Des musées de la mémoire pour les Premières Nations

«Pourquoi les gouvernements ne mettraient-ils pas la main à la pâte pour créer des institutions muséales autres que folkloriques?», se questionne l'auteur.
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne «Pourquoi les gouvernements ne mettraient-ils pas la main à la pâte pour créer des institutions muséales autres que folkloriques?», se questionne l'auteur.

Dans Le Devoir du 4 juin, l’anthropologue Marie-Pierre Bousquet, experte sur les questions liées à la mémoire des enjeux historiques concernant la condition des Premières Nations, rappelle l’importance de mieux connaître toutes les dimensions de l’histoire : « Il faut regarder clairement les relations entre Autochtones et allochtones pour avancer. Il faut enseigner autrement cette histoire. Il faut aussi sortir du champ émotionnel. »

Je partage son point de vue. Pour rappeler les grands trous noirs dans l’histoire des drames qui ont touché les Premières Nations, elle suggère la création et l’implantation de monuments dans les grandes villes comme le recommandait la Commission de vérité et réconciliation. Il s’agit là d’un pas significatif certes, mais insuffisant.

Au-delà des monuments

Je ne fais pas partie du cercle des experts, mais je m’interroge sur la pertinence de limiter la stratégie de reconnaissance de la mémoire à des monuments. On le sait, nombre de monuments perdent vite leur signification dans l’oubli général, car la plupart des gens ne font pas de liens avec l’ensemble des situations à la vue d’un monument. Un monolithe, une stèle ou un menhir, peu importe, ne touchent trop souvent qu’une dimension d’un phénomène historique. En outre, le bloc de béton ou de pierre ou la sculpture qui fait œuvre de monument reste une signification figée dans l’espace et le temps. Pourquoi ne pas développer des musées ? Un musée dynamique évolue et permet une grande variété d’expériences pédagogiques.

Des trésors de la connaissance

Les situations auxquelles font référence Mme Bousquet et de nombreuses autres sont documentées et elles méritent d’être mises en lumière ; thèses, rapports et autres documents dorment trop souvent dans des lieux réservés à des initiés. Le grand public pourrait avoir accès à ces trésors de la connaissance. Dans plusieurs cas, notamment la Shoah, des musées commémoratifs répartis dans le monde permettent à monsieur et madame Tout-le-Monde de comprendre la dynamique de l’histoire de ce drame grâce à l’accès adapté à des documents.

Dans le monde, plusieurs musées de la mémoire existent. À Santiago du Chili, le Musée de la mémoire est devenu une institution phare pour rappeler les horreurs commises par la dictature militaire du général Pinochet (1973 – 1989). Au-delà de la présentation de documents sous diverses formes, le musée organise des événements à caractère social, artistique, historique, scolaire et, bien sûr, politique. Sa renommée internationale n’est plus à démontrer.

Pourquoi le gouvernement canadien et les gouvernements provinciaux ne mettraient-ils pas la main à la pâte pour créer des institutions muséales autres que folkloriques ? Nos sœurs et nos frères des Premières Nations méritent des formes de reconnaissance dignes des situations vécues au fil de l’histoire du pays et des formes de discriminations systémiques qui survivent toujours aux drames passés.

Mais, dira-t-on, ça coûterait trop cher ? Mais alors, le coût social de l’ignorance des drames passés vécus par les Premières Nations n’a pas de prix. Le moment de la reconnaissance est arrivé, il faut agir. 

5 commentaires
  • Léonce Naud - Abonné 5 juin 2021 07 h 29

    Apartheid muséal ?

    Tout le monde se dit d'accord avec le vivre-ensemble et voilà qu'on suggère que des musées vivent séparés les uns des autres. Si nous sommes tous avant tout des êtres humains, pourquoi ne pas partager fraternellement l'espace dans les musées itou?

  • Cyril Dionne - Abonné 5 juin 2021 08 h 58

    Non, c’est la Loi sur les Indiens qui devrait disparaître avant de bâtir des musées

    J’aime bien cette idée de musée en autant qu’il n’y est pas de dérapage. Oui, les musées sont plus dynamiques à diffuser des vérités qui dérangent. Dans le cas des autochtones, il y en a plusieurs de cette sorte.

    Ceci dit, est-ce que ce n’est pas aux autochtones eux-mêmes de prendre le bâton du pèlerin et de le faire? C’est que les Juifs et les Chiliens ont fait. Ne répètent-on la même bourbe en dictant ce qu’ils devraient faire ou accomplir?

    Il y a aussi le fait qu’il ne se considèrent pas comme faisant partie du pays et donc, tout cela devient difficile de coexister sur la même plateforme alors qu’une partie renie l’autre. Les Québécois la connaisse bien celle-là.

    Vous savez, le plus beau cadeau qu’on pourrait leur faire, ce ne sont pas des musées, mais de mettre fin à une loi raciste qui est ancrée dans la « canadian constition » et encore en vigueur aujourd'hui, la Loi sur les Indiens qui a consacré de façon légale et législative le mauvais traitement qu’ils ont reçu. Alors, ils pourront enfin s’émanciper au lieu de toujours revenir sur un passé émotif qui est loin d’être glorieux. Comme le disait si bien Martin Luther King : « Free at last, Free at last, Thank God almighty we are free at last ».

    Oui, la fin de la Loi sur les Indiens avant les musées.

  • Cyril Dionne - Abonné 5 juin 2021 08 h 58

    Non, c’est la Loi sur les Indiens qui devrait disparaître avant de bâtir des musées

    J’aime bien cette idée de musée en autant qu’il n’y est pas de dérapage. Oui, les musées sont plus dynamiques à diffuser des vérités qui dérangent. Dans le cas des autochtones, il y en a plusieurs de cette sorte.

    Ceci dit, est-ce que ce n’est pas aux autochtones eux-mêmes de prendre le bâton du pèlerin et de le faire? C’est que les Juifs et les Chiliens ont fait. Ne répètent-on la même bourbe en dictant ce qu’ils devraient faire ou accomplir?

    Il y a aussi le fait qu’il ne se considèrent pas comme faisant partie du pays et donc, tout cela devient difficile de coexister sur la même plateforme alors qu’une partie renie l’autre. Les Québécois la connaisse bien celle-là.

    Vous savez, le plus beau cadeau qu’on pourrait leur faire, ce ne sont pas des musées, mais de mettre fin à une loi raciste qui est ancrée dans la « canadian constition » et encore en vigueur aujourd'hui, la Loi sur les Indiens qui a consacré de façon légale et législative le mauvais traitement qu’ils ont reçu. Alors, ils pourront enfin s’émanciper au lieu de toujours revenir sur un passé émotif qui est loin d’être glorieux. Comme le disait si bien Martin Luther King : « Free at last, Free at last, Thank God almighty we are free at last ».

    Oui, la fin de la Loi sur les Indiens avant les musées.

  • Hélène Poirier - Abonnée 5 juin 2021 17 h 39

    Hélène Poirier, abonnée

    Je suis tout à fait d'accord avec vous.
    C'est en voyageant à l'étranger que j'ai réalisé à quel point je ne connaissais rien sur les premières nations de mon pays.
    Ça m'a frappée en particulier au Vietnam où j'ai visité un musée d'ethnographie à Hanoï qui décrivait très bien les us et coutumes des différentes ethnies faisant partie de la population du pays. Le musée est vaste, on y a reproduit une habitation typique d'une de ces ethnies qui me faisait penser à la fameuse maison longue des iroquois.
    C'était tellement intéressant et bien fait. Je me suis dit que j'aimerais trouver l'équivalent au Québec, qu'on m'offre l'occasion de mieux connaître nos peuples autochtones, d'une manière bien documentée et bien illustrée. Un musée serait l'idéal selon moi.
    Il y a le musée de la Civilisation à Québec qui a une très bonne section consacrée aux Premières Nations mais elles mériteraient leur musée propre.

  • Pierre Jasmin - Abonné 5 juin 2021 17 h 50

    Merci à André Jacob pour cette suggestion qu'on trouve aussi sur le site des APLP

    Et pour répondre à Cyril Dionne qui évoque deux fois des arguments "woke" (une expression qu'il utilise constamment pour dénigrer la gauche) pour refuser l'aide aux autochtones, le Musée des Beaux-Arts de Montréal, lorsqu'il était dirigé par madame Nathalie Bondil, était capable de telles audaces, par exemple en invitant Jean-Daniel Lafond et Michaëlle Jean pour trois jours intitulés arts pour la paix auxquels seule The Gazette a consacré un article (et l'Aut'Journal);
    http://lautjournal.info/20180223/le-pouvoir-des-ar