Libre opinion : Le refus environnemental

Soyez réaliste, demandez l'impossible

— Ernesto Guevara

Depuis plus de trois cents ans, nos ancêtres ont profité d'une nature sauvage, surtout pour l'exploitation de ses richesses. À une époque pas si lointaine, on croyait encore que ce territoire était une source inépuisable de forêts, de faune et de cours d'eau. On exploitait des gisements miniers, les gens qui y travaillaient étaient traités comme du bétail. La pollution atmosphérique ne faisait pas encore partie de notre culture, mais la bêtise humaine, elle, était déjà bien présente. On chassait les animaux jusqu'à leur extinction, polluait les cours d'eau avec la descente de billots sur nos plus belles rivières, on remplissait marais et marécages (c'étaient des endroits nauséabonds et maudits) et on surexploitait les forêts sans réfléchir aux conséquences de nos actes.

Avec les années, plusieurs scientifiques ont commencé à s'inquiéter. La disparition de la tourte, la quasi extinction du carcajou et le massacre de nos forêts commençaient à leur donner raison. Plusieurs décennies plus tard, pour calmer ces inquiétudes, nos gouvernements ont fait inscrire des lois, des politiques et des règlements pour essayer de contrôler l'incontrôlable: la soif incommensurable de profits des diverses grandes compagnies et les intérêts que nos propres gouvernements en tiraient.

Adieu 1930, bienvenue en 2004. Les mêmes gouvernements sont toujours en place, avec un mépris sans bornes de la nature dans ce qu'elle a de plus beau. Les tactiques de destruction que l'on croyait disparues à jamais sont restées pratique courante, mais de façon plus insidieuse. On a donné nos forêts, légalement, à des compagnies qui exploitent le peu de chicots qui restent encore debout. On a donné nos rivières pour l'exploitation de petites centrales, sous prétexte de revenus substantiels pour les régions! On permet la destruction des derniers milieux naturels des basses-terres du Saint-Laurent, ce qui entraîne une accélération de la dégradation de la biodiversité, pour des développements domiciliaires, agricoles ou industriels.

Qui sont les gens responsables de notre environnement? Nous, en tant qu'êtres humains, sommes les premiers à devoir nous regarder dans un miroir. Que faisons-nous pour améliorer la situation? Qu'attendons nous pour réagir? Les deuxièmes responsables sont nos élus. Nous ne pouvons plus croire en aucune des lois environnementales, elles ne servent plus à rien. Nous avons été endormis assez longtemps par les compromis et les promesses! Le conflit qui oppose capitalisme à outrance et environnement doit faire l'objet d'une sérieuse réflexion, et ce, immédiatement. Nous ne pouvons plus nous permettre de tolérer un tel laxisme de nos politiciens. La politique n'a plus sa place dans la nature, c'est à la nature de prendre la place qu'elle n'a jamais eue auparavant!

C'est à nous, citoyens, de prendre notre environnement en main, étant donné:

- l'incapacité de nos différents paliers de gouvernement à bien gérer notre environnement;

- l'état pitoyable de presque tous les cours d'eau du plus beau réservoir d'eau potable au monde, le Québec;

- les grands projets de destruction du fleuve Saint-Laurent (dragage de la voie maritime et exploration du golfe);

- le projet de la centrale thermique du Suroît et ses effets dévastateurs;

- l'anarchie complète dans les municipalités, les villes et les MRC pour le développement domiciliaire, industriel et agricole;

- le nombre exponentiel d'espèces menacées, vulnérables (12 espèces fauniques désignées et 67 susceptibles de l'être, 34 espèces végétales désignées et 373 susceptibles de l'être);

- la quasi-disparition des forêts (la forêt boréale, la forêt méridionale, etc.) au Québec;

- le massacre des parcs provinciaux, que ce soit pour la coupe de bois, l'exploration minière, le pompage de la nappe phréatique, les infrastructures de divers types de services de camping et autres pour offrir tout le confort de la ville dans la nature;

- la disparition des plaines inondables, des milieux humides et des tourbières qui, toutes proportions gardées, s'éclipsent à une vitesse plus grande que les forêts amazoniennes;

- le nombre croissant de maladies reliées à la pollution atmosphérique;

- la découverte de plusieurs centaines de sites de sols contaminés qui ont pollué l'eau potable en la rendant impropre à la consommation;

- la multiplication des centrales hydroélectriques sur nos plus belles rivières;

- le manque complet de vision à long terme pour assurer la pérennité de notre espèce!!!

Devant toutes ces horreurs, nous, signataires de ce manifeste, exigeons pour le bien-être de la collectivité que:

- des lois et des règlements stricts et rigoureux soient mis en place;

- des amendes exemplaires soient exigées de la part des pollueurs, des pilleurs de forêts, des destructeurs d'habitats fauniques et de milieux aquatiques;

- les villes, les promoteurs, les industries et les agriculteurs soient informés de leurs obligations environnementales;

- une loi (et non une politique) sur la protection des rivières, des ruisseaux et de petits cours d'eaux soit adoptée le plus tôt possible;

- soit développée une politique énergétique verte et viable à long terme;

- les habitats des espèces désignées menacées ou vulnérables soient protégés, sinon à quoi sert-il de désigner des espèces?

- des audiences ou des consultations publiques soient obligatoires pour tout projet qui proposerait la destruction d'un milieu naturel exceptionnel ou potentiellement exceptionnel, et que pendant ces consultations, un moratoire soit imposé par décret du ministre ou par article de loi;

- soit proposé un véritable plan de conservation, en observant d'abord les espèces et leurs habitats avant de créer les plans d'urbanisme des municipalités;

- soit créé un plus grand nombre d'aires véritablement protégées, car nous sommes déjà en retard de plusieurs années;

- les tout-petits soient initiés à la nature dès leur plus jeune âge à l'école publique, pas seulement dans les écoles spécialisées; ils sont notre relève!

Nous demandons l'appui de la population, aux moyens de pétitions, de lettres d'appuis, de lettres aux différents ministères, pour créer un mouvement de contestation qui s'étendra aux quatre coins de la province. On peut nous rejoindre à l'adresse suivante: sauvonsboisesmilieuxhumides@yahoo.ca

Vingt-sept personnes ont signé ce manifeste