Pour un vrai débat sur le développement humain

Célébrons: le Canada a gagné quatre rangs au classement des pays du monde, selon l'indicateur de développement humain (IDH) que vient de publier le Programme des Nations unies pour le développement. Mais a-t-on raison de célébrer?

Déjà dans les années 1990, Jean Chrétien avait trouvé réconfort dans l'indicateur, l'immortalisant de son truculent «plusss meilleur pays du monde». Encore aujourd'hui, on ne trouve d'intérêt au Rapport sur le développement humain qu'une fois par année et toujours d'abord pour la position relative du Canada selon l'IDH. Or, ce rapport ne traite pas d'abord du Canada ou des autres pays qui caracolent en tête de ce classement, mais bien de ceux qui se retrouvent en milieu et en fin de peloton: les pays en voie de développement.

L'écart qui sépare le Canada de la Norvège, tout en haut du classement est infinitésimal, indigne de la moindre attention. En revanche, ce qui devrait susciter le débat et la réflexion, c'est l'écart abyssal qui sépare le Canada du Sierra Leone, triste dernier. Les Canadiens vivent 45 ans de plus que les Sierra-Léonais et gagnent 56 fois leur salaire (ajusté selon les prix locaux); 83 % des Nigériens de plus de 15 ans sont analphabètes. Comment a-t-on pu en arriver à un monde où le développement est aussi mal réparti? Cet écart, il s'amplifie ou s'amenuise? Que peut-on faire pour y remédier? Malheureusement, la réponse des Nations unies à ma deuxième question, c'est que l'écart se creuse. Ces questions ne sont donc pas seulement vitales, elles sont pressantes.

Il faut savoir que l'indicateur de développement humain combine des indicateurs économiques (PIB par habitant), de santé (espérance de vie à la naissance) et d'éducation (taux d'alphabétisation et de scolarisation). Quand des pays se retrouvent en dernières positions, c'est le signe qu'un drame s'y joue: le sida y fait des ravages, les revenus sont ridicules, même par rapport au prix des marchandises locales, et les enfants n'ont presque pas d'éducation, réduisant d'autant leurs chances de s'en sortir.

D'année en année, on retrouve quand même dans le rapport quelques données encourageantes et pistes de solution. Il semble, par exemple, que les pays démocratiques trouvent plus facilement la voie du développement. Il faut donc encourager tout effort de démocratisation en partageant nos expériences et expertises: assistance électorale, formation des élus et aide financière accrue aux pays démocratiques.

L'éducation est aussi un facteur de développement: encourageons la construction des écoles et la formation des maîtres. Puisqu'une bonne partie de l'Afrique est francophone ou anglophone, il y a là une opportunité pour les Canadiens de contribuer.

On pourrait aussi simplement commencer par honorer l'engagement que notre ancien premier ministre, Lester B. Pearson, a fait prendre au monde développé en 1970: consacrer 0,7 % de notre PNB à l'aide internationale, plutôt que les 0,3 % actuels. Ce pourcentage, s'il était respecté par tous les pays de l'OCDE, suffirait à remplir d'ici 2015 les louables «Objectifs de développement de l'ONU pour le millénaire», ce qui signifie, entre autres, de réduire de moitié la proportion de la population qui souffre de la faim et qui n'a pas un accès durable à l'eau potable.

Voilà sans doute des chiffres plus importants à suivre que le score du Canada à l'IDH.

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