Il est urgent de stopper la course folle des dépenses militaires mondiales

Les dépenses militaires mondiales se sont fortement accélérées en 2002, atteignant 894 milliards de dollars, soit 2,5 du PNB mondial selon l'Institut international de recherche pour la paix de Stockholm (SIPRI). Cela représente une hausse de 14 % par rapport aux dépenses de 1998, le plus bas niveau de l'après-guerre froide. Les États-Unis, la Chine, l'Inde et la Russie sont les plus gros dépensiers, une fois les devises converties à des taux de parité du pouvoir d'achat reflétant le volume réel de biens et services qui peuvent être achetés par chaque pays avec sa propre monnaie. Le SIPRI prévoit que la tendance à la hausse se poursuivra jusqu'en 2009 au moins. Ces propos sont rapportés dans le cahier spécial du numéro de janvier du Nouveau courrier de l'Unesco.

Et c'est la même tendance en 2003. Encore selon le SIPRI, les dépenses militaires atteignent les 956 milliards de dollars, l'équivalent de 2,7 % de la richesse mondiale, l'équivalent de 152 dollars par habitant dans le monde, soit 11 % de plus qu'en 2002.

Des dépenses militaires en hausse accélérée

Il y a lieu de nous demander pourquoi nous en sommes arrivés là alors que le début du troisième millénaire nous avait fait espérer un tout autre scénario, celui de la coopération et de la paix avec ses dividendes tant espérées pour soulager la misère de la majorité des habitants de la planète.

C'est très inquiétant quand on sait que les armements sont conçus pour servir les intérêts des pays riches et, la plupart du temps, pour tuer et détruire les établissements humains comme c'est le cas présentement en Afghanistan, en Irak et en Tchétchénie.

À l'heure actuelle, dans le monde, au-delà de 30 ogives nucléaires menacent la sécurité de l'humanité tout entière, puisque leur explosion pourrait détruire treize fois la planète.

Des exportations qui tuent massivement

En ce qui concerne les exportations d'armes, celles qui sont faites en Afrique, en Amérique latine, en Asie et au Moyen-Orient ont permis aux États-Unis, à la France et au Royaume-Uni, de dégager un revenu supérieur à celui de l'aide que ces trois États avaient versée à ces régions. Seize milliards de munitions sont produites chaque année, plus de deux balles pour chaque homme, femme ou enfant dans le monde. Plus de 500 000 personnes en moyenne sont tuées chaque année par des armes conventionnelles, une personne par minute. Dans le même temps, quinze nouvelles armes sont produites. «Les pays riches représentent 75 % des dépenses militaires mondiales mais seulement 16 % de la population», signale le SIPRI.

Le Canada continue de se préparer à la guerre

Le Canada suit de très près les pays les plus militarisés cités plus haut. En étant membre des alliances militaires du NORAD et de l'OTAN, le pays est condamné à suivre et à apporter sa contribution aux dépenses militaires de ces alliances et à réarmer ou surtout à surarmer non seulement le pays lui-même, mais aussi à fournir des armes et des pièces d'armement à tous les intéressés.

Le 14 avril dernier, des investissements majeurs ont été annoncés par le premier ministre Paul Martin et le ministre de la Défense d'alors, David Pratt. Selon le Globe and Mail, «la facture totale de l'ensemble des projets sera de quatre milliards, ce qui en fera le plus important investissement dans l'équipement de la Défense nationale depuis des lustres». Quatre nouveaux navires destinés au ravitaillement des troupes outre-mer, une flotte de 15 avions à voilure fixe destinées à la recherche et au sauvetage sur le territoire canadien et à l'accélération du projet de remplacement des vieux chars Léopard par un parc de véhicules à huit roues dit système à canon mobile (La Presse, le 14 avril 2004.)

Dans la suite des choses, une charmante invitation nous est adressée de participer au projet de bouclier antimissile si cher au président des États-Unis. Encore là, nous collaborerons à la consécration des Américains comme étant les maîtres absolus de la terre, des mers et de l'espace. Nous ferons notre effort et le Canada dira oui à ce projet selon les données rapportées.

Aujourd'hui, le 23 juillet, autre nouvelle transmise par la PC. Le Canada annonce son intention d'acheter 28 hélicoptères Cyclone pour renouveler la flotte composée d'appareils Sea King. Il s'agit d'une transaction de 1,8 milliard et des coûts de 3,2 milliards de dollars s'ajouteront à cette somme pour assurer l'entretien des hélicoptères durant les 20 années d'utilisation prévue (La Presse, le 23 juillet 2004).

Guerre ou paix

Les Canadiens ne veulent pas faire la guerre, mais pourtant ils ne cessent de se préparer. Ils ne la font pas officiellement, mais ils contribuent aux guerres menées par leur voisin. C'est ce que nous révèle en détail le numéro spécial du collectif Échec à la guerre paru en mars 2004, numéro qui contient une excellente analyse de la situation mondiale concernant «la guerre contre le terrorisme» et qui aborde plusieurs thématiques majeures: l'Irak sous occupation, les mesures antiterroristes, la conquête du monde et, le Canada dans tout cela? (Collectif échec à la guerre, 2004).

Dans son article consacré aux actions militaires du Canada, le collectif confirme que le Canada a réellement participé à la guerre en Irak malgré le refus officiel d'y participer. En fait, le pays a indirectement fourni plus de support aux Américains dans cette guerre que la plupart des 46 pays officiellement engagés dans la guerre, ce qui a valu au pays de recevoir des félicitations de l'ambassadeur des États-Unis au Canada, Paul Cellucci. Le Canada a participé à la guerre de la façon suivante:

- Plusieurs mois avant le début des hostilités en Irak, des planificateurs de guerre canadiens travaillaient avec le Commandement central à la base de MacDill, à Tampa.

- Le 11 février 2003, le ministre de la Défense informe avoir transféré 25 planificateurs de guerre au poste de commandement militaire au Qatar.

- En février 2003, le Canada prend la tête d'une force navale dans le golfe Persique. Officiellement, cette fonction est rattachée à l'opération antiterroriste Apollo, mise en place en octobre 2001, pour appuyer l'opération Enduring Freedom des États-Unis. À quelques mois des hostilités, le gouvernement canadien a décidé d'élargir cette mission. Au total, le Canada a utilisé trois navires de guerre, trois avions Hercules, deux aéronefs de patrouille maritime Aurora, 1300 personnes ainsi qu'une unité de soutien à la Force opérationnelle de la coalition basée à Tampa. Le Canada a donc protégé l'aviation américaine jusqu'aux côtes du Koweït pour que celle-ci largue ses bombes sur le peuple irakien.

- Le Canada a également appuyé le déploiement militaire pour envahir l'Irak, en consacrant d'importants moyens logistiques et militaires en Afghanistan.

- Les avions des États-Unis transportant des troupes à destination de l'Irak ont régulièrement fait escale à Terre-Neuve pour refaire le plein et changer d'équipage, au rythme de deux à trois vols par jour.

- Au plus fort de la guerre, on a révélé que 31 officiers canadiens participant à des programmes d'échange étaient engagés dans des zones de combat auprès d'unités américaines et britanniques.

- En 2004, en Afghanistan, c'est le lieutenant général canadien, Rick Hillier, qui tient les rênes de l'ISAF. En Irak, c'est maintenant le brigadier général canadien Walt Natynczyk — rattaché au 3e corps de l'armée des États-Unis à Fort Hood (Texas) en tant que général commandant adjoint — qui assume la deuxième plus haute fonction militaire au sein des forces d'occupation.

S'opposer à toute guerre

La militarisation du Canada n'est pas voulue par la plupart des habitants du pays. Au contraire, le discours dominant va plutôt dans le sens d'un désarmement et d'une augmentation des budgets consacrés à la santé et à la coopération internationale pour le développement durable. Pourquoi maintenir un arsenal militaire inutile, un arsenal qui, dans les faits, ne semble servir que les engagement belliqueux de nos voisins?

Ce spectacle, tant au Canada qu'ailleurs dans le monde, auquel on assiste est désolant, désespérant. La course aux armements a repris de plus belle et ses protagonistes principaux sont ceux qui ont un siège permanent au Conseil de sécurité de l'ONU et même un droit de veto sur toute décision d'importance névralgique pour l'avenir de l'humanité. Il faut donc dire non! haut et fort à tous ces projets qui s'inscrivent encore à l'intérieur des concepts de sécurité traditionnels et qui laissent peu de place pour celui de la sécurité commune ou coopérative, le concept à la base des engagements du Sommet du millénaire, du Consensus de Monterrey et du plan d'action du Sommet mondial pour le développement durable de Johannesburg.

La préparation à la guerre se poursuit non seulement aux États-Unis, mais dans tous les pays industrialisés qui assurent la production des armements et dans des dizaines d'autres qui continuent d'augmenter ou de moderniser leur arsenal. Dans ce contexte, il faut non seulement s'opposer à toute guerre, mais il est urgent de s'opposer à la production des armements et à leur commerce un peu partout dans le monde, travailler à la reconversion des usines d'armement et rendre les armées nationales inconstitutionnelles ou en modifier profondément le rôle et les missions. Quand les foules manifesteront en ce sens, on pourra penser qu'il sera possible de faire triompher la diplomatie préventive et oublier à tout jamais les conflits armés régionaux et les «interventions armées dites préventives».

En somme, le concept de sécurité commune ou coopérative à promouvoir dans toutes les instances est:
- Procéder au désarmement général et complet. Il s'agit du transfert de budgets de la défense vers les autres secteurs de l'économie et de l'arrêt immédiat de la production et de la vente de tous les types d'armes.
- Sauver la biosphère par la restauration des écosystèmes dégradés ou détériorés et la protection de la diversité biologique et des zones les plus productives de vie ainsi que la sauvegarde des espèces vulnérables, rares ou menacées d'extinction.
- Promouvoir le commerce équitable de biens et de services produits dans le respect des conventions internationales sur le travail et le commerce, biens et services utiles et accessibles à toute l'humanité.
- Promouvoir une gouvernance responsable et imputable. Une réforme en profondeur de la gouvernance mondiale est nécessaire afin de donner une voix réelle à toute la population mondiale dans le concert des nations de manière à ce que l'Occident qui ne correspond plus qu'à peine à 10 % des habitants de la planète, ne soit plus celui qui dicte la conduite et qui établisse par la force l'ordre mondial qui lui convient (Dufour, J., La Gouvernance, 2002).
- Enseigner et protéger les droits humains et les libertés fondamentales. Ces éléments se retrouvent, pour l'essentiel, dans la déclaration finale des sommets mondiaux cités plus haut. Lors de ces sommets, des stratégies ont été proposées pour diminuer l'extrême pauvreté et la misère dans le monde qui affligent plus de la moitié de la population mondiale (Nations unies, Plan d'application du Sommet mondial pour le développement durable, 2002). Les plans d'action se sont donné comme cible d'atteindre en 2015 certains objectifs comme réduire de moitié le nombre de pauvres et donner l'accès à l'eau potable pour le milliard d'habitants qui en sont privés. Il s'agit d'un appel lancé à tous les gouvernements du monde de se mettre à l'oeuvre et de relever le plus grand défi de l'humanité en ce début du troisième millénaire: sauver la biosphère et entreprendre le travail d'élimination de l'apartheid Nord/Sud. Seulement 10 % des dépenses militaires, pendant une décennie, permettraient d'atteindre ces objectifs.

- Centre de recherche sur la mondialisation: http://globalresearch.ca