Lettres: Niagara-on-the Lake

On le sait tous; l'endroit est un lieu archi-connu pour cimenter des unions! Choisir cet emplacement pour y célébrer un mariage constitue en effet un cliché qui peut friser parfois le ridicule.

Le choix de la «Mecque canadienne de l'amour» pour réunir les premiers ministres provinciaux relève-t-il de l'espoir d'y faciliter l'établissement d'un front commun contre Ottawa dans le dossier de la santé? Espérons que non, car on nagerait alors en plein ésotérisme, trahissant du même souffle la division, voire le divorce imminent qui guette les membres du Conseil de la fédération.

Car aucune union digne de ce nom n'a pu être observée au sortir des discussions. Les lézardes sont béantes au sein de l'instance interprovinciale. Des dirigeants provinciaux ne s'opposent pas aux visées centralisatrices d'Ottawa en matière de santé. Le gouvernement fédéral représente, à leurs yeux, l'État national devant lequel il faut obtempérer. Dalton McGuinty, premier ministre de l'Ontario, représente probablement l'allié le plus docile du gouvernement canadien. Son influence atteint l'ensemble des premiers ministres de l'Atlantique ainsi que celui de la Colombie-Britannique. D'autres suivront probablement, intimidés par la province la plus influente dans le gouvernement minoritaire de Paul Martin.

Le premier ministre du Québec, Jean Charest, aimerait bien se joindre à ce groupe. L'ennui, c'est que cette abdication devant Ottawa amènera d'autres Québécois à choisir le camp souverainiste, éblouis par la résistance bloquistes aux Communes. Le chef libéral provincial fait donc le dos rond au risque de s'isoler et de voir «son» Conseil de la fédération s'effondrer. La rupture avec ses homologues provinciaux, une de plus, ne fera que solidifier la conviction des Québécois que l'obtention d'un accord unanime entre les provinces relève du miracle. Rien de bon pour attiser la foi fédéraliste au Québec.

Quelle perte de temps, finalement, que ces réunions où les différences ressortent un peu plus à chaque exercice. Elles ne font que paralyser le règlement de litiges urgents comme la question du sous-financement du système de santé. L'Assemblée nationale a tellement mieux à faire que ce surplace navrant. La frustration qui découle de ce gaspillage d'argent et d'énergie ne connaîtra pas de dénouement prochain, au contraire! La grogne sera plus virulente encore lorsque l'échec des négociations dans le dossier du déséquilibre fiscal aura été confirmé. Encore des tractations épuisantes où la dissension, encore là, sera difficile à camoufler.

Rien ne semble vouloir se régler dans cette fédération. Compliquées y sont les négociations qui n'aboutissent que partiellement, beaucoup plus tard, et souvent sur le dos des provinces, faute de consensus contre Ottawa. Il n'y a pas eu de noces à fêter le 30 juillet dernier, à Niagara-on-the-Lake. Le Québec y a perdu son précieux temps encore une fois. Il y en a marre de se livrer à ce petit jeu de faire plaisir aux autres, au risque d'y abandonner des compétences.

Lucidement, le divorce apparaît être la solution la plus réaliste à retenir pour le Québec et le Canada. De toute manière, avouons que les mariages de raison n'ont plus leur place, au XXIe siècle.