Plan d'urbanisme de Montréal - Quelle place pour les personnes seules et itinérantes?

La proposition du Plan d'urbanisme de la Ville de Montréal soulève des préoccupations majeures pour le Réseau d'aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal (RAPSIM), et ce, tant sur le plan de la gestion de l'espace public que sur celui de la question du logement.

Premièrement, la question de l'espace public demeure un enjeu majeur pour les personnes sans abri. Lorsqu'on est un sans-abri, la majorité des activités quotidiennes se font dans l'espace public (manger, dormir, fumer, etc.), contrairement à l'ensemble de la population qui bénéficie d'un espace privé pour ces mêmes activités. Malheureusement, la présence des sans-abri et leurs activités dans cet espace ne sont pas toujours appréciées par l'ensemble des Montréalais et Montréalaises.

Depuis l'année dernière, le RAPSIM dénonce fortement la judiciarisation faite à ces personnes à travers l'opération Droits devant, une pratique de défense de droits des personnes marginalisées qui regroupe une trentaine d'organismes communautaires. Cette opération a justement démontré le caractère discriminatoire de la remise systématique de contraventions par la collecte de plus de 700 constats d'infraction.

Ainsi, lorsqu'il est question, dans le plan d'urbanisme, d'un cadre de vie assurant la sécurité, le bien-être et la quiétude des résidents favorisant l'épanouissement des individus et l'harmonie sociale, il est primordial que cette volonté s'inscrive dans le respect des personnes itinérantes qui sont, autant que toutes les autres, des Montréalais et des Montréalaises.

Le logement comme réinsertion

Deuxièmement, la question du logement social demeure une solution incontournable en vue d'une réinsertion durable pour les personnes seules et itinérantes ou à risque de le devenir. Depuis plusieurs années déjà, un grand nombre d'OSBL en habitation, membres du RAPSIM, offrent du logement social avec services de support communautaire dont le but est de favoriser la stabilité résidentielle de ces personnes et le développement d'habiletés nécessaires à l'insertion sociale.

Le programme AccèsLogis volet 3 aura permis la construction de plus de 589 unités de logement social qui leur sont destinées. Ce nombre constitue un gain important pour ces personnes, mais beaucoup reste encore à faire. Il est primordial que soit inclus, dans l'ensemble des unités de logement prévues dans le cadre du Plan d'urbanisme, une part importante de logements sociaux et qu'une partie de ceux-ci soit réservée pour les personnes seules et itinérantes ou à risque de le devenir.

Troisièmement, la question des maisons de chambres sur le territoire de la Ville de Montréal est fortement préoccupante, compte tenu du peu de volonté de la Ville à mettre en place des solutions afin que soit protégé le restant du bassin de ces maisons. Ces chambres sont, en grande majorité, occupées par des personnes seules à très faible revenu.

Étant donné l'état actuel de certains immeubles à chambres, bon nombre de locataires ont échoué dans la rue et d'autres continueront d'y basculer. La Ville doit mettre en place des mesures qui incitent les propriétaires à rénover leurs immeubles et qui empêchent la transformation de ces maisons de chambres en condominiums. La Ville doit même prévoir un budget de rachat permettant à des OSBL d'habitation de gérer ces immeubles afin d'offrir un milieu de vie de qualité aux locataires.

Le Plan d'urbanisme que nous propose actuellement la Ville de Montréal vise des objectifs ambitieux. [...] Mais la qualité de vie d'un grand nombre de citoyens ne doit pas se faire au détriment des personnes les plus démunies de notre société. Bien au contraire, la qualité de vie s'adresse à tout un chacun, sans regard au statut personnel ni aux avoirs personnels.