La maîtrise de la langue de la relève en enseignement

«Pour l’épreuve d’écriture de 2010, seulement 56,7% des élèves réussissaient le critère relatif à l’orthographe lexicale et grammaticale», rappelle l'auteur.
Photo: Andrea Obzerova Getty Images «Pour l’épreuve d’écriture de 2010, seulement 56,7% des élèves réussissaient le critère relatif à l’orthographe lexicale et grammaticale», rappelle l'auteur.

La maîtrise du français écrit de la relève enseignante refait surface périodiquement dans l’espace public avec le même constat : les résultats au test de certification en français écrit pour l’enseignement (TECFEE) sont catastrophiques. La situation est effectivement préoccupante, mais elle traduit une réalité complexe ne se résumant pas à une simple statistique.

Tout d’abord, il ne faut pas concevoir ici l’erreur comme une faute évitable et condamnable, mais comme une mine d’informations sur la construction des savoirs en français qu’il faut analyser pour soutenir l’apprentissage. De ce fait, les statistiques diffusées dans certains médias représentent-elles la réussite des deux parties de l’évaluation (le questionnaire à choix multiples et la rédaction) ou d’une seule ? Quels sont les contenus les moins réussis ?

Ces difficultés n’apparaissent pas non plus chez ces étudiants et étudiantes en éducation soudainement à l’arrivée à l’université, mais ont subsisté malgré un parcours scolaire primaire, secondaire et collégial. Nous savons qu’à la fin de la 5e secondaire, les erreurs d’orthographe sont déjà un défi. Pour l’épreuve d’écriture de 2010, seulement 56,7 % des élèves réussissaient le critère relatif à l’orthographe lexicale et grammaticale. On peut difficilement penser que ces mêmes élèves aient acquis toutes les notions nécessaires à la passation du TECFEE après leur secondaire, puisque l’enseignement au collégial met l’accent sur la littérature.

Certains pourraient blâmer uniquement tous les enseignants et les enseignantes de français, réduisant ainsi une problématique bien plus importante. En effet, la profession continue de se développer et, avec la recherche, on continue à réfléchir et à améliorer les stratégies utilisées en enseignement grammatical. Dans cette optique, il faut favoriser l’accompagnement et la formation continue, ce que fait l’AQPF en étant une courroie de transmission entre la recherche et le terrain par son offre de services. De plus, différents comités et rapports, dont le Comité d’experts sur l’apprentissage de l’écriture et le Conseil supérieur de la langue française, abordent tous plus largement le système d’éducation. Il faut autant rehausser les conditions d’admission des différents baccalauréats et valoriser la profession que réfléchir au temps accordé au français dans les classes, à l’intervention et au dépistage des difficultés au premier cycle du primaire, à l’intervention plus grande et plus précise de spécialistes, etc. C’est tout un système qui est à revoir, et un tel travail nous apparaît bien plus porteur qu’orienter le blâme seulement vers la profession enseignante.

Déjà, en 2015, le Conseil supérieur de la langue française se questionnait sur ce qu’évaluait le TECFEE et sur le choix de l’évaluation. Dans les faits, nous nous retrouvons avec une épreuve unique pour toute la profession. Il est tout à fait justifié que la maîtrise de la langue dans une rédaction soit demandée, peu importe l’ordre d’enseignement ou la discipline, puisque nous sommes des modèles linguistiques pour les élèves. En est-il de même pour le questionnaire grammatical à choix multiples ? Ce dernier comporte autant des questions sur les régularités de la langue que sur des exceptions pointues (on peut nommer l’accord du participe passé pronominal ou l’accord de l’adjectif de couleur) et demande une maîtrise du métalangage et de la réflexion grammaticale.

Nous ne disons pas ici que les exceptions ne doivent pas être connues et maîtrisées de la relève enseignante, mais cela fait partie de la réflexion à avoir dans la conception d’une évaluation unique pour toute la profession. Doit-on posséder les mêmes connaissances en grammaire en enseignement du français qu’en enseignement des mathématiques ? Si c’est notre décision en tant que société, un cours de français est-il accessible dans tous les cursus en enseignement pour soutenir cette décision ?

Dans le milieu universitaire, une réflexion doit se faire sur l’évaluation à utiliser pour la maîtrise de la langue des étudiants et des étudiantes en enseignement et elle devrait impliquer différents intervenants de l’éducation : spécialistes de l’évaluation et de la didactique du français, associations professionnelles, linguistes, etc. De plus, il faut prévoir la façon de préparer les cohortes en enseignement à cette évaluation. Ici, ce n’est pas une occasion de travailler spécifiquement la passation du TECFEE, mais plutôt de pallier les difficultés perçues dans la maîtrise de la langue. Les centres d’aide sont d’excellentes ressources, mais devraient être utilisés comme un filet, et non comme la ressource première pour soutenir l’apprentissage du français au collégial et à l’université. […]

12 commentaires
  • Cyril Dionne - Abonné 11 juin 2021 09 h 35

    L’automutilation psychologique par les participes passés et l’autoflagellation verbale comme exercice imposé de la langue française

    Comme Franco-Ontarien, j’ai essayé le test des exercices préparatoires au TECFÉE. À moins d’être linguiste et de travailler dans ce domaine, je ne voyais pas beaucoup l’utilité de ce test où les règles et les questions qui sont comprises dans cet exercice pédagogique ne feront probablement jamais surface dans la réalité scolaire. Pardieu, les connaissances testées dans ce test n’apparaîtront même pas lors de la rédaction d’un mémoire ou d’une thèse de doctorat. À titre d’exemple, ma conjointe qui est québécoise pure laine et médecin s’est prêtée au même exercice que moi et son résultat n’était que 52%.

    C’est l’art de se tirer dans le pied. Tout le monde est surpris que les étudiants n’arrivent pas à maîtriser tout ce charabia de règles qui se contredisent souvent et qui sont dénuées de sens et de logique. Pourtant, au niveau mondial, selon les tests de PISA qui inclut un exercice de rédaction, les étudiants québécois arrivent bon premier en littératie, et ceci, parmi tous les pays francophones de la planète. Les autres étudiants francophones sont encore plus nuls en français. Si personne ne se questionne sur ce fait, eh bien, il ne reste plus rien à redire.

    Les étudiants anglophones n’ont pas à se prêter à un exercice de ce genre d’une telle complexité. La langue anglaise est pratique, facile et conviviale et utilisée dans plus de 80% des documents qui apparaissent à Internet. Leur grammaire se contient sur une page, recto verso. Nous, on a un livre pour seulement la conjugaison des verbes.

    À la question doit-on posséder les mêmes connaissances en grammaire en enseignement du français qu’en enseignement des mathématiques, la réponse est évidemment non. Les mathématiques sont une langue et en plus, c’est la seule qui est universelle. Tout comme pour les sciences et tous les sujets enseignés à l’école, sauf évidemment pour le français.

    • Richard Lupien - Abonné 11 juin 2021 11 h 48

      Il est écrit ci-dessus: " La langue anglaise est pratique, facile et conviviale et utilisée dans plus de 80% des documents qui apparaissent à Internet".

      Pourtant nous ne pouvons en aucun cas prétendre que les textes trouvés sur la toile sont en soi une référence. Depuis la création des Nations-Unies, le français est à la fois langue officielle et langue de travail des principaux organes de l'ONU et de toutes les commissions régionales et institutions spécialisées du système, à l'exception de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international où l'anglais reste l'unique....elle est choisie ainsi parce qu'elle est beaucoup plus précise que en peut l'être la la vue anglaise.

    • Cyril Dionne - Abonné 11 juin 2021 13 h 30

      Cher Richard Lupien, on voit que la littératie n'est pas votre violon d'Ingres.

      Mais c'est partiellement mon erreur et je m'en excuse. 80% de tous les documents scientifiques sont en anglais. Seulement 2,7% des textes d'Internet sont francophones contre 60,6% dans la langue de Shakespeare.

      https://en.wikipedia.org/wiki/Languages_used_on_the_Internet
      https://www.theatlantic.com/science/archive/2015/08/english-universal-language-science-research/400919/

    • Michel Petiteau - Abonné 11 juin 2021 17 h 07

      Une page!
      Vérification faite, "The Oxford English Grammar", de Sidney Greenbaum, édition 1996, compte 668 pages. "Basic English Grammar for Dummies" compte 384 pages. À vendre pour 5$ sur kijijii.
      C'est plus que les 226 pages de "LE PETIT CODE" de Suzanne Martin et Jean-Paul Issenhut, que j'ai dans ma bibliothèque, en compagnie d'un BLED et de quelques autres livres.

    • Françoise Labelle - Abonnée 11 juin 2021 17 h 50

      L'orthographe est un moyen de paresseux pour disqualifier une argumentation ou une candidature à un poste, pour les singes savants. Le TECFEE (selon lien donné par M.Baillargeon) semble y accorder une certaine importance. Peu sur l'essentiel: l'argumentation.

      D'accord avec le fait que le françait ET l'anglais sont incohérents à divers niveaux (ce n'est pas exhaustif):
      - ortograf: de ce point de vue, ce sont les deux langues les plus incohérentes selon une étude en ingénierie datant des recherches sur la traduction automatique (années 60-70). Pour l'anglais: groupes de consonnes inutiles genre «heigth», une même graphie représentant des sons différents: have/gave, dutch/butch, grove/move, wait/weight etc
      - l'accentuation: où placez-vous l'accent sur "territory"? Pas au même endroit en GB et en Amérique. Le français est une des rares langues non accentuées, plutôt syllabique, comme le japonais. C'est une difficulté non négligeable pour un francophone.
      - syntaxe: j'avais rédigé un programme pour l'apprentissage des «phrasal verbs» (ex: take on, point out), une difficulté bien connue en anglais. Le sens de «on» ou «out» est imprévisible dans ces expressions; c'est du par coeur.

      Et il faut distinguer le niveau de langue. Lire du Lawrence Durrell en anglais (Le quatuor d'Alexandrie) n'a rien de commun avec la lecture d'un mode d'emploi d'un bidule chinois en anglais seulement. Nortel imposait à ses rédacteurs le «Nortel common English», un sabir désossé pouvant être traduit par ordinateur. Si c'est ça l'anglais, Shakespeare doit shaker dans sa tombe.

  • Richard Lupien - Abonné 11 juin 2021 10 h 37

    Monsieur Duhaime,

    Votre questionnement est plus qu'étonnant. Pas mal alambiqué. J'ose le dire. Essayer par la bande de résoudre un problème par de nombreuses entourloupettes ne nous ferait que tourner en rond pour les siècles à venir. Pourtant la solution à tout vos déboires, à vos interrogations, est très simple.
    Vous aimeriez résoudre la difficulté qu'ont les enseignants à bien maîtriser notre langue lorsque vous écrivez : « En est-il de même pour le questionnaire grammatical à choix multiples ? Ce dernier comporte autant des questions sur les régularités de la langue que sur des exceptions pointues (on peut nommer l’accord du participe passé pronominal ou l’accord de l’adjectif de couleur) et demande une maîtrise du métalangage et de la réflexion grammaticale».
    Vous aimeriez ni plus ni moins d'avoir recours à la facilité, au laisser-faire.
    Si l'apprentissage de la langue française effraie vos collègues c'est tout simplement qu'ils ne se donnent pas la peine d'ouvrir plus qu'un livre par mois.
    Ce n'est qu'en lisant qu'il est possible d’acquérir la maîtrise de notre belle langue. À lire, on s’instruit. À lire on apprend à écrire.

  • Mathieu Lacoste - Inscrit 11 juin 2021 11 h 58

    « […] ces étudiants et étudiantes […] les enseignants et les enseignantes […] la langue des étudiants et des étudiantes […]» (Antoine Dumaine)



    Faudrait peut-être recommencer à enseigner ce qu'est un terme générique, pour nous éviter cette puérile redondance d'appellations qui revoient au même concept…

    Pour le reste, il en ressort de vos phrases entortillées que l'on occulte en haut lieu le fait que la langue française n'est plus enseignée, vu que les élèves au terme de l'élémentaire devraient normalement savoir lire et écrire dans un registre courant -comme cela était la norme autrefois.

    Déjà que la langue s'éclaire, lorsque l'on apprend dès le primaire l'usage du dictionnaire et de la grammaire (celle que J.-M. Laurence nous a léguée, et non pas l'une des grammaires tarabiscotées que nous ont pondues par la suite nos pédagogues d'opérette -qui ont des entrées au ministère de l'Éducation).

    Les dictées, les compositions, la diction, les analyses grammaticale et logique et la fréquentation des grands auteurs sont les incontournables contraintes pour que les élèves apprennent à lire et à écrire.

    Tout autre considération n'est que du vent, comme nous le constatons depuis le temps que l'école enfante incultes et analphabètes à tire-larigot.

  • Mathieu Lacoste - Inscrit 11 juin 2021 14 h 24

    « La langue anglaise est pratique, facile et conviviale […] Leur grammaire se contient (sic) sur une page, recto verso.» (Cyril Dionne)


    Une page rectovésicale, quoi !

    Dire que sur nos feuillets recto verso l'on compte deux pages.

    C'est pour le moins divertissant de lire les critiques sur la langue que rédigent laborieusement ceux qui la maîtrisent si peu, sauf votre respect.

    • Françoise Labelle - Abonnée 11 juin 2021 18 h 01

      «rectovésicale»? Belle trouvaille (sans ironie)! Est-ce validé par l'Académie ou son éminence J.-M. Laurence?
      On s'en fout, n'est-ce pas? Le français appartient à ceux qui le parlent, y compris M.Dionne, qui ne se prive pas pour l'utiliser et tous ceux qui font des fôtes mais parlent avec leur coeur. Ex abundantia cordis os loquitur.

      La «grammaire» de l'anglais n'est pas plus simple que la française. Là M.Dionne erre. Mais elle est obligatoire pour réussir quand on want to pogne.

  • Michel Petiteau - Abonné 11 juin 2021 16 h 07

    La relève enseignante: la relève seulement?

    Pourquoi pas un test de maîtrise de la langue pour tous, profs et élèves de tous ordres d'enseignement, mais aussi les membres des conseils et des comités, les fonctionnaires, en particulier ceux du secteur de l'éducation, les ministres, bref tous les individus dont la fonction les place, de près ou de loin, dans la sphère de l'apprentissage de la langue française? Plus quiconque souhaite se mesurer à d'autres, et à soi, et accepte que les résultats de son test soient rendus publics. Je suis, pour ma part, prêt à tenter l'aventure, au risque d'encourir l'échec, et la honte.

    Du coup, que vous soyez ou non de la relève, vous découvrirez où vous vous situez, et je m'attends à des surprises. À entendre, plus qu'à lire, le discours des politiques, je ne suis pas édifié.

    Ajouter au test une section de commentaires. Et bannir les acronymes.

    Ce test, tout le monde le passe en même temps, en ligne, sous vidéosurveillance. Trop de risques de triche? Belle occasion de tester, à grande échelle, la sécurité des examens en ligne!