Quel rôle pour le Canada au G7?

«L’accès équitable à tous passe par l’accès à une capacité de production
Photo: Frank Augstein / Pool / Agence France-Presse «L’accès équitable à tous passe par l’accès à une capacité de production "durable", plutôt que par des dons répétés faits à quelques-uns par les plus nantis», estime l'autrice.

Les statistiques mondiales sont parlantes : plus de 400 000 nouveaux cas de COVID-19 et 10 000 décès recensés par jour. Manifestement, ce n’est pas parce qu’on arrive ici à la fin du parcours COVID-19 que c’est terminé pour tout le monde.

La COVID-19 nous aura fait voir le meilleur et le pire de notre humanité. « Free for all » dans les stratégies nationales sur les mesures de confinement, fermeture des frontières et des lieux publics, dynamique « au plus fort la poche » en ce qui concerne l’accès aux outils essentiels, comme les masques, les protections personnelles et les vaccins, tout cela nous a sidérés, voire consternés.

Certes, les attentes envers le G7 sont surdimensionnées et on en attend le meilleur. Six des sept nations composant ce groupe sont en tête de peloton en ce qui a trait à la couverture vaccinale. Quelles pourraient être nos attentes envers le Canada ?

Depuis le début de cette crise, le Canada a investi plus de 2,5 milliards de dollars pour soutenir la réponse mondiale à la COVID-19. Il a fait une contribution totale de 1,3 milliard de dollars à l’Accélérateur ACT (A-ACT), dont un don de 375 millions de dollars annoncé le 7 mai dernier par le premier ministre Trudeau. Pour mémoire, l’A-ACT est une plateforme internationale parrainée par quelques organismes internationaux, dontGavi, l’Alliance du vaccin, l’Organisation mondiale de la santé et la Coalition for Epidemic Preparedness Innovations, afin d’accélérer la recherche et le développement sur les vaccins, les tests et les solutions thérapeutiques contre la COVID-19.

Actions concrètes

Par ailleurs, le Canada, par la présence du premier ministre cette semaine au G7, pourrait prendre davantage le leadership dans la sphère de la santé mondiale.

Contrairement à la position des ministres de la Santé lors d’une réunion du G7 la semaine dernière, le Canada peut clarifier, sans équivoque, sa position sur le repartage des doses excédentaires de vaccins achetées en prévente avec un échéancier clair. Les projections de taux de couverture cibles sont calculables avec une petite marge d’erreur.

Pendant que les pays à faibles revenus attendent désespérément les vaccins, n’ayant vacciné que moins de 2 % de leur population, leurs travailleurs de première ligne continuent de traiter des gens infectés par le coronavirus sans protection vaccinale.

Pour corriger la situation et garantir le succès de cette opération de partage, il y a trois choses à faire. Il faut annoncer très tôt le moment où les doses de vaccins seront envoyées, car ces pays ont besoin de bien planifier en amont la gestion des vaccins et la campagne vaccinale, afin de prévoir les ressources financières et humaines adéquatement. Il faut aussi s’assurer que les vaccins soient expédiés le plus tôt possible quand ils sont prêts, c’est-à-dire avec une date de péremption éloignée. Dans le cas contraire, cela ressemblerait à du « dumping » de vaccins bientôt périmés. Enfin, il faut pousser les manufacturiers à une plus grande transparence en ce qui concerne les tests de stabilité pour prolonger les durées de conservation.

Ces trois actions sont nécessaires pour éviter que soient détruites des doses de vaccins, comme cela s’est fait au Malawi le mois dernier, pour cause de dépassement de date limite.

Le Canada doit arrêter de ménager la chèvre et le chou et soutenir la levée des brevets pour les vaccins et d’autres produits destinés à combattre la COVID-19, afin d’accélérer la fin de la pandémie. Même si cela ne donne pas des produits vaccinaux immédiatement, cela prépare la voie pour la suite des choses. Il faut lever tous les obstacles à la fabrication à large échelle de vaccins, et cela commence par la levée des brevets. Dans un deuxième temps, le transfert technologique doit être suivi d’une plus grande capacité de fabrication dans différentes régions du monde. L’accès équitable à tous passe par l’accès à une capacité de production « durable », plutôt que par des dons répétés faits à quelques-uns par les plus nantis.

Le Canada peut rassembler une coalition de pays pour façonner une déclaration politique en prévision de la prochaine assemblée annuelle des Nations unies en septembre sur les pandémies, afin d’élever celles-ci au niveau des autres menaces existentielles, comme les accidents nucléaires. Les chefs de ces pays y exprimeraient leur volonté politique de combattre les pandémies ensemble en créant un Conseil de sécurité mondial sur les menaces sanitaires, comme cela a été recommandé par le panel indépendant sur la COVID-19 (IPPPR). Ce conseil élaborerait une convention-cadre, qui a cruellement manqué pendant cette pandémie, laquelle renforcerait les obligations et responsabilités des États les uns envers les autres et inclurait une entente sur le financement pour la préparation et la réponse aux pandémies ainsi qu’un mécanisme équitable pour la recherche et développement de vaccins, de tests et de traitements.

C’est vrai, le Canada a largement financé le dispositif pour accélérer l’accès aux outils de lutte contre la COVID-19 (Accélérateur ACT), mais noyer le problème de la gestion de la pandémie avec de l’argent pour s’acheter une conscience ne suffira pas.

Aujourd’hui, le Canada doit utiliser son poids politique pour prêcher par l’exemple en établissant un échéancier de partage de vaccins excédentaires, en soutenant la levée des brevets temporaires sur les vaccins et en engageant le leadership du G7 pour créer un Conseil de sécurité mondial contre les menaces. Pour paraphraser M. Trudeau, c’est à ce compte qu’on bâtira un monde plus fort et plus résilient.

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4 commentaires
  • Sylvie Turcotte - Abonnée 9 juin 2021 06 h 51

    Position claire et solide

    Quel texte intelligent, quelle position claire et solide pour le Canada et autres pays pour la suite des choses. Merci Dr Liu de continuer votre travail d'aide internationale, empêchant les canadiens de s'endormir sur leurs succès et leur chances de vivre dans un pays riche.

  • Bernard LEIFFET - Abonné 9 juin 2021 07 h 47

    Le Canada un fer de lance? Qu'en est-il réellement?

    Il faut connaître un peu plus le G7 pour voir dans ce texte une sorte de grossière publicité! Le Canada est le second dans la liste aphabétique des 7 pays c'est tout! Comment mesurez-vous le poids politique de ce grand territoire mais de sa si petite population? Ce qui n'empêche pas d'avoir une pensée à tous ces pays qui souffrent de cette pandémie mais aussi qui vivent avec des gouvernements où la démocratie n'existe pas! Évoquer les Nations-Unies, comme bien d'autres organismes, ne suffira pas à faire bouger les choses car là-aussi c'est plein de lobbyistes! Désolé, mais le PLQ avec Justin Trideau marmonera comme d'habitude et ne fera rien de plus car il n'en a ni les moyens, ni les connaissances scientifiques!

    • Bernard LEIFFET - Abonné 9 juin 2021 16 h 41

      Je me doutais bien qu'en voyant encore le mot Canada avec le G7 que les commentaires seraient peu nombreux car le mot est trop souvent nommé quant au G7 beaucoup de citoyens ont aussi une conaissance du poids du Dominion dans cet organisme comme pour d'autres comme les Nations Unies ! Cependant professeur Liu vous avez toute mon admiration pour tout ce que avez fait au cours de cette pandémie et votre pensée pour les pays les plus pauvres. Cependant, ce que dit monsieur Trudeau n'est pas toujours au goût de plusieurs québécois, comme celui de bâtir un monde plus fort! Lire les journaux du ROC ne sont pas réjouissants et on peut se demander s'il ne faudrait pas d'abord mettre de l'ordre où la démocratie brille par son absence!

  • Pierre Jasmin - Abonné 9 juin 2021 08 h 05

    Enfin la docteure Joanne Liu reçoit une tribune

    Par divers articles mensuels depuis mars 2020, Les Artistes pour la Paix ont tenté d'éclaircir les enjeux que le DEVOIR lui laisse le loisir aujourd'hui de traiter, loin des partis pris du gouvernement Trudeau face à l'Organisation Mondiale de la Santé et à l'ONU. Les éditorialistes du Devoir doivent appuyer la proposition de créer un Conseil de sécurité mondial sur les menaces sanitaires régi par l'ONU: il y va de la santé globale de notre planète.
    On s'éloigne enfin de Radio-Canada que j'ai interpellé au CRTC pour avoir laissé parler pendant une heure à la radio le docteur complotiste Raoult sur l'hydroxychloroquine et pour avoir diffusé à la télé le 23 mai une émission vantant Reagan, Douste-Blazy et Trump dans leur opposition au docteur Ghebreyesus et à la Chine.