À propos de la direction de BAnQ

«Les prochaines étapes du développement de BAnQ requièrent des connaissances scientifiques et professionnelles de très haut calibre», écrit l'auteur.
Photo: Guillaume Levasseur Archives Le Devoir «Les prochaines étapes du développement de BAnQ requièrent des connaissances scientifiques et professionnelles de très haut calibre», écrit l'auteur.

Lettre à la ministre de la Culture et des Communications, Nathalie Roy.

Le prochain changement de direction à Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ) n’est pas une mince affaire ! La personne qui occupera ce poste devra réunir des qualités professionnelles et personnelles exceptionnelles afin de faire face aux importants défis qui attendent l’institution. Elle devra démontrer une vision stratégique et organisationnelle éclairée, des connaissances scientifiques hors pair, une expérience de gestion éprouvée ainsi que des compétences communicationnelles lui permettant de rallier ses équipes, de défendre les projets et les besoins de son institution auprès des instances ministérielles et de les présenter à l’ensemble des utilisateurs.

Considérons, au premier chef, le « large virage numérique » qui s’impose et dont a pertinemment fait état l’actuel PDG, Jean-Louis Roy, dans les pages du Devoir du jeudi 3 juin. Son texte montre clairement que la plus grande institution culturelle du Québec est arrivée à une croisée des chemins. Soit elle poursuit son évolution et son développement, soit elle stagne ou, pire encore, perd du terrain et deviendra ainsi rapidement obsolète. Quel drame lorsqu’on pense aux grands investissements que le Québec y a faits depuis la fusion, en 2006, de la Bibliothèque nationale et des Archives nationales qui a donné naissance à BAnQ !

On le comprend bien, les prochaines étapes du développement de BAnQ requièrent des connaissances scientifiques et professionnelles de très haut calibre. Jean-Louis Roy a d’ailleurs fort bien relevé quelques grands défis auxquels doit maintenant faire face BAnQ : « … renouvellement [des] infrastructures numériques, dont plusieurs sont obsolètes ; garantie du maintien de ses équipes de numérisation ; déploiement d’un dépôt numérique fiable et passage accompli à l’infonuagique ; […] qui exige une révision urgente et profonde de la Loi sur les archives et de la Loi du livre ; […] inclusion de la production numérique dans [le] dépôt légal pour assurer la conservation. »

Et cela, sans mentionner la réponse appropriée que BAnQ doit fournir à ce besoin universel que ressent la société québécoise de savoir, de connaître (les statistiques de fréquentation le démontrent hors de tout doute), de revisiter son histoire, de mieux connaître ses origines, de mettre à profit son riche patrimoine. La société québécoise veut savoir, elle veut savoir d’où elle vient, où elle va, pour mieux comprendre et apprécier son milieu de vie, ses semblables et tout ce qui l’entoure.

Connaissances spécialisées

Vous me voyez venir, Madame la Ministre ! On ne saurait sérieusement poursuivre ce vaste chantier sans que la direction de BAnQ soit confiée à un ou une scientifique du domaine des sciences de l’information qui possède aussi des qualités de gestionnaire aguerri. Je dis bien « scientifique », car c’est bien de cela qu’il s’agit, une personne qui peut faire valoir une expérience approfondie en ce domaine qui comprend la gestion des bibliothèques et des archives, bref, la gestion, la préservation et la diffusion du Savoir. La bibliothéconomie et l’archivistique sont des domaines scientifiques confirmés qui ont donné lieu au développement de programmes d’enseignement de premier, deuxième et troisième cycles universitaires ainsi qu’à des activités de recherche fondamentale et appliquée reconnues.

Cela se vérifie au Québec, au Canada et ailleurs dans le monde. N’est-ce pas d’ailleurs ce qu’a reconnu le gouvernement fédéral en nommant l’année dernière une bibliothécaire professionnelle à la tête de Bibliothèque et Archives Canada (BAC) ? Comme tout autre domaine scientifique, la bibliothéconomie et l’archivistique font appel à des connaissances spécifiques spécialisées qui ne sauraient être acquises sur le tas et ne peuvent être remplacées par aucun autre savoir, aucune autre expérience. Il n’y a qu’à consulter la description des programmes de formation universitaire en sciences de l’information pour s’en convaincre.

Nous ne doutons pas, Madame la Ministre, du grand intérêt et de la grande attention que vous et le conseil d’administration de BAnQ portez à l’avenir de la plus grande institution culturelle du Québec et qu’en conséquence, vous n’hésiterez pas à en confier la direction à une personne qui pourra, comme le montre bien la description du poste, faire valoir des compétences scientifiques et professionnelles reconnues en sciences de l’information. Voilà une belle occasion pour vous de manifester le sérieux avec lequel votre ministère aborde le développement et l’avenir du savoir et de la connaissance au Québec.

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