La recherche et la science en français en 2021

«Rédiger en français, pour un chercheur ou une chercheuse dont c’est la langue maternelle, permet souvent d’exprimer plus clairement et avec plus de subtilité chacune de ses idées», affirme l'auteur.
Photo: iStock «Rédiger en français, pour un chercheur ou une chercheuse dont c’est la langue maternelle, permet souvent d’exprimer plus clairement et avec plus de subtilité chacune de ses idées», affirme l'auteur.

Le Congrès de l’Acfas, le plus grand congrès en langue française dans le monde, présenté en mode virtuel du 3 au 7 mai, est une occasion de s’attarder sur la place de la recherche en français et sur l’importance de la promouvoir. Rédiger en français, pour un chercheur ou une chercheuse dont c’est la langue maternelle, permet souvent d’exprimer plus clairement et avec plus de subtilité chacune de ses idées. La réalité est cependant que l’anglais est la langue première de la science dans le monde. L’internationalisation de la recherche, qui est une tendance lourde dans la production scientifique, est un facteur favorisant l’omniprésence de l’anglais. Sur ce plan, les États-Unis sont de loin le plus important pays collaborateur du Québec, suivis de la France.

Pour la communauté scientifique québécoise, publier dans des revues comme The Lancet, Science ou Nature est synonyme d’excellence en recherche. Plus généralement, publier en anglais donne davantage de visibilité et favorise les chances d’être cité par ses pairs. Les travaux de Vincent Larivière, de l’Université de Montréal, démontrent que les chercheurs et chercheuses, tous secteurs du savoir confondus, tapent de plus en plus en anglais sur leur clavier. Ce phénomène semble s’observer aussi dans la production scientifique étudiante.

À mon arrivée en poste comme scientifique en chef en 2011, j’ai lancé le concours Relève étoile, où chaque mois les Fonds de recherche du Québec (FRQ) que je dirige décernent un prix à la relève étudiante sur la base de publications dans chacun des trois grands secteurs qui sont les sciences naturelles et le génie, les sciences de la santé et les sciences sociales et humaines, les arts et lettres. Si dans les premières années du concours les articles primés étaient parfois de langue française, ils le sont plus rarement aujourd’hui.

Je suis d’avis qu’il faut promouvoir davantage la recherche en français. C’est pourquoi les FRQ ont récemment lancé le concours Publication en français, où les efforts de publication dans notre langue par la communauté de la recherche seront mensuellement honorés. Des prix associés à des noms de bâtisseuses de notre édifice scientifique, soit le prix Publication en français Gisèle-Lamoureux du Fonds de recherche du Québec – Nature et technologies, le prix Publication en français Alice-Girard du Fonds de recherche du Québec – Santé et le prix Publication en français Louise-Dandurand du Fonds de recherche du Québec – Société et culture. Il faut impérativement mieux faire connaître notre recherche en français ici, au Québec, et partout dans le monde. Qui sait, par exemple, que, depuis plus d’une vingtaine d’années, le FRQSC apporte son appui à près d’une quarantaine de revues des sciences sociales et humaines, des arts et des lettres, essentiellement en français, accessibles en libre accès sur la plateforme Érudit, la plus importante plateforme de recherche francophone en Amérique du Nord ?

Au-delà des revues scientifiques francophones qu’il faut mieux valoriser, il existe plusieurs véhicules de vulgarisation scientifique en français. Qu’on pense à Québec Science, à Curium pour les plus jeunes ou aux Explorateurs et aux Débrouillards pour les plus jeunes encore, aux articles de l’Agence Science Presse, dont ceux du Détecteur de rumeurs, pour développer l’esprit critique, à la plateforme La Conversation en français, etc. Et que dire des journalistes scientifiques de nos grands quotidiens et magazines, comme L’actualité, qui traitent de sujets qui nous touchent en se référant aux résultats de travaux de recherche.

La population québécoise a confiance dans la recherche et a de l’appétit pour la chose scientifique. Il faut accroître l’offre de contenus scientifiques en français, encourager nos chercheurs et chercheuses à parler de leur science avec le grand public, à échanger en français sur la démarche scientifique, et ce, partout au Québec. Plusieurs d’entre eux le font et il est important de mieux valoriser ce dialogue entre la science et la société en français.

Il y a le Québec comme espace de diffusion en français, mais également toute la francophonie, qui compte 300 millions de personnes dans le monde. La Vision internationale du gouvernement entend d’ailleurs renforcer le rôle du Québec dans la francophonie, ce qui permettra de belles possibilités pour nos chercheurs et chercheuses de tisser des collaborations de recherche, d’intensifier leur participation dans de grands réseaux internationaux, voire d’en assurer la direction, et ce, en français. Les FRQ seront au rendez-vous pour poursuivre le développement de partenariats avec des organismes de financement de la recherche de la francophonie. En ce sens, des organisations comme l’Organisation internationale de la Francophonie et l’Agence universitaire de la Francophonie seront de précieux partenaires.

Comme scientifique en chef du Québec, j’assume un rôle-conseil auprès du ministre responsable de la recherche et de la science, et je collabore fréquemment avec d’autres cabinets politiques et d’autres ministères. Je promeus l’utilisation de l’information scientifique au sein de l’appareil gouvernemental. Jugeant très important que la décision politique ou gouvernementale tienne compte de l’expertise scientifique, je suis un des cofondateurs du Réseau international des scientifiques en chef et conseillers scientifiques (INGSA). Avec ce réseau, qui regroupe surtout des membres de pays anglo-saxons, je me suis donné le mandat de promouvoir la fonction de « conseil scientifique auprès des gouvernements » dans les pays de la francophonie, en l’occurrence en Europe et en Afrique francophone. À ce jour, quelques ateliers ont été organisés et ils ont suscité beaucoup d’intérêt. D’autres projets au conseil scientifique prennent forme au Sénégal, au Burkina Faso, au Cameroun et dans les pays du Maghreb. Montréal sera d’ailleurs l’hôte de la 4e édition de la Conférence du Réseau INGSA du 29 août au 2 septembre prochain, la dernière journée étant entièrement consacrée au conseil scientifique en français.

À l’heure du numérique et des technologies de l’information de plus en plus performantes grâce à l’intelligence artificielle, comment stimuler la découvrabilité des contenus scientifiques en français, pour qu’ils soient plus disponibles, plus accessibles et mieux repérables dans la masse d’informations qui circule dans l’environnement numérique ? Les contenus scientifiques en français méritent d’être mieux valorisés pour que les Québécois prennent davantage la mesure de la grande qualité de la science qui se fait au Québec… et en français de surcroît !

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