Une guerre sale, mais qui a de beaux jours devant elle

«Il ne faudra pas s’attendre à ce que la solution nous vienne de l’intérieur, l’inimitié entre les acteurs étant historique, structurelle, religieuse et politique. Vers où tourner nos regards? La communauté internationale?», questionne l'auteur.
Photo: Jaafar Ashtiyeh Agence France-Presse «Il ne faudra pas s’attendre à ce que la solution nous vienne de l’intérieur, l’inimitié entre les acteurs étant historique, structurelle, religieuse et politique. Vers où tourner nos regards? La communauté internationale?», questionne l'auteur.

La confrontation sanglante entre Israël et le Hamas entre dans sa deuxième semaine, toujours sans aucune solution en perspective. Ni Benjamin Nétanyahou ni les leaders du Hamas n’entendent déposer les armes, pour la raison que ce nouvel épisode de guerre est en train de devenir une source de réhabilitation politique et sociale pour les deux camps ennemis.

Renforcé par la droite nationaliste israélienne, laquelle ne cache plus sa haine de la minorité arabe, Nétanyahou, surtout, n’a aucun intérêt, à court terme, à créer les conditions d’une désescalade de la violence, qui pourrait commencer par la cessation des expropriations et des spoliations des biens des Palestiniens dans Jérusalem-Est, qu’Israël occupe illégalement depuis 1967. Du côté des groupes armés palestiniens, il semble que les tirs cyniques et indiscriminés de roquettes demeureront une pratique de résistance tant et aussi longtemps que la solution à deux États ne verra pas le jour et que s’accélérera la colonisation des territoires palestiniens. Il ne faudra donc pas s’attendre à ce que la solution nous vienne de l’intérieur, l’inimitié entre les acteurs étant historique, structurelle, religieuse et politique. Vers où tourner nos regards ? La communauté internationale ? Mais à ce niveau encore, nos espérances risquent d’être déçues.

Une « communauté internationale » introuvable

Il est très courant d’en appeler à la « communauté internationale » pour résoudre des crises chroniques et multidimensionnelles, comme ce fut le cas tout récemment dans le conflit au Tigré. Or, cette communauté internationale n’existe pas. Le principe de la souveraineté des États et les luttes hégémoniques entre les grandes puissances rendent impossible la constitution d’un sujet collectif au niveau international : il n’y a pas réellement une communauté d’États politiquement et institutionnellement constituée à l’intérieur de laquelle la conduite des acteurs serait sous l’autorité contraignante d’un idéal commun.

C’est entre autres la raison pour laquelle il est structurellement difficile de rendre effective l’idée d’une responsabilité collective globale en matière de promotion de la paix, des luttes contre les changements climatiques et la pauvreté mondiale. La globalité du monde ne signifie pas son unité sous le rapport de valeurs communes. Nous vivons dans un monde fragmenté et concurrentiel à la fois sur le plan normatif et politique, comme l’attestent la crise de la COVID-19 et les nombreux conflits qui ont abîmé des vies humaines depuis l’accession à l’indépendance des pays anciennement colonisés et la fin de la Guerre froide. Et malgré l’importance accordée au respect des droits de la personne depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, la politique étrangère des États demeure sous le contrôle des intérêts économiques et géopolitiques. Face à cette réalité tragique mais inévitable, le système international est désarmé.

Que l’on observe l’attitude de la France au Tchad, de la Chine à l’endroit de Taiwan ou du Tibet, de la Russie face à la Crimée, de la Turquie en Libye : dans toutes ces différentes situations, nous assistons à l’affirmation décomplexée et souveraine des intérêts étatiques et à l’enterrement du droit international sous le poids des luttes hégémoniques entre les grandes puissances. C’est aussi ce double constat, cette impuissance du système international, que révèle la persistance des guerres entre Israël et la Palestine. Peut-être que, par la force des médiations américaines, on parviendra à une trêve, c’est-à-dire à une négociation pour arrêter la guerre, mais sans aucune solution quant au fond du conflit. Car la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël par les États-Unis et la poursuite de la colonisation qu’elle implique font s’éloigner la perspective d’une solution politique au profit des logiques sécuritaires et identitaires. Rappelons aussi qu’en ce qui concerne la défense de l’allié israélien, le gouvernement Biden n’a pas tout à fait dévié de la ligne tracée par Donald Trump, contrairement au dossier sur le nucléaire iranien.

Washington et le piège israélien

Washington ne veut pas froisser un allié historique et inconditionnel, ce qui explique l’impossibilité pour le Conseil de sécurité de l’ONU d’adopter une déclaration commune et une proposition pouvant conduire à une cessation des hostilités entre Israéliens et Palestiniens.

Mais il nous faut tirer alors toutes les conséquences de ce soutien inconditionnel à Israël par les Américains, eux qui sont les premiers à condamner les Russes et les Chinois lorsque ces derniers se livrent à des violations des droits de la personne, répriment leurs minorités ou occupent illégalement des territoires. Le dossier israélien fait perdre à l’Amérique — et même aux démocraties occidentales de manière générale — toute légitimité en matière de dénonciation des violations des droits de la personne dans le monde et donne aux autres superpuissances le droit de s’imposer là où leurs intérêts suggèrent de le faire. C’est aussi cela la réalité de notre monde, un monde sans puissance hégémonique et où la puissance justifie le droit à la domination. À certains égards, le Moyen-Orient est à l’Amérique ce qu’est l’Afrique à la France, à savoir un piège.

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8 commentaires
  • Michel Lebel - Abonné 18 mai 2021 08 h 23

    Des beaux jours?

    Mais je ne vois pas de beaux jours, à court et moyen terme. Il ne faut pas se faire d'illusions! La paix n'est pas pour demain. Il ne faut pas désespérer, mais...

    M.L.

  • Claude Gélinas - Abonné 18 mai 2021 09 h 26

    Honte aux États-Unis

    Qui dénoncent le non respect des droits humains et la discrimination partout dans le monde mais surtout pas en Israël. Pourtant la solution est simple : conditionner l'aide financière américaine et la fourniture d'arments au respect par Israël des droits humains du peuple Palestinien, le retrait des colonies, le respect des résolutions de l'ONU et l'engagement de participer au projet de deux nations.

    Quant au Tribunal pénal international les motifs sont suffisants pour déposer des actes d'accusation à ce qui ressemble de plus en plus à un génocide.

    • Jean-Pierre Grisé - Abonné 18 mai 2021 11 h 04

      Je suis d'accord avec vous.Le "FRIC' de la diaspora juive aux USA a convaincu Trump et d'autres à proteger Israel avec du chantage

      et à permettre cette colonisation honteuse des terres palestiniennes surtout à tuer froidement nombre de civils et d'enfants innocents.

      Le Veau d'Or ne s'embete pas des droits humains en Israel.

      Les pays arabes de la région restent silencieux de peur de déplaire aux USA :de laches riches pantins.

  • Paul Gagnon - Inscrit 18 mai 2021 10 h 05

    Parallélisme

    L'auteur dit « Le dossier israélien fait perdre à l’Amérique — et même aux démocraties occidentales de manière générale — toute légitimité en matière de dénonciation des violations des droits de la personne dans le monde ».

    De même, on pourrait dire:
    « Le dossier palestinien fait perdre aux pays arabes — et même aux dictatures de manière générale — toute légitimité en matière de dénonciation des violations des droits de la personne dans le monde. »

    Qui est le plus méchant? Tout dépend du bout de la lorgnette...

    • Lola Thiffault - Abonnée 18 mai 2021 18 h 24

      Le bout de la lorgnette pointe depuis longtemps sur Israël le colonisateur.

  • Michel St-Laurent - Abonné 18 mai 2021 10 h 48

    Aucune crédibilité...

    En effet, les USA, surtout, ainsi que plusieurs autres pays, France, Allemagne, Royaume-Uni, Canada, n'ont aucune crédibilité dans cette affaire. Le fait est que dans ces pays, les lobbys juifs sionistes sont omniprésents et omnipuissants. Dans certains cas, ce sont eux qui contrôlent la politique de ces pays. Qui pensez-vous qu'ils vont appuyer? Le parfait exemple est ceci: chaque fois qu'un dirigeant israélien vient en visite aux USA, le premier, et souvent le seul groupe à qui il s'adresse est l'AIPAC, ce regroupement de tous ces dirigeants de grandes entreprises, dans tous les secteurs d'activités, tous des juifs. Bibi connait très bien le poids que ces gens ont sur la politique "made in USA"... Tirez vos propres conclusions...

  • Marcel (Fafouin) Blais - Abonné 18 mai 2021 15 h 27

    … sauf ses intérêts !?!

    « À certains égards, le Moyen-Orient est à l’Amérique ce qu’est l’Afrique à la France, à savoir un piège. » (Amadou Sadjo Barry, Professeur de Philosophie, CEGEP de St-Hyacinthe)

    Possible, mais ce doute :

    Pendant que la France visait la conversion africaine à son mode de vie d’alors, l’Amérique, quant à Elle, de ce jour voir demain aussi, n’impérialise personne …

    … sauf ses intérêts !?! - 18 mai 2021 -