En réaction à une caricature

«Votre publication d’une telle représentation est d’autant plus inquiétante que les juifs québécois font face à une montée en flèche d’antisémitisme», écrit Eta Yudin.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir «Votre publication d’une telle représentation est d’autant plus inquiétante que les juifs québécois font face à une montée en flèche d’antisémitisme», écrit Eta Yudin.

La publication dans notre édition du mardi 25 mai 2021 d’une caricature de Godin montrant un soldat israélien personnifiant l’État d’Israël, le genou sur le cou d’un civil palestinien couché au sol, a provoqué une vague de mécontentement importante dont Le Devoir prend acte. L’image-choc, publiée un an après le décès de George Floyd, et utilisée pour illustrer l’iniquité dans les rapports de force, a heurté la communauté juive. Nous publions aujourd’hui quelques-unes des nombreuses réactions qui ont suivi la diffusion de la caricature.
  Une déformation grossière

La caricature de Godin est une déformation grossière de la réalité et établit un parallèle terrifiant et faux avec le meurtre horrible de George Floyd.

Votre publication d’une telle représentation est d’autant plus inquiétante que les juifs québécois font face à une montée en flèche d’antisémitisme. Depuis des semaines, les membres de notre communauté font l’objet de menaces, de vandalisme et de violence, ici même dans nos rues.

Le silence du Devoir à ce sujet est encore plus percutant que cette horrible caricature.

Les images valent mille mots, mais le silence en vaut bien davantage.

Ce n’est pas le Montréal que nous connaissons et chérissons, ni le Devoir lucide et honnête auquel nous sommes habitués.

Eta Yudin 
Vice-présidente, Québec, Centre consultatif des relations juives et israéliennes (CIJA)

 

Un faux lien avec Floyd

Le matin du 25 mai, j’ai été profondément heurté par la caricature publiée. Cette caricature et les hashtags qui y sont associés créent un faux lien entre le conflit israélo-palestinien et le cas de George Floyd.

Cette caricature incite la communauté à prendre parti de manière unilatérale contre l’armée israélienne et Israël.

De plus, vous utilisez l’anniversaire de décès de George Floyd à des fins politiques et de propagande.

La famille de George Floyd ne voudrait certainement pas cela. Vous lui associez une cause qui n’est pas la sienne.

Finalement, votre caricature décrit l’armée israélienne comme un oppresseur sanguinaire, alors qu’elle démontre énormément de retenue et d’humanisme dans ses interventions militaires. Le Hamas a une grande part de responsabilité dans les souffrances du peuple palestinien.

Ce genre de caricature a été recyclé depuis des dizaines d’années, mais n’a rien amené concrètement aux Palestiniens et aux Israéliens qui vivent les conséquences d’une guerre qui ne finit plus. Celles-ci polarisent la société par rapport au conflit.

Si nous voulons réellement changer les choses en mieux, pourquoi ne pas partager une caricature de paix et d’amour ? Peut-être un Israélien et un Palestinien de la communauté LGBTQ qui s’embrassent ?

Ce sont des scènes fréquentes entre arabes et juifs en Israël. La paix est possible. Ce n’est malheureusement pas le narratif que les médias souhaitent publier.

Avez-vous succombé à la pression des islamistes qui ont terrorisé Charlie Hebdo et vous préférez leur faire plaisir ?

Honte à vous !

Yaniv Cohen Scali

 

Propagande mensongère

Je désire vous faire part de mon profond dégoût pour cette caricature qui compare la violence exercée et le meurtre d’un citoyen américain non armé par la police à l’armée israélienne face aux terroristes du Hamas.

Cette analogie est totalement erronée et ne sert qu’à faire la promotion d’un discours haineux.

Comment peut-on comparer un citoyen non armé sauvagement arrêté à des terroristes armés qui non seulement attaquent des civils  hommes, femmes et enfants israéliens —, mais se cachent derrière d’autres civils  hommes, femmes et enfants innocents palestiniens.

Il est probablement inutile de mentionner que l’armée israélienne est la plus éthique au monde. Malgré les plus de 4000 roquettes reçues sur la population civile israélienne (écoles, garderies, hôpitaux, entreprises et résidences privées israéliens) elle réplique uniquement par des attaques ciblées pour tenter de diminuer l’armement des terroristes du Hamas. Elle avertit par SMS, appels téléphoniques et feuillets, et donne 1 heure pour quitter les lieux qui sont visés, car il y a des armes et des terroristes.

Mais je ne vous apprends rien de nouveau ! Vous savez pertinemment la vérité. Vous propagez délibérément des mensonges pour promouvoir la rhétorique propalestinienne.

Vous faites usage d’une image (celle de George Floyd) qui a scandalisé le monde par son injustice et son racisme pour établir le même parallèle.

Je ne m’attarderai pas à vous éduquer sur l’histoire et la réalité d’Israël… C’est votre rôle et devoir auquel vous manquez gravement !

Il existe une mince ligne entre la liberté d’expression et la propagande antisémite où tous les maux sont attribués aux juifs !

Vous nous avez démontré une fois de plus, à nous, vos lecteurs québécois francophones, votre manque d’éthique et impartialité journalistique.

Cependant, il est de notre devoir de dénoncer avec force ce genre de propagande mensongère qui ne sert qu’à attiser la haine et à promouvoir l’antisémitisme déjà en flèche à travers le monde, et particulièrement à Montréal.

Kim Bensimhon

 

Antisémitisme quotidien

Votre caricature démontrant un soldat (israélien) agenouillé au cou d’un homme (palestinien) évoque l’antisémitisme qui se manifeste quotidiennement dans les médias au Moyen-Orient. Je suis outré que Le Devoir ait publié cette image, spécialement lorsque des actes antisémites odieux sont rapportés actuellement à Montréal. Cette caricature perpétue le mythe que l’État hébreu est l’agresseur, et que les Palestiniens sont les victimes. Rien n’est plus éloigné de la vérité. J’ai une meilleure idée : au genou du soldat, on devrait lire « HAMAS ».

J’ai honte que Le Devoir ose attiser la haine contre la communauté juive.

​Clifford Mardinger