Lettres : Refus

Je refuse les «rectifications» orthographiques proposées par le Conseil supérieur de la langue française, adoptées «à l'unanimité» en 1990 par l'Académie française, et auxquelles l'Office québécois de la langue française a récemment donné son aval. Je continuerai d'écrire comme on le fait en «bon français». Je mettrai un accent circonflexe là où il le faut. J'écrirai prunellier avec deux lettres «l», même si je n'en prononce qu'une, et je n'écrirai pas événement avec un accent grave, même si c'est à la mode de le faire.

Pourquoi ce refus? Pour deux raisons. La première est que je ne comprends pas le raisonnement des «rectificateurs». Quelle que soit l'orthographe d'un mot, il faudra toujours l'apprendre. Je ne vois dans leur approche qu'incohérence et confusion. Déplacer, pour des motifs parfaitement illogiques, le tréma dans les féminins «aiguë», «ambiguë» et «contiguë», par exemple, ne simplifie en rien l'apprentissage de l'orthographe. Tolérer «le temps qu'il faudra» deux graphies concurrentes comme si elles étaient toutes les deux correctes, ça n'est pas la trouvaille du siècle: si les deux graphies sont correctes, pourquoi en vouloir éliminer une? Pourquoi l'une vaudrait-elle mieux que l'autre? En quoi est-il mieux d'écrire «aigüe» que «aiguë»? Les rectificateurs auraient-ils oublié que, dans la graphie «aiguë», le tréma sur la lettre «e» sert à indiquer que la voyelle qui la précède doit se prononcer séparément, contrairement à aigue, qui se prononce [ègue], comme dans aigue-marine ou Aigues-Mortes?

La seconde est que les «anomalies» de notre orthographe appartiennent à la mémoire de notre langue, elles s'inscrivent dans sa fibre même et en constituent à proprement parler le trésor. L'esprit curieux le découvrira en remontant le chemin suivi par le français durant sa période de formation.[...]

Nier le passé, c'est nier l'avenir. Je me souviens, disaient-ils... Oui, oui...

LE COURRIER DES IDÉES

Recevez chaque fin de semaine nos meilleurs textes d’opinion de la semaine par courriel. Inscrivez-vous, c’est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel.