La carte cachée de Montréal pour résister à la 3e vague

Dès la première vague, des cellules de crise locales se sont formées en regroupant les tables de quartier et des organismes communautaires avec des représentants municipaux et des CIUSSS, expliquent les auteurs.
Photo: Renaud Philippe Le Devoir Dès la première vague, des cellules de crise locales se sont formées en regroupant les tables de quartier et des organismes communautaires avec des représentants municipaux et des CIUSSS, expliquent les auteurs.

À l’aube de la 3e vague de la pandémie, les pronostics étaient sombres pour Montréal. Alors que d’autres régions du Québec fermaient écoles et commerces, et que la situation s’envenimait dans l’Ontario voisin, plusieurs craignaient que la métropole connaisse le même sort. Or, après qu’avril (« le mois de tous les dangers », selon le premier ministre Legault) et l’essentiel du mois de mai se furent écoulés, force est de constater que Montréal résiste toujours. La campagne de vaccination et la gestion des éclosions par la Santé publique, ainsi que le respect des mesures sanitaires par la population auront joué un rôle déterminant. On doit s’en féliciter. Mais une autre initiative, déployée loin des projecteurs, a aussi influé sur le cours des événements. C’est celle de la réponse communautaire à la COVID-19.

Dès la première vague, des cellules de crise locales se sont formées en regroupant les tables de quartier et des organismes communautaires avec des représentants municipaux et des CIUSSS. Celles-ci ont agi sur-le-champ pour soutenir la population. Rapidement, elles ont constaté que les effets de la COVID-19 étaient encore plus graves dans les quartiers plus défavorisés, avec des logements inadéquats, une population immigrante ou racisée plus nombreuse ainsi qu’un nombre plus élevé de travailleurs essentiels ou précaires.

Au même moment, les Fondations Trottier, Mirella et Lino Saputo, Molson et Jarislowsky, Fondations philanthropiques Canada et la Fondation du Grand Montréal unissaient leurs forces pour soutenir la lutte contre la pandémie. En s’appuyant sur les meilleures pratiques internationales, elles ont conclu qu’il n’était pas suffisant de pallier les conséquences socio-économiques de la crise, qui s’aggravaient avec la propagation du coronavirus. On devait aussi freiner cette transmission.

Pour surmonter les épidémies passées, il a toujours fallu une organisation forte des communautés qui fait le pont entre l’action gouvernementale et les gestes individuels. Celle-ci est peu coûteuse et permet d’agir en prévention de la contagion. Pourtant, la mobilisation communautaire avait été peu mise en avant dans la réponse au coronavirus, au Québec comme ailleurs. C’est donc là que les fondations ont décidé d’intervenir.

En mai 2020, le consortium philanthropique a approché les cellules de crise des quartiers les plus touchés afin de mettre en place des plans d’action locaux de lutte contre la pandémie et de les financer. Dès l’été 2020, neuf plans ont vu le jour dans des quartiers comme Montréal-Nord ou Côte-des-Neiges, plus gravement touchés par la COVID-19. Sensibiliser ses habitants aux mesures sanitaires en plusieurs langues, leur offrir des ressources pour se rendre aux centres de dépistage ou pour s’isoler de manière sécuritaire, et soutenir les aînés en étaient les activités clés. La Croix-Rouge, forte de son expertise en coordination d’urgence, et CoVivre, une initiative du Centre universitaire de santé McGill spécialisée en communication avec les communautés marginalisées, ont aussi apporté leur contribution. En trois mois, près de 110 000 citoyens ont été directement soutenus face à la pandémie.

Forts de ces succès initiaux, 26 plans locaux s’étendent maintenant d’un bout à l’autre de l’île de Montréal, à Laval et à Longueuil. Près de 200 organismes communautaires se sont mobilisés avec leurs tables de quartier pour les concevoir et les mettre en œuvre. Un apport philanthropique de 10,5 millions de dollars a permis l’ouverture de ce nouveau front dans la bataille, où les organismes du milieu s’illustrent. Leur appui à la campagne de vaccination, en partenariat avec la Santé publique, permet à des milliers de personnes supplémentaires d’avoir accès au vaccin.

Aujourd’hui, des dizaines de brigades communautaires sillonnent les rues de la métropole. Ces équipes multilingues informent la population sur la vaccination, le dépistage et les mesures sanitaires. Armées de tablettes électroniques, elles peuvent immédiatement aider les citoyens qui ont de la difficulté à prendre leur rendez-vous et organiser l’accompagnement jusqu’aux centres de vaccination. En somme, elles font « sortir le vaccin », comme on fait «sortir le vote» lors d’une élection.

Lorsque viendra le temps de faire le bilan de cette crise sanitaire sans précédent — ou quand nous serons aux prises avec un autre virus —, il faudra se souvenir de ceux et celles qui ont travaillé dans les tranchées et qui ont contribué à terrasser la pandémie. Le modèle de collaboration entre un regroupement philanthropique travaillant de concert avec les autorités publiques, les tables de quartier et les organisations communautaires a su démontrer son efficacité. En temps de crise, le secteur philanthropique peut être une source d’agilité et d’innovation pouvant amplifier la réponse étatique et changer le cours des choses.

Il y a un an, Montréal était l’épicentre de la pandémie au Canada. Aujourd’hui, la mobilisation exemplaire de tous les acteurs a permis d’éviter que l’histoire se répète. L’ensemble de la communauté montréalaise peut être fière de ce travail d’équipe.



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