontable dans certains cas.

En ce qui a trait à l’enseignement de la science et de la technologie, qui est souvent le parent pauvre de l’éducation, particulièrement au primaire, les effets de la pandémie se sont aussi fait sentir durement : peu ou pas d’accès aux laboratoires ou au matériel de manipulation, annulation des sorties éducatives dans les musées de science et de l’accueil de scientifiques en classe, enseignement réduit à des activités de lecture-écriture à l’aide de manuels et de cahiers d’exercice, etc. On peut dire que l’enseignement de cette matière, si importante au primaire et au secondaire, a été privé de l’essentiel de sa richesse.

Compétences numériques

Cela dit, du côté des effets positifs, on constate que les personnes enseignantes ont amélioré leurs compétences numériques à la vitesse « grand V », même si elles ont malheureusement pâti de l’absence de soutien didactique indispensable pour développer des pratiques efficaces.

Ce manque de soutien s’explique par le fait qu’un grand nombre de conseillères et de conseillers pédagogiques, à qui incombe normalement cet accompagnement, ont dû retourner enseigner pour remédier à la pénurie de personnel enseignant. Les communautés d’apprentissage professionnelles (CAP), qui permettent habituellement au personnel enseignant de se réunir pour partager, réfléchir et développer de nouvelles façons de faire, ont bien sûr été annulées dès le mois de mars 2020, laissant la plupart des personnes enseignantes seules face à leur écran.

Les personnes enseignantes interrogées dans le cadre de diverses études disent avoir pu explorer de nouveaux outils et de nouvelles plateformes pour l’enseignement en ligne, mais qu’elles ont aussi manqué de temps et de formation. Par contre, celles qui ont réussi à développer des activités d’apprentissage et d’évaluation en ligne disent vouloir conserver plusieurs éléments issus de ce travail, même après la pandémie. Dans les mots de plusieurs, « il ne faut pas que tout soit perdu » ! 

Pour la suite des choses, à l’issue de la pandémie, il sera important pour le milieu scolaire de valoriser les avancées, les réflexions et les innovations issues du travail des personnes enseignantes : cette crise aura en effet amené plusieurs d’entre elles à réfléchir à leur pratique. Comment, par exemple, s’investir dans une vision d’amélioration continue et soutenue des pratiques pédagogiques ? Quel soutien les équipes-école et les centres de services scolaires peuvent-ils et doivent-ils offrir au personnel enseignant pour apporter les changements souhaités ? Idéalement, le retour des communautés d’apprentissage professionnelles permettra au personnel enseignant de réfléchir aux bons coups faits en temps de pandémie, de collaborer pour améliorer leurs pratiques, etc.

Être ensemble

Lorsque ces réflexions auront lieu, il nous semble important de prendre acte du fait que la transition vers l’enseignement en ligne, bien qu’elle ait été pénible pour plusieurs et qu’elle ait entraîné des sacrifices importants, s’est quand même déroulée sans trop de remises en question du modèle éducatif habituel, ce qui, comme didacticiens, nous apparaît plutôt inquiétant. En effet, cela est révélateur de la très grande prédominance, encore aujourd’hui, d’un modèle éducatif essentiellement transmissif et informationnel, où la personne enseignante « transmet » et où les élèves « reçoivent » et « répondent ».

Le fait que l’on n’ait finalement pas nécessairement besoin d’être ensemble en classe, ou que l’on n’ait pas vraiment besoin d’être présent en même temps (pour l’enseignement asynchrone), nous en apprend sans doute plus sur l’état de notre enseignement en temps normal que sur la bonne façon de faire en pandémie.

Notre espoir est donc que cette pénible aventure suscite chez les personnes enseignantes des réflexions critiques sur le modèle « nous sommes tous présents en classe, ensemble, simultanément, à un moment précis, et tous soumis au même traitement pédagogique », ainsi que sur la valeur ajoutée réelle que procure chacun de ces éléments.

La disparition temporaire du modèle organisationnel dominant en éducation nous a fait prendre conscience des gaspillages, des retards, des différences de rythme, des problèmes de motivation, etc., qui entravent le travail scolaire depuis bien avant la pandémie. Des questions nouvelles se posent sur ce qui pourrait être fait différemment.

Notre souhait est que les personnes enseignantes se fassent désormais plus revendicatrices des éléments essentiels de ce qui fait un enseignement de qualité, et non plus qui perpétue simplement un modèle d’enseignement « transmissif » qui a montré ses limites. 



À voir en vidéo