Nos habitudes de travail ont été chamboulées, parfois en mieux

Le télétravail a fait ses preuves pendant ces derniers mois: la société ne s’est pas écroulée, il y a même eu de beaux succès, estime l'autrice.
Photo: Getty Images Le télétravail a fait ses preuves pendant ces derniers mois: la société ne s’est pas écroulée, il y a même eu de beaux succès, estime l'autrice.

Imaginez un monde où vous deviez être tous les jours présents au bureau, un monde où les employeurs n’étaient « pas prêts » au télétravail, un monde où, même si vous aviez tout ce qu’il fallait pour travailler de la maison, ne serait-ce qu’occasionnellement, vous vous faisiez refuser cette option. Ça, c’était la vie jusqu’au 11 mars 2020.

Le 12 mars 2020, cet univers-là a basculé. Le premier ministre, François Legault, annonçait alors ceci : « Aujourd’hui, tout le Québec doit se mettre en mode d’urgence. […] Tout le monde doit faire sa part. » Dans la foulée de cette annonce, combien de personnes ont-elles reçu un message de leur employeur leur demandant de sauter à pieds joints dans le télétravail afin que les activités soient maintenues ?

Avant ce 12 mars 2020, pour beaucoup d’entreprises et organismes, le télétravail rimait avec impossible. Les excuses étaient nombreuses et toutes du même ordre que « le télétravail demande trop de gestion au cas par cas » ou « ça demande des investissements majeurs en matériel informatique ». Nous ne nous cacherons pas la vérité, ça exigeait surtout et avant tout de faire confiance. La contrainte étant mère d’innovation, la situation a permis de grandes avancées, particulièrement en matière de télétravail. La COVID-19 aura forcé à faire plus de gestion au cas par cas, à acheter en urgence des ordinateurs et à faire confiance.

Mais que restera-t-il de tout ça en septembre 2021 si tout va mieux ?

Le télétravail a fait ses preuves pendant ces derniers mois : la société ne s’est pas écroulée, il y a même eu de beaux succès. J’entends déjà les sceptiques me dire que ce n’est pas tout le monde qui a travaillé à 100 %, que certains ont été payés à ne rien faire. C’est vrai, mais les mauvais « élèves » seront mauvais qu’ils soient chez eux ou dans leur bureau. Ce n’est pas un problème de télétravail, c’est un problème de gestion de ressources humaines. Est-ce que tous les autres employés devraient payer pour ces individus ? Non. Le télétravail, lorsque possible et voulu, doit pouvoir continuer. C’est à la fois une mesure de rétention et d’attraction pour les employeurs. En 2021, ne pas permettre le télétravail, c’est comme avoir une télévision cathodique avec un lecteur VHS dans son salon et aller sur Internet grâce à un modem qui fait des bips-bips étranges : c’est dépassé !

Le télétravail fonctionne bien

À plusieurs reprises ces derniers mois, on nous a demandé de faire un effort. Nous l’avons fait. De ce fait, les employeurs qui déclareront que c’en est fini, du télétravail, devront justifier leur décision. Il ne faudrait surtout pas tomber dans la facilité en se cachant derrière des phrases creuses du style «Nous l’interdisons à tous car trop peu peuvent en profiter ». Alors, quel serait l’argument qui pèserait assez lourd pour contrebalancer le fait que tout a bien fonctionné pendant un an et demi en télétravail ? L’argument « C’est pour contribuer à la relance économique du centre-ville de Montréal » n’est pas plus valable. Pour les emplois qui peuvent être exercés en télétravail et pour les personnes qui veulent rester en télétravail (à temps plein ou presque), la question que je pose est la suivante : pourquoi forcer un retour dans les bureaux si ça fonctionne (mieux parfois) à distance ?

Certes, le centre-ville de Montréal est mort parce que les employés l’ont déserté, mais au profit de qui et de quoi ? Est-ce que les villes dites dortoirs se plaignent, elles ? Elles sont devenues plus vivantes, accueillant à la fois des entreprises prospères et de grands restaurants (qui pouvaient accueillir une clientèle d’affaires avant la COVID), et y fleurissent également des commerces de proximité qui bénéficient d’une vie de quartier s’animant quotidiennement. Si le centre-ville de Montréal reste mort, ce n’est pas à cause du télétravail, mais à cause d’un manque d’imagination des dirigeants, d’une audace limitée au domaine du connu et du rassurant.

La solution au vide dans le centre-ville repose-t-elle vraiment sur le retour, très plébiscité par la Chambre de commerce du Montréal métropolitain et la mairesse Plante, des cols blancs dans leurs tours de bureaux ? En 2021, est-ce la seule solution proposée ? C’est certainement la conclusion la plus facile à formuler, mais est-ce la bonne solution (et au détriment de qui) ? La CCMM et la mairesse Plante devraient déployer leur énergie à réinventer la ville en lui redonnant un cœur humain et des logements accessibles à des familles, plutôt que de s’accrocher à une réalité qui appartient au passé caduc et démodé pré-COVID. La COVID-19 a chamboulé nos habitudes, parfois pour le mieux : il faut l’admettre !

Remercier les employés en leur enlevant la flexibilité permettant d’être efficace au travail et d’avoir une vraie conciliation travail-vie personnelle serait une erreur. Je suis de ceux qui sont encore en télétravail, et qui aiment ça. L’idée de devoir retourner m’agglutiner dans le métro de Montréal, de devoir courir pour arriver à tout boucler dans ma journée, ce n’est ni attrayant ni gagnant pour mon efficacité en tant que travailleuse, ni en tant que parent ou encore comme actrice dans la vie de ma ville.

L’arc-en-ciel du « Ça va bien aller » brillera-t-il encore dans le ciel de septembre 2021 ? Est-ce que le spectre de la relance économique va damer le pion de cette bienveillance en contraignant les employés à revenir s’asseoir dans leurs tours de bureaux ?

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1 commentaire
  • Jean Richard - Abonné 15 mai 2021 15 h 17

    Centre-ville : l'optimisme est permis

    Télétravail ? Face à cette réalité, la volonté populaire est partagée : ceux qui ont hâte de retrouver l'ambiance d'un lieu de travail où on rencontre ses collègues en chair et en os et ceux qui veulent rester à la maison. Le premier groupe serait majoritaire. C'est normal : l'être humain est un animal sociable.

    Mais est-ce qu'on doit miser sur le retour de ceux qui en ont ras le bol du confinement pour ramener le centre-ville à février 2020, quelques jours avant la déclaration de la pandémie par l'OMS ? Probablement pas. Les centre-villes sont là pour durer, mais ils doivent se réinventer. Montréal est capable de le faire.

    Le télétravail aura été jugé satisfaisant pour ceux qui ont un emploi de pousse-crayon (ou de clique-souris). Soit ! Mais là où il a été un échec, c'est dans des domaines où la créativité et la communication sont de première importance. Par exemple, l'école à distance est un fiasco. Et demandez aux musiciens et aux comédiens ce qu'ils pensent des concerts ou du théâtre à distance...

    Une fois la pandémie maîtrisée, il faut prévoir que les locaux laissés vacants au centre-ville prendront peu à peu preneurs, quitte à ce que ça ne se fasse pas du jour au lendemain. Et les entreprises qui s'y installeront pourraient être de celles où on croit qu'un groupe, qu'une équipe n'est pas la somme d'individus isolés. On peut prévoir de nouvelles entreprises avec de nouveaux joueurs, le tout dans un nouvel environnement centre-urbain, des nouveaux joueurs qui pourraient être mieux rémunérés que les pousse-crayons zoom. S'il devait en être autrement, il y a longtemps que la déprime aurait gagné le milieu des affaires.

    Il y a cependant un bémol, une source d'inquiétude : le retour possible d'un ancien maire avec une vision urbaine digne de l'époque de Jean Drapeau, mais qui n'a pas l'envergure de ce dernier. Souhaitons que les Montréalais y voient clair et ne tombent pas dans le piège.