Religieux, religieuses du Canada, que sont-ils devenus?

La mémoire collective est puissante: les images de ce qu'ont été les personnes et les institutions s'impriment sur de grandes toiles devenant progressivement les précieux tableaux d'un héritage commun.

Ainsi, les soeurs, les frères et les pères, toutes familles religieuses confondues, évoquent pour plusieurs d'entre nous ces maîtres d'école qui ont transmis à des cohortes d'enfants la langue, l'histoire, les façons d'être et de faire d'une époque donnée. Pendant ce temps, d'autres besognaient, par mission, par amour, et sans compter les heures, dans diverses institutions au service des personnes nécessiteuses: hôpitaux, services sociaux, ou ce simple geste envers telle personne qui momentanément avait besoin d'aide. Sonner à la porte d'un couvent, c'était avoir l'assurance d'une réponse!

Soutanes remisées au profit d'une adaptation souhaitée de toute part, il fallait que l'engagement de ces «consacrés à Dieu» continue de faire entendre la raison de leur choix, cet Évangile qui donne à penser que vivre ensemble sur cette Terre, c'est partager le lieu immédiat de la réalisation du désir de Dieu: la vie éternelle (Jn 6, 40). Au fil des ans, les institutions qui ont marqué l'histoire des communautés de chez nous ont été remises à d'autres; les religieux et religieuses sont devenus moins visibles, mais non moins actifs. Où sont-ils donc et que font-ils?

Ils agissent, certes, là où la gloire consiste à se battre pour survivre. Ces religieux et religieuses ont beau être plus courbés qu'avant, le pas ralenti, le souffle court, ils ont appris à s'arrêter, à regarder tout autour à la recherche de ce qui mérite un appui, une présence, un coup de main. Alors, on les retrouve là où le coeur de la vie des petites gens bat fort: ces centaines de mouvements et de regroupements qui tentent de soutenir la marche des plus pauvres. On voit ces visages «s'énergiser» lorsqu'il faut appeler nos gouvernants à agir avec justice. On les reconnaît — même sans habits — lorsque l'humanité des uns ou des autres est bafouée. Et que dire de cette image qui noue encore le fil de l'histoire à la passion des êtres humains: ces bonnes vieilles soeurs assises avec des tout-petits, après la classe, croyant aux bienfaits de cette nouvelle occasion de rencontre et de transmission entre les générations qu'est devenue l'aide aux devoirs.

Eh oui, les religieux et religieuses sont toujours là! Plus de 22 000 présents et oeuvrant en sol canadien. Que font-ils? Ils gardent simplement les yeux ouverts, aiment la vie, écoutent attentivement les gens qu'ils rencontrent et essaient de collaborer pour que notre monde soit plus juste et plus beau. Parlez-leur de la Terre, de la beauté de la création, de l'environnement et vous verrez leurs yeux briller. Les communautés sont de grandes familles internationales: 22 000 religieux au Canada, mais combien d'autres dans tous ces pays qui ont tant à nous apprendre parce qu'ils luttent pour exister et être reconnus dans leur diversité? Les religieux et religieuses sont aussi témoins des saisons de l'évolution d'un monde désormais épris de grands ensembles, mais combien peu soucieux de la vie dans sa plus simple expression.

Écouter le cri de la vie

Et que dire? Les religieux et religieuses sont là, regardant ce qui se passe, écoutant le cri de la vie, participant, à la force de leurs moyens, au mieux-être de l'existence et priant. Oui, priant! Ce sont d'abord et avant tout des êtres dont le regard est saisi par Dieu. Ils sont dans les monastères de campagne et de ville, déambulant sur les grandes rues des cités ou arpentant sans cesse ces quartiers qu'ils connaissent par coeur, semant simplement des «bonjours» qui unissent et humanisent. Ils sont là comme des sentinelles, des hommes et des femmes de l'attente, nourris par une foi profonde qui leur rappelle que Dieu habite ce monde avec nous. Leur espérance est simple et belle: voir sourire un enfant, rencontrer des hommes et des femmes qui s'aiment, constater que les jeunes sont toujours les bâtisseurs de demain, participer à la sagesse des générations montantes qui transmettent encore le meilleur de ce qu'elles ont acquis, reconnaître ces nouvelles façons de nommer Dieu et réunir tous ceux et celles qui ont le goût de Le connaître, L'aimer et Le servir.

Les religieux, religieuses, que sont-ils devenus? Où sont-ils? Là où la vie suit son cours, là où l'Église de Jésus-Christ se construit, là où il est encore permis de fredonner avant de prendre la parole...

En hommage à mes prédécesseurs, hommes et femmes donnés à Dieu, en cette année du 50e anniversaire de la Conférence des religieux et religieuses du Canada.