BAnQ, notre autre Caisse de dépôt

BAnQ contribue à la cohésion de vastes domaines de l’activité économique et sociale de la culture, dont notamment ceux des archives privées et des bibliothèques publiques, estime l'auteur,
Photo: Olivier Zuida BAnQ contribue à la cohésion de vastes domaines de l’activité économique et sociale de la culture, dont notamment ceux des archives privées et des bibliothèques publiques, estime l'auteur,

BAnQ est une incontestable réussite de notre politique culturelle. Près de quarante millions d’usagers ont franchi les portes physiques de la grande Bibliothèque du Québec depuis son ouverture en 2005. On a estimé à près de 80 millions le nombre de visites effectuées sur les plateformes numériques de BAnQ. Consortium intelligent, BAnQ fédère trois de nos grandes institutions culturelles : les archives nationales (AN), la bibliothèque nationale (BN) et la grande bibliothèque du Québec (GB).

La première contient notre capital historique cumulé dans les siècles ; la seconde, notre capital de créations effectuées ici depuis les origines et la GB, un capital de ressources donnant accès au savoir tel qu’il se fait ici et dans le monde. Accessibles gratuitement et universellement, ces « capitaux » constituent une vraie réserve de richesses, notre autre Caisse de dépôt.

En plus d’assurer la conservation de notre patrimoine immatériel et sa disponibilité, nos trois institutions partagent leur savoir professionnel et technologique à plus de 5000 partenaires des secteur privé et public. Ce faisant, BAnQ contribue à la cohésion de vastes domaines de l’activité économique et sociale de la culture, dont notamment ceux des archives privées et des bibliothèques publiques.

Un salut chaleureux à ceux et celles qui ont voulu ces institutions, qui ont assuré leur développement et qui les ont dotées, en les fédérant, d’une masse critique qui les fortifie.

L’effort actuel est apprécié. Cependant, il doit être accru pour que BAnQ complète et réussisse son passage à l’ère numérique. Il s’agit de l’entrée irréversible dans un nouveau système de création, de conservation et de transmission du savoir, aussi du bon usage des millions de données générées par ses opérations. Il s’agit de contribuer à la nécessité pour le Québec de prendre sa place comme communauté distincte produisant savoir et culture, en langue française.

Pour devenir pleinement une institution du troisième millénaire, offrir un service cinq étoiles aux Québécois et contribuer à l’expansion de l’espace numérique francophone mondial, thème du prochain sommet de la Francophonie, BAnQ a besoin de ressources additionnelles pour les tâches complémentaires suivantes : renouvellement de ses infrastructures numériques dont plusieurs sont obsolètes ; garanti du maintien de ses équipes de numérisation ; déploiement d’un dépôt numérique fiable et passage accompli à l’infonuagique ; inclusion de la production numérique dans notre dépôt légal pour assurer la conservation. À ce sujet, le Québec accuse un retard sur la quasi-totalité des pays de l’OCDE. Enfin, mise à niveau de la loi prénumérique des archives nationales et enrichissement des capacités de son bureau d’expertise au service de centaine de ministères et d’organismes publics. Autrement l’embâcle prévisible sera monstrueux.

Sans cette contribution enrichie, l’offre de BAnQ perdra de son attraction, les plus jeunes notamment trouvant ailleurs, en un clic et dans d’autres langues que la nôtre, ce qu’ils cherchent. Une même volonté politique que celles qui ont prévalu lors de la construction de la grande Bibliothèque doit prévaloir pour édifier BAnQ numériquement. Cette édification est sans équivalent dans nos institutions compte tenu de l’ampleur et de la multitude des tâches à accomplir. Peut-on imaginer un engagement conjoint des partis politiques concernant la mutation technologique de la plus importante institution culturelle du Québec ? BAnQ ne porte-t-elle pas, outre celle de Lise Bissonnette, les signatures de Lucien Bouchard et de Jean Charest ? N’a-t-elle pas bénéficié de l’intervention de François Legault pour stopper sa décroissance programmée ?

Remarquable pour ce qu’elle conserve et crée, BAnQ fait le lien entre notre histoire accomplie et celle qu’il nous faut accomplir. Elle répond aux attentes des millions de Québécois qui la fréquentent en nombre croissant. Au cœur d’un vaste dialogue des Québécois avec les savoirs du monde, elle est aussi l’une de nos plus importantes vitrines internationales. Tels sont les précieux rendements de notre autre caisse de dépôt.

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