Les vaccins contre la COVID-19 sont un bien commun de l’humanité

Le programme COVAX, destiné aux pays à faible revenu, a montré ses limites.
Mamyrael agence France-Presse Le programme COVAX, destiné aux pays à faible revenu, a montré ses limites.

En tant que membres du Centre international de solidarité ouvrière (CISO) et du Réseau intersyndical pour le climat, nos organisations ont uni leurs voix afin d’en appeler à refonder notre économie, suite à la crise, sur des bases plus justes et plus viables. Nous reconnaissons de plus la nécessité de nous attaquer collectivement aux causes de la crise climatique et de la crise sanitaire, qui sont à plusieurs égards les mêmes. Dans le contexte d’une inégalité vaccinale extrême, c’est en ce sens que nous demandons au gouvernement canadien d’appuyer la suspension des droits de propriété intellectuelle des compagnies pharmaceutiques pour les vaccins contre la COVID-19 en sol canadien, tout comme au sein des organisations internationales pertinentes. En particulier, l’Organisation mondiale du commerce (OMC) sur les aspects des droits de propriété intellectuelle qui touchent au commerce (ADPIC), et l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Nous demandons de partager les doses de vaccins excédentaires qu’il a réservées dès maintenant avec la grande majorité des pays qui n’y ont toujours pas accès.

À ce jour, selon l’OMS, sur les « 832 millions de doses de vaccin administrées, 82 % sont allées à des pays à revenu élevé ou intermédiaire supérieur, tandis que seulement 0,2 % a été envoyé aux pays à faible revenu. Rien que dans les pays à revenu élevé, 1 personne sur 4 a reçu un vaccin, un ratio qui chute à 1 sur 500 dans les pays plus pauvres ». Le programme COVAX, normalement destiné aux pays à faible revenu, a montré ses limites dû à une tendance au « nationalisme vaccinal », une compétition effrénée de chaque pays pour accéder au plus grand nombre de doses de vaccin, souvent plusieurs fois leur population. Peinant à remplir ses réserves il n’a livré que 49 millions de doses dans 121 pays et territoires, contre un objectif de 2 milliards en 2021. Pragmatiquement, ces graves inégalités vaccinales — on parle même d’un « apartheid vaccinal » — représentent un risque énorme pour la santé à long terme de l’ensemble de la population mondiale. Éthiquement, faire primer le profit sur la vie d’une majorité de l’humanité ou accumuler les vaccins en observant les corps s’empiler et la détresse et le chaos s’installer dans certains pays comme l’Inde est tout simplement criminel et immoral.

Le Canada peut encore jouer un rôle de chef de file international, tout comme le demandent l’Inde, l’Afrique du Sud et plusieurs autres États, en limitant le monopole qu’il attribue aux compagnies pharmaceutiques par les brevets sur son sol et en faisant valoir la nécessité de considérer internationalement les vaccins contre la COVID-19 comme étant des biens communs. Rappelons d’ailleurs que la recherche et le développement pour ces vaccins ont été amplement financés par les fonds publics, permettant les profits faramineux de ces compagnies.

Cet assouplissement des normes de propriété intellectuelles en situation d’urgence serait conforme au sens de la Déclaration de Doha sur la santé publique et permettrait de partager les savoirs techniques détenus par les compagnies pharmaceutiques, permettant de reproduire les vaccins et de les produire de manière massive dans les pays où les capacités techniques sont accessibles en en limitant les coûts. Les États-Unis se disent d’ailleurs prêts dans une certaine mesure à remettre en cause les droits de propriété intellectuelle face à l’urgence d’agir pour sauver des vies.

Plus que jamais, la pandémie nous montre cruellement mais salutairement notre interdépendance et l’importance de concevoir les droits comme interdépendants et universels. Le Canada se doit de faciliter le partage des vaccins, il s’agit d’une question de vie ou de mort pour la population d’une majorité des pays du monde. Nous ne nous sortirons pas de cette crise seuls. Le moment est venu de démontrer concrètement la solidarité dont le Canada est capable.

* Ce texte est cosigné par une dizaine de présidents et présidentes de syndicats: Daniel Boyer, président, Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ) ; Nancy Bédard, présidente, Fédération interprofessionnelle de la santé (FIQ) ; Loïc Breton, président, SEPB-Québec ; Dominique Daigneault, présidente, Conseil central Montréal métropolitain de la CSN (CCMM-CSN) ; Sonia Éthier, présidente, Centrale syndicale du Québec (CSQ) ; Marc-Édouard Joubert, président, Conseil régional FTQ Montréal métropolitain ; Benoît Lacoursière, secrétaire général et trésorier, Fédération nationale des enseignantes et enseignants du Québec (FNEEQ) ; Dominic Lemieux, directeur, Syndicat des Métallos du Québec ; Jacques Létourneau, président, Confédération syndicale nationale (CSN) ; Andrée Poirier, présidente, Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux du Québec (APTS)
 



Une version précédente de ce texte, signée Laurence Fortier, a été modifiée.

 

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2 commentaires
  • Cyril Dionne - Abonné 26 mai 2021 07 h 41

    « L'homme-individu est essentiellement famille, tribu, nation. Tandis que l'humanité, elle, n'a pas encore trouvé autour de soi d'autres Humanités pour se pencher sur elle et lui expliquer où elle va » Pierre Teilhard de Chardin

    Bon, les syndicats se cherchent de nouveaux membres et cotisations. Misère.

    Ceci dit, on nous a rabattu les oreilles dernièrement avec le concept de l’appropriation culturelle. Ce sont les mêmes qui faisaient des mains et des pieds pour cette idée douteuse où les gens d’une autre culture ne pouvaient pas utiliser les représentations culturelles des autres. Bien, si on ne se trompe pas, ces vaccins ont été développés par des gens d’une culture scientifique blanche occidentale payés par ceux qui sont issus de leur communauté. Les nouveautés scientifiques font parti de l’aménagement culturelle d’une ethnie au même titre que les « dreadlocks » d’une autre.

    Est-ce que tout le monde est surpris que tous ceux qui ont développé et payé pour les vaccins se servent les premiers? Est-ce que tout le monde est surpris que les pays comme le Canada qui peuvent acheter les vaccins sont servis en premier? Si on appuie la suspension des droits de propriété intellectuelle des compagnies pharmaceutiques, eh bien, plus personne ne va développer des vaccins.

    On nous parle de l’OMS comme une sainteté alors qu’elle a échoué lamentablement dans cette crise sanitaire. À la remorque de la Chine, encore aujourd’hui elle occulte Taiwan, ce pays qui s’est très bien sortis de cette crise sanitaire puisqu’il est l’ennemi juré de l’Empire du Milieu. En plus, sans les cotisations et les argents provenant des pays occidentaux, cette organisation, l’OMS, n’existerait pas tout comme pour les Nations unies d’ailleurs.

    Le problème de l’Inde est sa surpopulation, pas le coronavirus. Pour les droits interdépendants et universels, eh bien, en « realpolitik », ces concepts nébuleux n’existent pas du tout comme dans citoyens du monde et de nulle part. Cette crise nous a démontré sans l’ombre d’un doute l’échec cuisant du mondialisme effréné tout comme pour l’international.

    Comme geste humanitaire, les chefs des syndicats pourraient offrir leurs vaccins personnels aux pays en manque.

  • Roxane Bertrand - Abonnée 26 mai 2021 22 h 33

    Dans le règne animal

    Il convient de mentionner qu'une conscience évoluée verra probablement la survie de tous comme prioritaire à la sienne. Cependant, l'humanité n'est pas à ce niveau d'évolution. Qui laisserait mourrir son enfant pour sauver ceux du voisin?

    Notre nature profonde ne peut pas être niée. Prévoir ce genre de réaction mondiale d'apartheid dans nos diverses organisations sociales, politiques et économiques serait judicieux. Nous ne pouvons cependant digérer d'autres pays...au mieux leur servir d'exemple.

    "L'apartheid vaccinal" n'est rien. "L'apartheid de l'eau" s'en vient et fera plus de mort que la COVID et on verra les impacts dans un avenir proche de la baisse de production alimentaire de 2020.