Quelques réflexions sur les constats d'Option citoyenne

La tournée qu'a effectuée Françoise David dans un certain nombre de régions québécoises est un acte politique normal pour celle qui aspire à devenir cheffe d'un nouveau parti dont la prétention est de représenter une fraction de la «gauche» québécoise, celle qui se dit animée porteuse d'un projet social distinctif construit sur le socle de la raison.

Si une telle initiative n'est évidemment pas un acte réservé aux leaders progressistes, puisque tous les chefs de partis s'y adonnent ponctuellement, c'est sans doute une bonne façon de s'informer de l'opinion populaire sur des sujets majeurs ou, pour utiliser un mantra à la mode, du bien commun. Or, il arrive trop souvent que les leaders politiques utilisent cette stratégie de communication beaucoup plus pour vendre leur salade que pour s'informer de l'opinion des citoyennes et des citoyens quant aux moyens qui pourraient être mis en oeuvre pour régler certains problèmes de société. Les sommets régionaux du Parti libéral de Jean Charest en sont une éloquente illustration. Il arrive même qu'au terme d'un tel exercice, ce ne soient pas les vérités partisanes ou dogmatiques qui soient remises en cause, mais l'intelligence populaire. On dira alors, comme le disait Lord Durham des Canadiens français, que nous sommes «une nation d'émotifs».

Au terme d'une telle opération de communication directe, le politicien devrait en retirer plus de sensibilité politique, plus de cohérence, plus de lucidité. Bref, il devrait être plus en phase avec le peuple qu'il dit vouloir représenter. À ce propos, la réflexion des leaders d'Option citoyenne me laisse plutôt sur ma faim pour ne pas dire perplexe. Pour ce que j'en ai lu dans Le Devoir, elle ne consiste qu'en un rappel de l'intérêt que porte notre société à des enjeux comme la lutte à la pauvreté, la qualité de l'environnement, le refus de la guerre, la normalisation du rapport égalitaire entre les hommes et les femmes, etc. Si on doit se réjouir que ces préoccupations soulèvent toujours autant d'intérêt, je ne trouve pas ce résultat très «parlant». Là où le groupe Option citoyenne est plus «dissert», c'est sur la question nationale, et c'est pour s'étonner qu'elle soulève tant d'émotion.

Je pense qu'Option citoyenne commet une grave erreur en ce qui concerne la question nationale: elle voit du dogmatisme là où il n'y en a pas. À ce sujet, je suis un peu fatigué de voir surgir cette épithète pour tout et pour rien, surtout pour rien, comme on disait «révisionniste» ou «petit-bourgeois» au temps de la splendeur maoïste, juste pour intimider.

Pour les indépendantistes progressistes, l'indépendance n'est pas un dogme, mais une nécessité politique qui, justement, apparaît comme la condition essentielle à l'existence même du peuple québécois au titre de société distincte. Les questions que soulève Option citoyenne sur le sujet ne sont pas nouvelles.

La plupart des gens sont très conscients que la souveraineté ne peut pas s'exercer de la même manière aujourd'hui qu'hier. Pas besoin d'avoir un doctorat en science politique, faire partie d'une avant-garde ou être militant professionnel pour savoir cela. Ce que l'on sait aussi, c'est que dans un monde idéologiquement unipolaire, dominé par un impérialisme arrogant et meurtrier, la souveraineté des nations devient un enjeu encore plus important. L'expression de cette souveraineté peut prendre des formes diverses; à cet égard et à titre d'exemple, je soumets amicalement à mes camarades d'Option citoyenne que nul autre que Bernard Landry a répété à maintes reprises qu'il signerait un traité semblable à Maastricht n'importe quand. Je soumets aussi que nos concitoyens de la nation Cree on signé avec le gouvernement du Québec un traité qualifié de Paix des braves qui semble les réjouir et qui est salué par les Nations unies. À ce propos, je m'étonne que certaines et certains à Option citoyenne aient si peu de mémoire politique pour croire un seul instant que ceux qui pratiquent le fédéralisme à la canadienne seraient prêts ne serait-ce qu'à amorcer le débat sur les conditions nécessaires à l'émancipation politique du peuple québécois et à sa participation souveraine au développement d'un monde meilleur.

La logique canadienne impose une vision centralisée des principaux pouvoirs en un centre qualifié artificiellement de «national» qui loge à Ottawa, capitale fédérale d'un espace politique où se côtoient plusieurs peuples et nations. La logique québécoise situe naturellement ce centre à Québec. Cela ne relève pas du dogme, mais de la réalité politique.

Les fédéralistes ne négocieront pas avec une société et des leaders sociaux dont l'hésitation et les tergiversations tiennent lieu de lucidité politique. Par contre, l'histoire nous montre qu'ils devront le faire avec un peuple en position de force, uni, déterminé, qui se tient debout. Cela implique donc a priori que les leaders sociaux doivent montrer l'exemple et arrêter de s'interroger sur les vertus d'une liberté collective qui ne se négocie pas dans son essence, mais peut s'accommoder avec celle de voisins qui partagent avec nous certains intérêts stratégiques et une certaine vision du progrès. Or, cette tergiversation, cette hésitation, disons le net et franchement, ce perpétuel mouvement qui pousse une minorité à vérifier continuellement si les progressistes canadiens pourraient être accommodants avec le Québec a été testée et retestée. Il faudrait avoir été anesthésié par trop de raison pour ne pas l'avoir constaté.

On me permettra également de dire que je si je récuse le qualificatif de «dogmatique» de la part de celles et ceux qui devraient pourtant savoir de quoi il s'agit, je n'admets pas également que l'on dise que celles et ceux qui ne sont pas d'accord avec la valse-hésitation d'Option citoyenne soient plutôt «émotifs». Cette épithète pour discréditer l'opinion de l'autre, rabaisser son argumentaire, relève d'une stratégie d'intimidation douce qui n'a pas sa place dans les rapports sociaux et dans le débat politique. Elle est d'autant surprenante venant des leaders d'Option citoyenne qu'elle fut et est encore abondamment utilisée pour montrer que, s'alimentant à l'émotion, l'opinion des femmes ne peut avoir la même valeur que celle des hommes qui eux, c'est bien connu, s'abreuvent à la source même de la raison pure, tout comme les fédéralistes qui disent aussi des indépendantistes qu'ils sont plutôt émotifs et qu'ils ne comprennent pas les exigences du monde dans lequel on vit.

Contrairement à Option citoyenne, je ne crois pas que le débat sur la question nationale soit «tabou», bien le contraire. En fait, je me réjouis qu'on en parle autant, même si ce n'est pas assez à mon goût, surtout depuis les dernières élections fédérales. De la réflexion d'Option citoyenne, je retiens, pour m'en réjouir, que le destin de notre peuple soit source d'une vive émotion. Et je ne vois vraiment pas en quoi cela devrait amenuiser la qualité de nos choix.

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