Lettres: Êtes-vous alterconsommateur?

J'aimerais réagir à l'article sur les alterconsommateurs québécois (Les Québécois sont de piètres «alterconsommateurs»), paru dans Le Devoir le 21 juillet.

On nous dit que les alterconsommateurs ne formeraient qu'une petite minorité parmi les consommateurs au Québec. Or, comment définir l'alterconsommateur? Celui ou celle qui ne consomme aucun produit de masse, nous dit-on dans l'article. Les données statistiques utilisées pour présenter cette tendance marginale (le nombre de clients chez les grandes chaînes de supermarché) m'apparaissent beaucoup trop simplistes.

Si être alterconsommateur signifie ne pas consommer de produits de masse, il faudrait s'attarder aux statistiques sur les produits de masse plutôt que sur les points de vente de grande surface. Est-ce que je suis une alterconsommatrice si j'achète dans un grand supermarché de la margarine Nuvel, qui appartient à Margarine Thibeault de Trois-Rivières, plutôt que d'acheter auprès d'un petit commerçant de la margarine Becel, Imperial ou Fleishmann's de la multinationale Unilever? Est-ce que je suis une alterconsommatrice si j'achète dans une petite fruiterie du Plateau Mont-Royal des petites carottes bio d'un agriculteur californien (Earthbound Farm), sachant qu'elles ont fait plus de 4000 km pour venir jusqu'à moi?

Être ou ne pas être alterconsommateur n'est pas là la question. Il y a plusieurs produits pour lesquels je m'efforce de trouver ceux faits localement et/ou équitables, pour encourager les producteurs de ma région et l'emploi local, pour favoriser des conditions de travail équitables, pour limiter le transport des marchandises ou pour avoir des produits de qualité. Je vais généralement là où l'on privilégie la variété à la quantité, un accueil chaleureux à des Air Miles. Mais pour certains articles, je n'ai pas le choix d'acheter des produits de masse, du fait qu'ils ne sont tout simplement pas produits à petite échelle ou localement (des bananes, par exemple). La question n'est donc pas de savoir si je suis ou non une alterconsommatrice, mais dans quelle proportion je le suis.

Cela dit, pour étudier le phénomène d'alterconsommation, une échelle de mesure (qui irait de «uniquement des produits de masse» à «aucun produit de masse») serait beaucoup plus sensible aux consommateurs qui alterconsomment lorsque possible. Une analyse plus approfondie, en tenant compte des produits de masse, en développant une échelle d'analyse et en scrutant les motivations des consommateurs face à ce comportement «alter», nous permettrait de mieux comprendre la place qu'occupe ce mouvement dans notre société de consommation.

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