Jean-Paul Mousseau, un pionnier de l’art abstrait dans le métro

«
Photo: Jean Gagnon Creative Commons «"Cercles" est composée de 6 grands cercles et de 48 petits cercles (31 ont été conservés) contenant des briquettes de céramique vernissée qui font vibrer la station Peel d’une palette de couleurs chatoyantes», écrit l'autrice.

C’est avec beaucoup d’intérêt que j’ai lu l’article de Catherine Lalonde dans votre édition du 22-23 mai dernier sur les œuvres d’art public dans le métro de Montréal, et celles à venir dans le futur REM.

J’aimerais apporter un complément d’information à cet article qui stipule que la seule œuvre abstraite qui a trouvé sa place dans le réseau initial du métro de Montréal est Verrière, un vitrail de Marcelle Ferron situé dans l’édicule du métro Champ-de-Mars.

Or, une seconde œuvre abstraite a réussi à trouver sa place dans le réseau initial. Il s’agit de Cercles de l’artiste multidisciplinaire automatiste Jean-Paul Mousseau, située à l’intérieur de la station Peel. Cercles est composée de 6 grands cercles et de 48 petits cercles (31 ont été conservés) contenant des briquettes de céramique vernissée qui font vibrer la station Peel d’une palette de couleurs chatoyantes.

Comme le souligne Catherine Lalonde dans son article, l’art abstrait fait figure d’exception dans la réseau initial du métro de Montréal puisque Robert LaPalme, son premier directeur artistique, privilégiait des œuvres figuratives illustrant l’histoire de la Ville de Montréal.

C’est grâce à la complicité de la firme d’architectes responsable de la station Peel (Papineau, Gérin-Lajoie, et LeBlanc) que Mousseau a réussi à intégrer cette œuvre abstraite, puisque la firme a commandé directement l’œuvre à l’artiste, contournant ainsi l’aval de son directeur artistique de l’époque.

Donc, ce sont donc deux œuvres abstraites qui ont fait partie du réseau initial du métro de Montréal : Verrière, de Marcelle Ferron dans l’édicule de la station Champ-de-Mars, et Cercles, de Jean-Paul Mousseau. Soulignons que ces artistes sont tous deux cosignataires du manifeste du Refus global rédigé par Paul-Émile Borduas en 1948, un texte inscrit dans la mémoire collective de l’histoire sociale et littéraire du Québec.

La suite de l’histoire mérite d’être racontée.

Après le départ de Robert LaPalme comme directeur artistique du métro de Montréal, c’est nul autre que Jean-Paul Mousseau qui lui succède. Il occupera cette fonction jusqu’au milieu des années 1980, influençant ainsi l’ensemble des œuvres des prolongements du métro. Sous sa gouverne, les œuvres d’art abstrait dans l’espace public du métro se multiplient. Lui-même contribuera à la réalisation de trois d’entre elles : Murales (1976), composée de deux murales qui se font face en espace négatif en céramique bleu et rouge vif sur les murs de l’escalier reliant la mezzanine aux quais à la station Honoré-Beaugrand ; Opus 74 (1976) dans l’édicule du métro Viau — une œuvre fabriquée de carreaux de céramique turquoise et jaune — évoquant le mât du stade et la flamme olympique, et Murale (1976) au métro Square Victoria-OACI, une œuvre vibrante faite de plastique laminé et de verre trempé composée de 11 rayures verticales jaunes et vertes, et agrémentée d’un motif triangulaire stylisé.

On doit aussi à Jean-Paul Mousseau une pièce maîtresse du patrimoine culturel québécois : la murale Lumière et mouvement dans la couleur (1961-1962) à l’entrée du siège social d’Hydro-Québec à Montréal. Cette œuvre magistrale faite de résine colorée et de fibre de verre est illuminée au moyen d’un système d’éclairage placé derrière constitué de 1280 mètres de tubes au néon de 8 couleurs différentes. Les jeux d’éclairage se chevauchent pour multiplier les effets et les coloris presque à l’infini.

Les œuvres de Jean-Paul Mousseau dans l’art public se retrouvent aussi au Collège Notre-Dame, à l’extérieur de l’école Régina-Mundi, au Centre d’art d’Orford, aux aéroports de Montréal et dans plusieurs tours à bureaux de Montréal.

Jean-Paul Mousseau est décédé le 7 février 1991 à l’âge de 64 ans. L’année 2021 marque le 30e anniversaire de sa mort. Il ne faudrait surtout pas l’oublier.

À voir en vidéo