Libre opinion: Solutions de rechange aux problèmes du système de santé

En réaction à l'article de M. Simon Turcotte, paru dans Le Devoir du 20 juillet dernier, nous faisons état des travaux du comité de travail sur la santé mis en place par le Conseil de la coopération du Québec depuis un an.

D'entrée de jeu, précisons que le comité de la santé partage entièrement les constats de M. Simon, plus précisément lorsqu'il fait état du fait que, dans le domaine de la santé, «le modèle commandé d'en haut [...] est dépassé», constats selon lesquels le secteur privé n'est pas la panacée aux problèmes de nos établissements de santé. Conséquemment, M. Simon appelle les intervenants à faire preuve d'innovation dans le domaine de la santé, ce qui motive la présente réaction.

Ainsi, en réponse aux problèmes structuraux que nous rencontrons dans le domaine de la santé au Québec et après avoir constaté qu'il existe des initiatives novatrices appliquées dans certaines communautés, ce comité travaille à concevoir et à expérimenter des modèles de rechange dans le domaine de la santé.

L'analyse posée par le Conseil de la coopération doit nécessairement être envisagée dans une perspective globale qui inclut toutes les dimensions de la vie des personnes, y compris celle de pouvoir opérer des choix sur la gestion des activités qui touchent à leur santé. En ce sens, la prise en charge de la gestion de leur santé par les membres des collectivités, réunis en coopératives, répond aux besoins réels, sur une base participative, démocratique et égalitaire, tout en favorisant une meilleure santé collective.

Ce n'est certes pas un hasard si, dans le domaine de la santé, les appels au changement se font de plus en plus pressants et que l'on doive se pencher sur des modèles de gestion novateurs. La problématique de la santé est bien documentée: crise financière de l'État, lourdeur et complexité du système de santé, phénomène de vieillissement de la population. Mais on connaît moins bien les initiatives novatrices expérimentées dans certaines localités, qui reposent sur des constats tout autres, notamment la volonté et la capacité des citoyens d'accroître leurs capacités d'action en prenant en charge la gestion collective de leurs services de santé. Cette volonté collective se double de la volonté des praticiens de la médecine d'humaniser leurs pratiques et de se départir des tâches administratives pour être en mesure de mieux se pencher sur les besoins de leurs patients.

Le Québec: terroirs fertiles en innovations

Depuis une quinzaine d'années, des collectivités innovent pour répondre adéquatement à leurs besoins, par exemple en créant des coopératives de services à domicile et des cliniques de santé, qu'il s'agisse de médecine douce ou traditionnelle. Ces initiatives abordent la santé de façon globale en intégrant différents types de services.

Une expérience a été davantage remarquée à Saint-Étienne-des-Grès, une municipalité de 4000 habitants située à 20 km de Trois-Rivières. Les citoyens réunis en coopérative décidaient, en 1995, de gérer un ensemble de services (médecine, soins dentaires, pharmacie, psychologie, physiothérapie). L'investissement financier requis, de 850 000 $, était soutenu par la Caisse populaire locale, en plus d'un apport de la municipalité sous la forme d'exemption de taxes sur les services pour les 50 prochaines années. En 1999, le nombre d'usagers membres atteignait 12 000, pour s'élever à 15 000 cette année. De plus, pour répondre aux besoins locaux, la coopérative a ajouté à ses activités la gestion d'un centre d'hébergement pour personnes âgées. D'autres initiatives ont suivi, toutes avec leurs particularités, dont celles situées à Saint-Cyrille-de-Wendover, La Corvée de Saint-Camille, et, l'an dernier, Saint-Thècle et Aylmer.

Ces innovations ne se font pas en vase clos, bien au contraire: elles ouvrent la porte à des ententes avec les instances déjà en place, notamment les GMF actuellement en formation. Conséquemment, cette nouvelle façon de répondre aux besoins des personnes suppose aussi une connivence et une convergence avec les instances de santé, particulièrement avec les Agences régionales. Cette intégration constitue un facteur clé de réussite du modèle participatif en santé, qui se double de la nécessaire mobilisation des citoyens soutenue par quelques leaders locaux. L'appui de la caisse populaire et celui des élus municipaux se sont avérés être des incontournables dans la réussite du projet. Un autre facteur de réussite a trait à la nécessité de se donner une vision à moyen terme. À l'image des services de chaque projet, diversifiés et bien ancrés dans les réalités, ce modèle novateur ne doit pas tomber dans le panneau d'une mise en place à tout crin. L'exercice de la démocratie participative locale dans laquelle s'inscrit ce modèle exige du temps pour que ses racines locales constituent le gage de sa pérennité.

Ce potentiel d'innovation a aussi été exploité par d'autres pays. En juin dernier, l'Alliance coopérative internationale (ACI) a tenu un colloque sur la présence coopérative dans le domaine de la santé. Des représentants japonais, suédois, espagnols, en plus de ceux en provenance du Québec et de la Saskatchewan, faisaient alors état des façons dont la population peut s'approprier les différentes facette de leur santé par la coopération. La richesse des expériences présentées tient à ce que les modèles conçus correspondent aux particularités de chaque pays, alors qu'ils reposent sur une formule coopérative laissant toute la latitude et la souplesse voulues pour répondre aux divers besoins en matière de santé, dans une approche associant les citoyens.

Ni privée, ni publique, une autre voie, pour faire autrement

La coopération comme levier de développement local et régional a fait ses preuves au Québec, d'abord dans le domaine des institutions financières, du développement agricole et forestier, et ensuite dans d'autres domaines, dont les services à domicile, la câblodistribution, les communications, etc.

La participation citoyenne inscrite dans les valeurs coopératives de démocratie et d'égalité devra aussi trouver sa place, ce qui suppose un nécessaire partenariat entre toutes les institutions qui composent notre société. Car tout se passe comme si la complexité de la situation contraignait notre imaginaire à ne pas sortir de l'impasse et nous figeait sur une solution limitée aux deux seules possibilités que sont soit le privé, soit le public, sans plus. Pourtant, il existe des expériences autres, fondées sur l'intelligence collective, qui méritent un coup d'oeil attentif. En ce sens, le comité de la santé du Conseil de la coopération du Québec entend bien enrichir la recherche de solutions dans le domaine de la santé en empruntant une voie plus audacieuse, mais sûrement moins sclérosée.