Travailleurs communautaires et aide financière aux études

Les travailleurs des milieux communautaires sont exclus du Règlement modifiant le Règlement sur l’aide financière aux études. Ce règlement comprend des mesures de bonification de l’Aide financière aux études du gouvernement du Québec, qui permet aux étudiants qui ont été sollicités sur le marché du travail durant la pandémie, dexclure leurs revenus de cette période dans le calcul de prêts et bourses pour l’année 2020-2021.
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne Les travailleurs des milieux communautaires sont exclus du Règlement modifiant le Règlement sur l’aide financière aux études. Ce règlement comprend des mesures de bonification de l’Aide financière aux études du gouvernement du Québec, qui permet aux étudiants qui ont été sollicités sur le marché du travail durant la pandémie, dexclure leurs revenus de cette période dans le calcul de prêts et bourses pour l’année 2020-2021.

Lettre adressée à Danielle McCann, ministre de l’Enseignement supérieur, et à Christian Dubé, ministre de la Santé et des Services sociaux

Nous sommes des intervenants du milieu communautaire (soutenus par d’autres acteurs professionnels) qui demandons que l’article 6 du Règlement modifiant le Règlement sur l’aide financière aux études soit modifié afin de nous inclure dans les mesures de bonification de l’Aide financière aux études du gouvernement du Québec (AFE). Comme c’est le cas pour les intervenants sociaux qui travaillent dans le milieu institutionnel, nous demandons que nos revenus gagnés dans le cadre de la lutte contre la COVID-19 ne soient pas considérés dans notre calcul de prêts et bourses pour l’année 2020-2021.

Le 16 avril 2020, la ministre de la Santé et des Services sociaux, à cette époque Danielle McCann, ainsi que le ministre de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, Jean-François Roberge, publient le communiqué : « Le gouvernement du Québec invite tous les étudiants à prêter main-forte au réseau de la santé et des services sociaux. » Dans ce communiqué, il est possible de lire que : « […] les revenus gagnés pendant cette période ne seront pas comptabilisés dans le calcul de l’aide financière aux études qui pourrait être reçue l’an prochain ». Dans ce même communiqué, on pouvait lire que le ministre Roberge promettait aux étudiants contribuant à aider le réseau de la santé et des services sociaux que leur dévouement ne serait pas pénalisé, en faisant référence aux prêts et bourses qu’ils reçoivent de la part de l’AFE.

Aide amputée

Toutefois, au cours de l’année, le Règlement modifiant le Règlement sur l’AFE ne concernait plus tous les étudiants des milieux de la santé et des services sociaux, mais n’incluait finalement que quelques secteurs appartenant aux milieux institutionnels. En somme, les travailleurs des milieux communautaires se voient finalement exclus de cette bonification. Pourtant, nous sommes nombreux à avoir augmenté nos heures de travail, à avoir accepté un deuxième emploi, tout cela en poursuivant nos études et en pensant que nous étions inclus dans cette mesure. Aujourd’hui, nous nous trouvons pourtant pénalisés par ce dévouement qui ampute une grande partie de l’aide financière à laquelle nous aurions eu droit.

Nous sommes consternés par la décision du gouvernement du Québec de clarifier après coup l’exclusion des travailleurs du milieu communautaire de ces mesures de bonification. Nous comprenons cette non-reconnaissance dans un processus beaucoup plus large de sous-traitance des services sociaux par le gouvernement québécois. L’État traite les employés des milieux communautaires, majoritairement des femmes, comme des travailleurs à faible coût. Pourtant, l’État s’est rapidement replié sur nous pour intervenir auprès de populations à besoins spécifiques pendant la pandémie. Nous avons été principalement mobilisés, dans la rue et dans les refuges, pour atteindre les populations qui ont un accès restreint aux instances de santé et services sociaux, notamment les femmes qui vivent en situation de violence, les jeunes en situation de précarité, les personnes en situation d’itinérance, bref les personnes les plus durement affectées par la crise de COVID-19.

Reconnaître l’expertise

Nous considérons donc la pandémie comme une occasion à saisir pour changer cette vision collective que nous entretenons des milieux communautaires : nous ne sommes pas des intervenants de seconde zone. Nous avons une expertise qui mérite d’être reconnue, et les derniers mois nous ont confirmé que l’État dépendait de nous pour assurer sa mission en services sociaux. Nous demandons donc que les étudiants ayant travaillé dans les milieux communautaires, qui ont prêté main-forte au réseau de la santé et des services sociaux pour lutter contre la COVID-19, soient inclus dans l’alinéa 6 du Règlement modifiant le Règlement sur l’aide financière aux études.

* Cette lettre est appuyée par 65 signataires.

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