Parlons d’étalement urbain

L’étalement urbain est un phénomène complexe qui a fait l’objet de nombreuses études et analyses depuis les dernières années, explique l'auteur.
Photo: iStock L’étalement urbain est un phénomène complexe qui a fait l’objet de nombreuses études et analyses depuis les dernières années, explique l'auteur.

Depuis la présentation par le gouvernement des détails du projet de tunnel Québec-Lévis, on a vu et entendu plusieurs critiques (principalement en provenance de Montréal) au sujet de l’étalement urbain que pourrait générer le projet de 3e lien. Cette critique mérite d’être examinée de plus près, parce qu’elle est fondée sur de fausses prémisses et une analyse tronquée du projet.

L’étalement urbain est un phénomène complexe qui a fait l’objet de nombreuses études et analyses depuis les dernières années. Essentiellement, plus les gens vont s’établir à l’extérieur des grands centres, plus on génère des problèmes, comme la pollution émise par les voitures qui roulent à partir d’une plus longue distance, la destruction de terres agricoles ou la déforestation. Et c’est sans compter toutes les dépenses en infrastructures, comme l’ajout de systèmes d’aqueducs ou l’asphaltage de nouveaux quartiers résidentiels qui sont générés par l’étalement urbain. Bref, plus de pollution, plus de dépenses et moins de milieux naturels.

Quand on regarde la situation dans la région de Québec, c’est assez évident que l’étalement urbain y est néfaste. Il suffit de voir à quel point le développement se fait de plus en plus vers l’ouest du territoire depuis les dernières années pour s’en rendre compte. Sur la Rive-Nord, le boulevard Laurier est littéralement en train de devenir le nouveau centre-ville. Les banlieues de l’ouest comme Saint-Augustin-de-Desmaures, Neuville ou Sainte-Catherine-de-la-Jacques-Cartier voient leur développement s’accélérer sans cesse. Sur la Rive-Sud, le secteur de Saint-Nicolas et tout ce qui est à l’ouest des Chutes-de-la-Chaudière voient les projets immobiliers se succéder. Il y a quelques années, tous ces territoires regorgeaient de beaux milieux naturels. C’est maintenant le paradis des tours de condos.

Mais revenons au 3e lien. Essentiellement, on parle d’un tunnel routier qui reliera les deux centres-villes, avec une voie réservée au transport collectif dans les deux directions. Le gouvernement mentionne que ce sont 55 000 usagers par jour qui l’utiliseront. En 2036, ce tunnel permettra, selon ce que l’on comprend, de diminuer de 15 % l’achalandage sur les deux ponts de l’ouest par rapport au niveau actuel. Il importe de mentionner au passage que s’il n’y avait pas de tunnel, l’achalandage augmenterait plutôt de 8 % sur les ponts, toujours selon le gouvernement.

Les répercussions du tunnel sur l’équilibre de l’achalandage routier dans la région de Québec seront énormes. Il va provoquer un déplacement de l’achalandage vers les deux centres-villes et générer de l’activité économique dans ces deux centres-villes. Et il va nécessairement convaincre une partie de la population de troquer l’auto solo pour le transport collectif. Le tunnel va sortir à un kilomètre du Centre des congrès de Lévis sur la Rive-Sud, et à côté du Centre Vidéotron sur la Rive-Nord. On parle de secteurs centraux, pour lesquels les villes de Québec et de Lévis ont déjà prévu des visions d’aménagement incorporant des projets immobiliers d’envergure. L’arrivée du tunnel va nécessairement accélérer ces projets. Et c’est tant mieux, car c’est justement en misant sur le développement des secteurs centraux qu’on freine l’étalement urbain. Plus la population va s’établir au centre, plus elle va y travailler, moins il y aura de développement sauvage en périphérie.

Dans les dernières années, la grande région de Québec a beaucoup souffert de voir son activité économique et ses projets immobiliers se développer majoritairement à l’ouest. Le tunnel Québec-Lévis est un projet pour les 100 prochaines années, nous dit-on. Il serait temps que les gens qui craignent l’étalement urbain comprennent que durant les prochaines décennies, c’est justement grâce à ce tunnel reliant les centres-villes qu’on va peut-être réussir à freiner l’étalement urbain qui fait des ravages dans l’ouest du territoire.

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