Lettres: De quoi s'agit-il?

L'égal accès pour tous et toutes à des services de santé d'égale efficacité et d'égale qualité est un droit fondamental, dont le principe doit être une fois encore proclamé — sans arrière-pensée et avant toute autre considération — dans le nouveau cycle de négociations sur l'avenir du système publique d'assurance-maladie au Canada qui s'amorcera dans le cadre d'une conférence publique des premiers ministres, en septembre 2004.

Les considérations d'économie et de finances publiques, de respect pour la séparation des pouvoirs et de l'autonomie provinciale dans le domaine de la santé, voire les visées de souveraineté, ne devraient en aucun cas mettre en question ni en péril un tel principe de droit pour tous. Le Canada et les provinces, dont le Québec, se sont engagés à rendre effectif ce droit à la santé pour tous en adhérant au Pacte international sur les droits économiques, sociaux et culturels. Une avancée fondamentale pour un développement durable pour tous fondé sur l'égale dignité de tout être humain. L'engagement à respecter et à mettre en oeuvre toujours mieux la santé pour tous n'est pas une soumission des provinces à un diktat fédéral, mais une commune adhésion à un principe de droit universel. Nous sommes en droit de nous attendre à ce que l'autonomie provinciale dans le développement de politiques et de services de santé ne remette pas en question ces acquis.

La participation des citoyens et des citoyennes — les premiers responsables de leur santé — dans le développement des services de santé, bénévolement ou autrement, est à promouvoir et à rechercher. Le bien public ne peut exister sans engagement citoyen. Dans le domaine de la santé, de l'environnement, comme ailleurs, il y a des économies à faire en pensant davantage «prévention», «entraide» et «souci des autres» que «consommation» et «satisfaction» avant tout de ses besoins personnels, si urgents soient-ils. Sans jeu de mots, on doit se rendre compte et accepter effectivement le fait que le droit pour tous ne peut jamais faire l'économie de la participation engagée de chacun au bien pour tous, quels que soient les moyens et les habiletés de chaque individu. Mais cela ne doit pas se faire par l'établissement d'un système de santé (ou d'éducation ou de culture, selon ce dont il est question) à deux vitesses, l'un privé, l'autre public. Ni en accordant sans discussion ni considération du bien commun la priorité toujours à la plus haute technologie et aux services les plus coûteux. La participation des citoyens et des citoyennes à un système public d'assurance-maladie au Québec et au Canada implique également un engagement réel de tous les professionnels de la santé à cet égard. Le Réseau des nouveaux professionnels de la santé au Canada (RNPS), qui demande à Ottawa et aux provinces de mettre de l'eau dans leur vin, doit inviter ses membres à mettre eux aussi de l'eau dans leur vin et à affirmer leur adhésion au droit à la santé pour tous. Mais il faut avant tout que tout le monde soit clair: cette eau dans le vin dont on peut avoir besoin dans le domaine de la santé, à cause du vieillissement de la population, de l'accroissement du coût des produits pharmaceutiques ou autrement, ne doit jamais signifier quelque coupure que ce soit dans le droit à la santé pour tous.